Des traces d’opium dans un vase antique : Toutankhamon en consommait-il lui aussi ?
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte qui bouscule nos certitudes

C’est drôle comme un simple objet, oublié sur une étagère de musée, peut soudainement réécrire une partie de l’histoire. Un vase en albâtre antique, qui dormait tranquillement dans la collection de l’Université de Yale, vient de nous livrer un secret gardé pendant des siècles : l’usage de l’opium était visiblement monnaie courante dans la société égyptienne antique. On ne parle pas ici d’une utilisation accidentelle ou anecdotique, non, c’était bien ancré dans les mœurs.
Andrew Koh, qui dirige le programme de pharmacologie ancienne à Yale et travaille comme chercheur au musée Peabody, n’y va pas par quatre chemins. Selon lui, leurs découvertes, couplées à des recherches antérieures, indiquent que l’opium était, dans une certaine mesure, « un élément fixe de la vie quotidienne » dans l’Égypte ancienne et les terres environnantes. Ce qui est fascinant, c’est que les chercheurs pensent que cette pratique était si répandue que le roi Toutankhamon lui-même en aurait probablement consommé. Koh suggère qu’il est possible, voire probable, que les jarres en albâtre trouvées dans le tombeau du célèbre pharaon contenaient de l’opium, s’inscrivant dans une tradition que nous commençons à peine à comprendre.
L’analyse chimique : quand la science parle

Mais revenons un instant sur cet objet précis qui a tout déclenché. Il s’agit d’un vase d’environ 20 centimètres de haut (huit pouces, pour être exact) avec une contenance de 1,2 litre. Il était là, caché dans la collection de l’université, jusqu’à ce que Koh et son équipe décident d’analyser un résidu aromatique brun foncé trouvé à l’intérieur. Ils ont publié leurs résultats dans le Journal of Eastern Mediterranean Archaeology, et la chimie est formelle. L’analyse a révélé la présence de noscapine, d’hydrocotarnine, de morphine, de thébaïne et de papavérine. Pour faire simple : ce sont tous des biomarqueurs indiscutables de l’opium.
Ce vase a aussi une histoire politique étonnante, puisqu’il porte des inscriptions en quatre langues anciennes datant de Xerxès Ier, qui a dirigé l’Empire achéménide de 486 à 465 avant notre ère. Mais ce n’est pas un cas isolé, et c’est là que ça devient vraiment intéressant. Cette substance brune unique n’est pas limitée à ce seul récipient. Elle reflète des résidus similaires trouvés dans des vases et pichets en albâtre du Nouvel Empire, datant du 16e au 11e siècle avant J.-C., découverts cette fois dans la tombe d’une famille de marchands tout à fait ordinaire.
Comme le souligne Koh, nous avons maintenant trouvé cette signature chimique opiacée aussi bien sur des vases liés aux élites de Mésopotamie que dans des contextes culturels beaucoup plus ordinaires en Égypte. Cela signifie que l’opium traversait les époques et les classes sociales, sans distinction.
Toutankhamon, les pilleurs et le mystère des jarres

Cela soulève forcément une question : combien d’autres vases en albâtre dans les tombes égyptiennes contiennent ces mêmes traces ? On pense immédiatement à la grande quantité de récipients de ce type trouvés dans la tombe de Toutankhamon, dans la Vallée des Rois. Le règne de ce pharaon, de 1333 à 1323 avant notre ère, tombe pile dans cette « chronologie de l’opium ». Andrew Koh fait d’ailleurs une comparaison assez parlante : il est possible que ces vases aient été des marqueurs culturels aussi reconnaissables pour l’opium à l’époque que le sont les narguilés pour la consommation de tabac à chicha aujourd’hui.
Il faut se rappeler que lorsque la tombe de Toutankhamon a été découverte en 1922, la science n’était pas aussi pointue. Quand Alfred Lucas a analysé les vases en 1933, il avait bien noté que beaucoup contenaient une matière organique aromatique, collante et brun foncé. Il ne pouvait pas dire ce que c’était, mais il avait conclu – et c’est important – que ce n’étaient ni des onguents, ni des parfums. Koh note que le fait que Lucas ait osé remettre en question la présence de parfums, contre les conventions de l’époque qui l’auraient poussé à dire le contraire, est très significatif.
Un autre indice ? Les pilleurs de tombes. Ils étaient entrés bien avant Howard Carter et avaient tenté de vider le contenu des vases. La plupart des conteneurs en albâtre portaient des traces de doigts à l’intérieur, suggérant que les voleurs avaient essayé de gratter le contenu. Soyons réalistes un instant : Koh doute fort que des pilleurs antiques aient risqué leur vie dans le tombeau d’un pharaon juste pour voler de la pommade ou du parfum standard. Il y avait forcément quelque chose de plus précieux là-dedans.
Conclusion : Une pratique aux frontières du monde antique

Finalement, cet amour pour le pavot n’était pas juste un instantané de la culture égyptienne. L’usage de l’opium serpentait à travers les domaines spirituels de cultures allant de l’ancienne Mésopotamie à l’Égypte, en passant par la mer Égée. Les cas d’utilisation en Chine sont particulièrement bien connus, et n’oublions pas que du vivant de Toutankhamon, les gens en Crète vénéraient carrément la « déesse au pavot ».
Aujourd’hui, les vases en albâtre de Toutankhamon, qui n’ont pas été analysés depuis cette époque lointaine, reposent au Grand Musée Égyptien à Gizeh. Comme le dit si bien Andrew Koh, analyser le contenu de ces jarres permettrait de clarifier une bonne fois pour toutes le rôle de l’opium dans ces sociétés anciennes. En attendant, on ne regardera plus ces vases de la même manière, n’est-ce pas ?
Selon la source : popularmechanics.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.