Des virus cachés dans notre ADN depuis la nuit des temps : une découverte fascinante
Auteur: Mathieu Gagnon
Une cohabitation millénaire inattendue

On a souvent l’impression que les virus sont des menaces modernes, un peu comme si l’histoire récente nous avait habitués aux épidémies. Pourtant, la science vient de nous rappeler, avec une certaine humilité, que notre relation avec ces envahisseurs microscopiques est bien plus ancienne qu’on ne le croyait. Une nouvelle étude révèle que les bêtaherpèsvirus humains 6A et 6B coexistent avec nous depuis plus de 2 000 ans. C’est assez vertigineux quand on y pense.
Des chercheurs ont réussi l’exploit de dénicher de l’ADN viral à l’intérieur d’ossements humains anciens trouvés en Europe. Ces découvertes changent complètement notre façon de voir l’évolution conjointe des humains et des virus. Pour parvenir à ce résultat, une équipe dirigée par l’Université de Vienne et l’Université de Tartu a analysé près de 4 000 échantillons de squelettes humains. Un travail de titan, vraiment.
Ils ont pu reconstruire 11 génomes viraux anciens. L’un d’eux provenait d’une jeune fille enterrée en Italie durant l’âge du fer, quelque part entre 1100 et 600 avant notre ère. D’autres échantillons nous viennent de l’Angleterre médiévale, de Belgique, d’Estonie et même de Russie. Pour trouver ces traces, les scientifiques ont dû fouiller dans les dents, les os pétreux et les os de l’oreille interne, car leur structure dense aide à préserver le matériel génétique à travers les siècles.
Des virus d’enfance inscrits dans nos gènes

Alors, de quoi parle-t-on exactement ? Le bêtaherpèsvirus humain 6B infecte la plupart des enfants très tôt, généralement avant l’âge de deux ans. Vous connaissez peut-être la roséole infantile ? C’est souvent lui le coupable, provoquant fièvre et parfois des convulsions. Son cousin, le type 6A, se comporte un peu différemment et a tendance à apparaître plus tard dans la vie.
Ce qui est fascinant – et un peu effrayant, je suppose –, c’est que ces deux virus restent dans le corps à vie. Ils entrent en dormance, ce qui leur permet de survivre longtemps sans causer de symptômes. Mais contrairement à la plupart des herpèsvirus, le HHV-6A et le HHV-6B ont une capacité unique : ils peuvent insérer leur matériel génétique directement dans les chromosomes humains. Si cela se produit dans les cellules reproductrices, l’ADN viral est alors hérité et passe du parent à l’enfant. Aujourd’hui, environ un pour cent des humains modernes portent ces copies virales héritées dans absolument toutes leurs cellules.
C’est justement ce détail qui a aidé les chercheurs. Trouver de l’ADN viral ancien est extrêmement difficile car une infection active laisse peu de traces dans les os. En revanche, l’ADN viral hérité, présent dans chaque cellule dès la naissance, offre une bien meilleure chance de survie à travers des milliers d’années. Les niveaux élevés d’ADN humain préservé correspondaient souvent à des signaux viraux forts, pointant vers une intégration héritée plutôt qu’une simple infection passagère.
Une évolution lente et des parcours distincts

Meriam Guellil, l’auteure principale de l’étude et experte au Département d’anthropologie évolutive de l’Université de Vienne, nous éclaire sur ce point. Elle explique que même si le HHV-6 infecte près de 90 % de la population à un moment donné, ce fameux 1 % qui porte le virus hérité dans toutes ses cellules est la clé. « Ce sont ces 1 % de cas que nous sommes le plus susceptibles d’identifier en utilisant de l’ADN ancien, ce qui rend la recherche de séquences virales assez difficile », précise-t-elle.
Les comparaisons génétiques ont révélé une stabilité surprenante à travers les siècles. Comme l’ADN humain se copie avec une grande précision, l’ADN viral qui y est incrusté change très lentement. Le HHV-6A, par exemple, semble avoir suivi une voie évolutive distincte : toutes les lignées héritées connues étaient déjà présentes dans les populations européennes historiques. Il n’y a aucune preuve de nouvelles intégrations récemment, ce qui suggère que le virus a peut-être perdu sa capacité à s’intégrer dans l’ADN humain très tôt dans notre histoire.
Le HHV-6B, lui, a eu un parcours plus complexe. On observe un mélange génétique entre les formes héritées et les formes virales circulantes, ce qui suggère une activité virale continue à travers les générations. C’est un peu comme si ce virus continuait de dialoguer avec notre organisme au fil du temps.
Implications pour la santé et histoire profonde

Ces découvertes ne sont pas juste de l’archéologie, elles ont un écho aujourd’hui. Charlotte Houldcroft, experte au Département de génétique de l’Université de Cambridge, souligne un lien médical important : « Porter une copie de HHV-6B dans votre génome a été lié à l’angine de poitrine et aux maladies cardiaques. » Elle note aussi que ces formes héritées sont plus courantes au Royaume-Uni aujourd’hui que dans le reste de l’Europe. D’ailleurs, les restes anciens trouvés en Grande-Bretagne confirment des infections virales héritées remontant à plus de 1 300 ans.
Il y a aussi des détails géographiques intéressants. Des sépultures en Belgique ont révélé que les deux espèces virales circulaient au sein d’une même population, prouvant que le HHV-6A et le HHV-6B coexistaient déjà dans les communautés médiévales. Ces génomes anciens confirment enfin ce que les données modernes suggéraient : la présence de ces virus remonte probablement à la migration hors d’Afrique. Comme le dit Guellil, ces génomes offrent la « première preuve concrète de leur présence dans le passé humain profond ».
L’étude, publiée dans la revue Science Advances, montre que ces infections infantiles peuvent devenir des parties permanentes du génome humain. Le HHV-6A et le HHV-6B ne sont plus de simples découvertes récentes ; la génétique les place désormais au cœur de notre histoire profonde.
Selon la source : earth.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.