Aller au contenu
Le corps de la tortue, un réservoir insoupçonné pour 6 tonnes de plastique
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le cycle ignoré du plastique dans les océans

credit : lanature.ca (image IA)

Chaque année, des millions de tonnes de plastique se déversent dans nos océans, et la destination finale d’une grande partie de ces déchets reste largement méconnue. Si les scientifiques tentent depuis des années d’évaluer le volume flottant en surface ou coulé dans les abysses, ils omettent souvent un acteur crucial dans ce cycle de pollution : la faune marine elle-même.

Les animaux sont des réservoirs involontaires. Pour mieux cerner l’ampleur de la pollution plastique stockée dans la vie océanique, des chercheurs se sont concentrés sur un cas d’étude particulièrement poignant : la tortue de mer.

Des espèces déjà sous haute menace

credit : lanature.ca (image IA)

Les tortues de mer représentent en effet un sujet d’étude essentiel, non seulement parce qu’elles ingèrent directement ces débris, mais surtout parce que leur survie est déjà précaire. Rappelons que six des sept espèces mondiales sont aujourd’hui classées par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) comme vulnérables, en danger ou en danger critique d’extinction.

Ces reptiles avalent toutes sortes de plastiques : granulés de préproduction, sacs, emballages alimentaires, et même du matériel de pêche abandonné. Une ingestion qui peut entraîner une sous-alimentation chronique, une émaciation sévère ou des lésions potentiellement mortelles de la muqueuse intestinale.

Six tonnes de plastique dans la population des tortues vertes

credit : lanature.ca (image IA)

Pour tenter de quantifier cette pollution interne, l’équipe de recherche a mis au point un modèle s’appuyant sur des données d’ingestion existantes et sur des facteurs prédictifs complexes, allant de la géographie aux conditions socio-économiques locales.

En se concentrant sur les tortues vertes femelles – le groupe pour lequel les données étaient les plus complètes –, le résultat donne le vertige : on estime qu’environ six tonnes de débris plastiques se trouvent stockées en permanence dans cette seule population mondiale. C’est, pour donner une image concrète, l’équivalent de la pollution contenue dans un camion poubelle.

L’équivalent de dix balles de ping-pong par individu

credit : lanature.ca (image IA)

Ramener l’estimation à l’échelle de l’individu rend l’impact tout aussi frappant. Les modèles prédisent qu’une seule tortue verte porte en elle jusqu’à 26,4 grammes de plastique en moyenne. Pour se représenter ce poids, il faut imaginer la masse cumulée de dix balles de ping-pong.

Ces chiffres ne sont pas anecdotiques ; ils soulignent les risques constants auxquels sont exposés ces animaux. La présence de cette matière non digérable dans leur système digestif affecte inévitablement leur santé et leur capacité à prospérer dans un environnement déjà hostile.

Géographie et régime alimentaire : les facteurs de risque

credit : lanature.ca (image IA)

L’étude a permis d’identifier des facteurs clairs influençant l’ingestion. L’endroit où nage la tortue est crucial : celles qui évoluent près de l’équateur ou s’alimentent au large de pays dont la gestion des déchets est jugée faible sont particulièrement exposées.

Mais les caractéristiques propres à chaque espèce pèsent aussi lourdement dans la balance. Les tortues luths, par exemple, passent la majeure partie de leur vie en haute mer, chassant des proies à corps mou, notamment les méduses. Elles confondent alors facilement les sacs ou les ballons flottants avec leur nourriture naturelle. D’après les observations, les tortues luths sont d’ailleurs considérées comme l’espèce la plus à risque d’en avaler.

Ces animaux sont-ils des « convoyeurs » de pollution ?

La compréhension de ces facteurs est vitale pour mieux orienter les efforts de conservation. Mais les chercheurs ne comptent pas s’arrêter là. Ils souhaitent désormais étendre leur analyse pour comprendre comment cette charge plastique varie non seulement entre les espèces, mais aussi quelle est la quantité totale stockée dans l’ensemble des animaux marins à travers le globe.

Une autre question intrigante se pose : les tortues de mer et d’autres grands pélagiques ne sont-ils pas, en se déplaçant, de véritables convoyeurs de débris plastiques, transportant involontairement cette pollution d’un bassin océanique à un autre?

Le besoin urgent d’un traité mondial

credit : lanature.ca (image IA)

Ces travaux rappellent avec force la menace omniprésente que représente notre gestion des déchets pour l’équilibre biologique marin. Pour avancer concrètement, les scientifiques lancent un appel à l’action : une surveillance accrue des tortues et d’autres espèces est indispensable, de même que l’établissement de protocoles de rapports standardisés et transparents.

Ces données d’observation sont le seul moyen de combler les lacunes et d’alimenter une stratégie politique globale. Les chercheurs espèrent d’ailleurs que leurs résultats serviront de base solide aux négociations en cours pour l’élaboration d’un futur traité mondial contre la pollution plastique.

Selon la source : theconversation.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu