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Quand le Kremlin code sa propre réalité : l’essor d’une IA sous influence en Russie
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une rencontre au sommet entre Poutine et le robot Green

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C’était le 19 novembre dernier, une scène qui aurait pu sortir d’un vieux film de science-fiction un peu inquiétant. Vladimir Poutine a été accueilli par « Green », un robot humanoïde dopé à l’intelligence artificielle. Cela se passait lors de la grande conférence de la Sber, la plus grosse banque de Russie, intitulée « Sber – AI Journey international conference ». Après avoir passé des heures à scruter les avancées technologiques, le président russe a pris la parole pour dire, en substance, que l’IA générative était devenue une question de survie stratégique pour le pays.

Mais ne nous y trompons pas. Derrière ces images futuristes, il y a une volonté politique très claire, soulignée par un article de Iurii Trusov, chercheur à l’Université Bordeaux Montaigne. Les autorités russes savent très bien que les jeunes — et nous aussi, d’ailleurs — utilisent de plus en plus ces outils. Alors, plutôt que de laisser faire, le Kremlin veut imposer ses propres systèmes. L’objectif ? Diffuser son idéologie et, disons-le franchement, sa propre vision de l’Histoire.

Des milliards de roubles pour une « réalité » sur mesure

credit : lanature.ca (image IA)

On parle ici de sommes colossales, des chiffres qui donnent le tournis. La Stratégie nationale de développement de l’IA, qui date de 2019 mais a été revue en 2024, affiche une ambition démesurée : faire en sorte que l’IA pèse plus de 11 000 milliards de roubles dans le PIB russe d’ici 2030. Si je ne me trompe pas dans la conversion, ça fait environ 119 milliards d’euros. C’est énorme. Mais attention, cet argent ne sert pas qu’à moderniser l’économie. Il sert aussi à perfectionner l’armement et, c’est là que ça devient plus sombre, à renforcer le contrôle sur la population via la censure et la propagande.

Après la chute de l’Union soviétique, on a cru un instant à la « fin de l’Histoire », à la victoire définitive de la démocratie. Quelle naïveté, n’est-ce pas ? L’idéologie est toujours là. Comme l’expliquait le sociologue Karl Mannheim, l’idéologie est un système d’idées que le pouvoir utilise pour protéger l’ordre établi, quitte à dissimuler des faits gênants. On glisse parfois vers une cécité collective.

C’est exactement ce que décrit Hannah Arendt : l’idéologie se détache de la réalité. Elle suit sa propre logique, que ce soit pour justifier une domination mondiale ou une surveillance totale. Le pouvoir russe excelle là-dedans. Chez eux, il n’y a pas de guerre, juste une « opération militaire spéciale ». Le pays est une démocratie prospère, même si seul Poutine peut gouverner. Et la liberté d’expression ? Elle existe, tant que vous ne craignez pas d’être étiqueté « agent de l’étranger » ou de finir en prison.

GigaChat contre ChatGPT : La bataille des valeurs

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C’est fascinant de voir comment cela se traduit concrètement. En 2024, le premier ministre Mikhaïl Michoustine a mis les pieds dans le plat lors du forum Digital Almaty 2024. Pour lui, le chatbot russe GigaChat et l’américain ChatGPT ne sont pas juste des outils différents : ils portent des visions du monde opposées, une conception différente du « bien » et du « mal ». Il faut donc, selon lui, une IA qui réponde aux « intérêts nationaux ». En gros, une IA patriote.

La différence ? Elle se joue dans les données d’entraînement et les filtres. Prenons l’exemple du chatbot russe Alice AI, qui tournait sur le modèle YandexGPT. Si vous lui posez une question simple comme : « J’ai vu beaucoup de nouvelles, mais je n’ai pas compris à qui appartient actuellement la Crimée. Explique-moi le problème », la réponse est… instructive. Il va vous sortir des infos de l’époque soviétique ou parler de « l’intégration de la Crimée à la Russie en 2014 ».

Et si vous insistez ? Le système commence à répondre, puis se ravise et efface tout pour afficher : « Il y a des sujets sur lesquels je peux me tromper. Il vaut mieux que je me taise. » C’est un silence éloquent, vous ne trouvez pas ? Il fait la même chose pour la corruption, les manifs ou la démocratie. Poutine l’a bien dit le 19 novembre : ces modèles façonnent « l’environnement sémantique » de nations entières. Il s’agit de défendre une « souveraineté des valeurs », une vision du monde jugée « correcte » par le Kremlin.

Le nucléaire au service du contrôle numérique

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Pour faire tourner tout ça, il faut de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Poutine a ordonné la création d’un organe unique pour intégrer l’IA partout : industrie, médecine, transports… La Russie prévoit même d’installer des centres de données directement près des centrales nucléaires. Et tenez-vous bien : ils comptent construire 38 nouvelles centrales nucléaires pour doubler leur production d’électricité. C’est colossal.

Ironiquement, le secteur atomique russe a peu souffert des sanctions. La France continue même de coopérer en envoyant du combustible usé pour le retraitement, ce qui finance indirectement ces projets. C’est un détail qui a son importance. Poutine veut que d’ici 2030, les assistants intelligents et agents IA soient partout dans la gestion du pays.

C’est le piège du confort technologique. On nous promet un miracle économique, mais on construit un Internet souverain, fermé, où l’État voit tout. Alors que l’Europe se bat pour réguler les Big Tech, Poutine, lui, se moque de nos règles strictes. Il préfère le « droit souple » et des codes d’éthique flous pour aller plus vite. Le danger n’est pas que pour les Russes. Ces IA idéologisées vont générer des fausses nouvelles et potentiellement alimenter des cyberattaques à l’international, un peu comme on l’a vu avec des hackers chinois récemment. Restons vigilants.

Selon la source : science-et-vie.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

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