Fini l’ennui : des requins surpris en pleine partie de jeu avec des jouets de piscine
Auteur: Mathieu Gagnon
© National Geographic — Source
Quand les « Dents de la mer » s’ennuient ferme

On a tous cette image en tête, un peu cliché, du requin : une machine silencieuse, sérieuse, qui glisse dans l’eau avec un regard vide, uniquement motivée par la faim. Eh bien, il semblerait qu’on ait tout faux. Ou du moins, qu’on sous-estime grandement ce qui se passe dans leur tête. Une nouvelle étude menée dans un aquarium de Californie du Sud vient de bousculer ces idées reçues en montrant des requins en train d’interagir avec des jouets colorés, et franchement, ça ressemble à s’y méprendre à du jeu.
Tout est parti d’un constat un peu triste fait par Autumn Smith, biologiste à l’Université Biola. En observant les bassins, elle a remarqué quelque chose de troublant : les animaux passaient un temps fou immobiles au fond de l’eau. Pour Smith, le diagnostic était clair : ils avaient l’air de s’ennuyer à mourir. C’est là qu’elle a contacté le Cabrillo Marine Aquarium, près de Los Angeles, avec une idée un peu folle. Puisque les zoos donnent des jouets et des casse-têtes aux mammifères et aux oiseaux pour les stimuler, pourquoi ne pas essayer l’enrichissement environnemental avec les poissons ? Avec l’accord de son superviseur, Patrick Sun, également biologiste à Biola, ils ont donc introduit des jouets de piscine tout simples dans un bassin contenant douze requins de trois espèces différentes et une raie de Californie.
Des anneaux, des calmars en plastique et un requin nommé Bud

Ce qui s’est passé ensuite est assez incroyable. Au début, les animaux étaient méfiants, ce qui est normal, mais la curiosité a vite pris le dessus. Imaginez la scène : un jeune requin léopard fonçant sur un calmar en plastique avant de faire un écart au dernier moment pour éviter les tentacules en caoutchouc. Juste à côté, une raie de Californie a saisi un anneau orange pour le faire rouler au sol avec sa bouche. Un requin dormeur cornu (horn shark) s’est même appliqué à passer lentement à travers un cerceau jaune, nageoires comprises.
Ce n’était pas pour manger. Il n’y avait aucune trace de stress ou de comportement de chasse. C’était juste… pour le fun. Les chercheurs ont noté que ces mouvements étaient détendus et, surtout, répétés juste pour le plaisir de l’expérience. Smith raconte même que c’était « presque comme regarder des petits animaux de cirque ». Une fois la peur passée, ils poussaient les jouets, tapaient dessus avec leur queue ou les transportaient sur leur nez.
Il y a aussi une histoire de goûts et de couleurs. Les jouets orange et jaune ont eu un succès fou, bien plus que les bleus ou les verts, probablement grâce au contraste visuel, tandis que le rouge a été royalement ignoré. Les requins léopards étaient les plus actifs, avec jusqu’à 120 interactions par heure. Mais le plus touchant, c’est peut-être l’individualité de ces comportements. Smith a mentionné un requin dormeur nommé Bud, qui est devenu totalement accro aux cerceaux orange. « Il restait juste assis sur l’anneau presque tout le temps, genre ‘celui-là est à moi’ », raconte-t-elle. On est loin de la bête sanguinaire sans émotion.
Jeu ou exploration ? Le débat des experts
Ces observations ne sont pas anecdotiques ; elles soulèvent de vraies questions sur l’intelligence des poissons cartilagineux. Vladimir Dinets, zoologiste à l’Université du Tennessee à Knoxville (qui n’a pas participé à l’étude), s’est dit « ravi » de ces résultats. Pour lui, c’est la documentation claire qu’on attendait : « Les requins sont plus intelligents – et peuvent être plus proches de l’humain dans leur comportement – que la plupart des gens ne le pensent. »
Bien sûr, dans le monde scientifique, tout le monde n’est pas prêt à utiliser le mot « jeu » sans hésiter. Elisabetta Palagi, éthologue à l’Université de Pise, trouve l’étude très intéressante mais reste prudente : est-ce du jeu pur ou de l’exploration ? La frontière est mince. Mais comme le souligne Xavier Manteca Vilanova, spécialiste du bien-être animal à l’Université autonome de Barcelone, la distinction importe peu au final. Que ce soit de la curiosité ou du jeu, cela prouve qu’ils ont des capacités cognitives bien développées. Patrick Sun rappelle d’ailleurs qu’à l’état sauvage, les requins peuvent passer des jours sans manger. Comment occupent-ils leur esprit ? Ce type de comportement nous donne un indice sur leur « monde intérieur », une zone encore très mystérieuse pour nous.
Conclusion : Vers des jouets sur mesure pour nos amis à nageoires

Cette étude, publiée dans la revue Applied Animal Behaviour Science, ne va pas rester lettre morte. Inspiré par ces résultats prometteurs, Patrick Sun ne compte pas s’arrêter aux jouets de piscine achetés au supermarché du coin. Il travaille désormais avec le département d’ingénierie de l’Université Biola pour concevoir des jouets spécifiquement adaptés aux différentes espèces de poissons.
Si tout va bien, des prototypes devraient voir le jour d’ici l’été prochain. L’objectif est simple mais noble : comprendre comment stimuler ces animaux en captivité pour éviter qu’ils ne dépérissent d’ennui. C’est une petite révolution dans la manière dont on envisage le bien-être des poissons, qui méritent, eux aussi, qu’on s’intéresse à leur santé mentale.
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.