L’agonie céleste de NGC 6569 : Quand un amas globulaire se vide de ses étoiles
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte au cœur du renflement galactique

Il y a quelque chose de vertigineux à lever les yeux vers le ciel, vous ne trouvez pas ? On imagine souvent l’univers comme une toile figée, éternelle. Pourtant, là-haut, tout bouge, tout change, et parfois… tout se délite. C’est exactement ce que vient de mettre en lumière une équipe d’astronomes dirigée par Joanne Hughes de l’Université de Seattle. Grâce au puissant Télescope Anglo-Australien (AAT), ils ont braqué leur regard sur un voisin pas si lointain — enfin, tout est relatif — nommé NGC 6569. Ce vieil amas globulaire, niché dans le renflement de notre Voie Lactée, semble traverser une bien mauvaise passe.
Les résultats de cette campagne d’observation, publiés le 22 décembre sur le serveur de préimpression arXiv — une étude rapportée par Tomasz Nowakowski pour Phys.org —, sont formels : cette galaxie perd activement ses étoiles. C’est un phénomène qu’on appelle le « dépouillement par marée » (tidal stripping en anglais). En gros, les forces gravitationnelles sont en train de l’effriter petit à petit. C’est un peu triste, quand on y pense, de voir une structure aussi ancienne se faire grignoter ainsi, mais c’est le cycle naturel du cosmos, je suppose.
Portrait d’un géant métallique de 13 milliards d’années

Avant de parler de sa destruction, prenons un moment pour comprendre à qui nous avons affaire. NGC 6569 n’est pas n’importe qui. Situé à environ 35 500 années-lumière de la Terre, c’est un amas globulaire relativement massif. On parle ici d’une masse avoisinant les 230 000 masses solaires. Ce n’est pas rien ! C’est aussi un amas modérément riche en métaux, avec une métallicité de -0,8 dex, et son âge vénérable est estimé à 13 milliards d’années. Imaginez un peu l’histoire que ces étoiles pourraient raconter si elles pouvaient parler…
L’observation réalisée par l’équipe de Hughes s’inscrit dans le cadre du projet Milky Way Bulge Extra-Tidal Star Survey (MWBest). L’objectif ? Comprendre comment ces amas globulaires (GC) finissent par se dissoudre dans la partie interne de la Voie Lactée. D’ailleurs, les modèles théoriques sont assez pessimistes à ce sujet : ils suggèrent que les amas du renflement situés à moins de 6 500 années-lumière du centre galactique pourraient perdre jusqu’à 80 % de leur masse au profit du champ environnant. C’est énorme. Si l’on regarde ce qui se passe dans le halo galactique, on constate qu’environ 26 % des amas globulaires présentent des queues de marée, et 42 % montrent des caractéristiques extra-tidales distinctes. Mais curieusement, ces signes sont rarement détectés autour des amas du renflement comme le nôtre. Enfin, jusqu’à maintenant.
L’enquête : Sur la trace des étoiles perdues

Alors, comment ont-ils confirmé ce phénomène ? Ce n’est pas comme si on pouvait voir les étoiles tomber une par une à l’œil nu. En utilisant l’AAT, l’équipe a obtenu des spectres à moyenne résolution de 303 étoiles au sein de NGC 6569. C’est un travail de fourmi, il faut bien l’avouer. En analysant ces spectres, ils ont déniché des preuves spectroscopiques de débris de marée associés à l’amas. Selon le papier de recherche (DOI: 10.48550/arxiv.2512.19074 pour les curieux), les astronomes ont identifié 40 étoiles situées entre 7 et 30 minutes d’arc du centre de NGC 6569.
Ils interprètent ces astres comme étant de véritables débris de marée. Pour être plus précis, cinq de ces étoiles semblent même faire partie d’un halo de débris entourant l’amas. Mais ce n’est pas tout. En comparant les étoiles dynamiquement liées à l’amas avec celles du champ environnant, ils ont découvert quelque chose de fascinant : environ 35 % de la population stellaire locale partage son mouvement propre. En combinant ces contraintes chimico-dynamiques avec une analyse dynamique plus poussée, ils estiment que l’amas subit un dépouillement continu, mais léger.
Un déclin lent mais inéluctable

C’est ici que les chiffres deviennent vraiment concrets. NGC 6569 perd environ 5,6 % de sa masse tous les milliards d’années. Cela peut sembler lent à notre échelle humaine, mais à l’échelle cosmique, c’est une hémorragie constante. Cela correspond à une perte de 1,0 à 1,6 masse solaire par an. L’amas nourrit littéralement la population du renflement galactique avec ses propres étoiles. Les observations suggèrent même, de manière assez poétique je trouve, que NGC 6569 se déplace à travers un « tube » formé par ses propres débris de marée. C’est comme s’il nageait dans son propre sillage d’étoiles abandonnées.
Bien sûr, la science est faite de prudence. Les auteurs précisent que d’autres études, notamment des simulations à N corps, seront nécessaires pour vérifier cette hypothèse du « tube ». Mais au bout du compte, la conclusion est là : les signatures structurelles de NGC 6569 sont totalement cohérentes avec une perte de masse continue déduite de l’analyse chimico-dynamique. Cet amas, témoin de l’aube de l’univers, est en train de s’effilocher doucement, dispersant ses souvenirs stellaires dans l’immensité de la Voie Lactée.
Selon la source : phys.org
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