7 millions d’années plus tôt : Ce fossile qui réécrit l’histoire de nos premiers pas
Auteur: Mathieu Gagnon
Une révolution sur deux jambes
Marcher debout. Cela nous semble si naturel aujourd’hui, presque banal, n’est-ce pas ? Pourtant, se dresser sur ses deux jambes a marqué un tournant absolument décisif dans notre histoire évolutive. C’est ce changement radical qui a permis à nos lointains ancêtres de changer leur façon de chercher de la nourriture, d’échapper aux prédateurs et, finalement, d’explorer de nouveaux horizons.
Pendant des années, les scientifiques se sont écharpés — et le mot est faible — sur la question du « quand ». À quel moment précis cette bipédie est-elle apparue ? C’est là qu’entre en scène un protagoniste fascinant : Sahelanthropus tchadensis. Ce fossile, vieux d’environ sept millions d’années, s’est retrouvé au cœur d’un débat passionné.
Et bien, figurez-vous que de nouvelles recherches viennent enfin apporter des réponses solides. Il semblerait que la marche debout ait commencé très tôt, bien avant que nos cerveaux ne deviennent volumineux. C’est une découverte qui bouscule pas mal d’idées reçues, vous ne trouvez pas ?
Le mystère du désert de Djurab et la technologie moderne

Tout commence au début des années 2000, dans le désert de Djurab, en Afrique centrale. C’est là que des paléontologues de l’Université de Poitiers ont fait cette découverte incroyable. Au début, les études se sont concentrées sur le crâne. Et quel casse-tête ! Ce crâne montrait un petit cerveau, comparable en taille à celui des chimpanzés modernes, mais… il avait aussi des caractéristiques liées à une position de tête droite. C’était troublant. Ces traits suggéraient une posture verticale, mais la preuve irréfutable manquait encore à l’appel.
Plus tard, d’autres ossements ont été trouvés : des os du bras (qu’on appelle les ulnas) et un os de la cuisse, le fameux fémur. C’est là que la communauté scientifique s’est divisée. Ces os appartenaient-ils à un marcheur ou à un singe grimpeur ? Certains chercheurs trouvaient que la forme des os faisait très « singe », tandis que d’autres y voyaient des signes de marche sur deux jambes. Le débat est resté ouvert pendant plus de deux décennies, c’est dire si la question était complexe.
Heureusement, la technologie a fait un bond en avant. Une nouvelle étude publiée dans la revue Science Advances a utilisé des outils modernes pour réexaminer ces vieux os. Les chercheurs ont appliqué ce qu’on appelle la morphométrie géométrique 3D. C’est un nom un peu barbare, je vous l’accorde, mais c’est une méthode redoutable pour étudier la forme des os dans leurs moindres détails. Ils ont comparé les os de Sahelanthropus avec ceux de singes vivants, d’humains et d’ancêtres fossiles comme l’Australopithèque.
Le verdict ? La forme globale ressemble certes à celle des chimpanzés, mais plusieurs caractéristiques clés sont uniquement liées à la marche debout. C’est un mélange fascinant qui suggère un corps adapté à la fois pour grimper aux arbres et pour marcher sur deux jambes.
L’anatomie ne ment pas : la preuve par le fémur

Entrons un peu dans les détails techniques, car c’est là que se cache la preuve la plus élégante. L’une des découvertes majeures concerne une petite structure sur le fémur appelée le tubercule fémoral. Chez nous, les humains, ce tubercule ancre le ligament ilio-fémoral. Pour faire simple, c’est le ligament le plus fort du corps humain. Il stabilise la hanche quand on est debout et nous empêche de basculer en arrière. Eh bien, l’étude a confirmé la présence d’un véritable tubercule fémoral chez Sahelanthropus.
C’est un détail crucial, car les scientifiques ne trouvent cette structure que chez les ancêtres humains, jamais chez les singes modernes. Sa présence signale une mécanique de hanche adaptée à la station debout. Mais ce n’est pas tout ! L’étude a aussi examiné l’antétorsion fémorale, une torsion naturelle le long de l’os de la cuisse. Chez les marcheurs debout, cette torsion aide à aligner les genoux et les pieds pour avancer. Les mesures ont montré une forte antétorsion, pile dans la fourchette des ancêtres humains, alors que les singes modernes montrent l’inverse (ce qui est mieux pour grimper).
Et que dire des muscles ? Le fémur montrait des signes d’un arrangement des muscles fessiers (les muscles glutéaux) similaire à celui des premiers ancêtres humains. Ces muscles sont essentiels pour stabiliser les hanches. Bien sûr, Sahelanthropus n’avait pas toute la structure musculaire de l’homme moderne, mais le placement correspondait aux premiers stades du mouvement debout.
Scott Williams, professeur associé au département d’anthropologie de l’Université de New York (NYU), qui a dirigé ces recherches, le résume parfaitement : « Sahelanthropus tchadensis était essentiellement un singe bipède qui possédait un cerveau de la taille d’un chimpanzé et passait probablement une partie importante de son temps dans les arbres, à chercher de la nourriture et à se mettre en sécurité ».
Une évolution en douceur
Il ne faut pas imaginer l’évolution comme un interrupteur qu’on allume soudainement. Les chercheurs ont comparé la longueur des bras et des jambes. Les singes modernes ont de longs bras et des jambes courtes, tandis que nous, c’est l’inverse. Sahelanthropus, lui, se situait entre les deux. Ses jambes étaient plus longues que ses bras (plus que chez les singes), mais restaient plus courtes que chez les ancêtres humains plus tardifs.
Ces proportions nous racontent une histoire de compromis : une marche debout fréquente au sol, combinée à une grimpe régulière dans les arbres. Cette marche économe en énergie offrait sans doute des avantages pour voyager, tandis que grimper restait vital pour manger et se protéger.
Scott Williams ajoute : « Notre analyse de ces fossiles offre une preuve directe que Sahelanthropus tchadensis pouvait marcher sur deux jambes, démontrant que la bipédie a évolué tôt dans notre lignée ». C’est fascinant de penser que tout a commencé avec un ancêtre qui ressemblait encore beaucoup aux chimpanzés et bonobos d’aujourd’hui. Cette étude, publiée dans Science Advances, nous rappelle que nos premiers pas vers l’humanité se sont faits… un pied dans les arbres, et l’autre sur terre.
Selon la source : earth.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.