Après l’invasion américaine au Venezuela, le Canada devrait-il craindre pour ses ressources naturelles ?
Auteur: Adam David
Un choc en Amérique latine et une question au nord

C’est une nouvelle qui a fait l’effet d’un coup de tonnerre, je pense. Au lendemain de l’invasion des États-Unis au Venezuela et de la capture du président déchu Nicolas Maduro et de son épouse, une vague d’inquiétude a traversé bien des capitales. Samedi, le président américain Donald Trump a carrément annoncé qu’il allait prendre les rênes de la « transition » du pays et, surtout, de son industrie pétrolière. On parle de la plus grande réserve de pétrole au monde, quand même.
Et puis, naturellement, l’esprit vagabonde. Le Canada, notre pays, partage la plus longue frontière terrestre au monde avec ce même voisin. Il est aussi riche en ressources : pétrole, eau, minéraux critiques… tout ça. Alors, la question vient toute seule : est-ce qu’on devrait, nous aussi, s’inquiéter ? Est-ce que ce qui se passe au Venezuela est un prélude à autre chose ? C’est une réflexion un peu troublante, mais nécessaire. Des experts ont commencé à y réfléchir, et leurs avis sont… nuancés, disons.
Un risque militaire improbable, mais un danger économique bien réel

Bon, pour se rassurer tout de suite : personne ne croit sérieusement que des chars américains vont traverser la frontière. L’ancienne ambassadrice du Canada à l’ONU, Louise Blais, est catégorique. « À court terme : non », assure-t-elle. Une opération militaire comme au Venezuela sur le sol canadien ? Elle n’y croit pas. Et elle a une bonne raison. Patrice Geoffron, professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine, abonde dans son sens : exercer une pression sur le Venezuela, avec ses « institutions fragiles » et un gouvernement pas vraiment soutenu par sa population, c’est une chose. Le faire avec le Canada, une démocratie stable, c’en est une autre. C’est quand même pas comparable, vous ne trouvez pas ?
Mais attention, le répit n’est peut-être que temporaire. Parce que Mme Blais lance tout de même une alerte très sérieuse. À moyen et long terme, pour notre industrie pétrolière, l’affaire vénézuélienne est « vraiment inquiétante ». Pourquoi ? Parce que le pétrole vénézuélien est principalement extralourd, similaire à celui qu’on extrait en Alberta. Le problème, ou la « chance » pour les Américains, c’est que ce pétrole-là, une fois sous leur contrôle, pourrait devenir pour eux une source moins chère et plus facile d’accès. « Ce que ça veut dire à moyen terme, c’est qu’éventuellement les États-Unis vont avoir accès à un pétrole moins cher, plus facile d’accès, et qui demande un peu moins de transformation que celui qui provient de l’Alberta », explique-t-elle. En clair, ça pourrait faire baisser la valeur de notre propre production. Un coup dur économique, en somme, même sans un seul soldat.
Les obstacles au Venezuela et les autres richesses canadiennes

Il faut nuancer le tableau, heureusement. Alexandre Gajevic Sayegh, professeur à l’Université Laval, tempère un peu les craintes. Oui, le Venezuela a les plus grandes réserves, mais sa production actuelle est misérable : environ 1,1 million de barils par jour. Pourquoi un chiffre si bas ? L’état des infrastructures est catastrophique. Tout a commencé à se dégrader avec la nationalisation du secteur par Hugo Chavez en 2007. Cet épisode a fait fuir les grands noms comme ExxonMobil et ConocoPhillips. Seul Chevron est resté, mais en réduisant drastiquement ses activités.
Le journaliste Joseph Bouchard, qui étudie aussi en science politique, résume la situation : « En bref, ça prendrait énormément d’argent [et] énormément de temps pour exploiter cette ressource au Venezuela ». On parle de milliards pour rénover les raffineries ou transporter le pétrole brut vers les États-Unis. C’est un projet de très longue haleine.
Et puis, le pétrole n’est pas tout. Le Canada a autre chose de précieux, et peut-être même plus stratégique pour l’avenir. L’eau douce, une ressource vitale de plus en plus rare. Et les minéraux critiques, essentiels pour les batteries de voitures électriques et la transition énergétique. Est-ce que Trump pourrait convoiter ça ? Le professeur de géographie Frédéric Lasserre, aussi de Laval, a un avis tranché : « Ça m’étonnerait beaucoup qu’il y ait des projets d’invasion du Canada pour mettre la main sur les ressources en eau ». Ouf. M. Gajevic Sayegh ajoute, avec un brin d’optimisme, que la transition vers les énergies renouvelables est inéluctable : « Alors, Trump, il ne pourra pas arrêter ça entièrement ».
Conclusion : Un signal fort et une relation à redéfinir

Alors, où est la vraie menace ? Elle est peut-être plus subtile qu’une invasion. Plusieurs experts pointent du doigt le signal que cette opération envoie. Pour Louise Blais, c’est clair : « les Américains voient vraiment leur hémisphère comme leur terrain de jeu, et pensent qu’ils peuvent s’approprier assez facilement des ressources naturelles ». Joseph Bouchard rappelle que Trump n’a jamais caché sa vision : la politique étrangère américaine doit se focaliser sur l’accès aux ressources. C’est une doctrine, en quelque sorte.
Alexandre Gajevic Sayegh utilise un mot plus fort : l’hégémonie énergétique. Dans cette vision, le Canada est perçu comme un simple « réservoir de matières premières » à la disposition des États-Unis. C’est une perspective qui donne à réfléchir sur notre souveraineté, non ?
Alors, un détournement pur et simple de nos ressources ? C’est improbable, on l’a dit. Mais cette nouvelle « force » américaine, cette démonstration de puissance, pourrait très bien devenir un levier de pression dans les futures négociations. L’ACEUM, l’accord commercial qui nous lie, pourrait en être le théâtre. En fin de compte, l’invasion du Venezuela ne menace pas directement notre territoire, mais elle remet en question l’équilibre et le ton de notre relation la plus importante. C’est peut-être là que le vrai défi commence. On va devoir être vigilants, et surtout, clairs sur ce qu’on est prêts à accepter.
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.