Un monde perdu sous les flots

Il y a de cela très, très longtemps, bien avant que nos villes et nos routes n’existent, le paysage de l’Europe du Nord était radicalement différent. Imaginez un peu : entre 8 000 et 6 000 ans avant notre ère, ce qui est aujourd’hui la mer du Nord et la mer Baltique… n’était pas du tout une mer. C’étaient de vastes plaines, des terres fertiles où des civilisations anciennes ont prospéré pendant des millénaires.
Mais tout a basculé avec la fin de la dernière période glaciaire. La planète s’est réchauffée, les glaciers ont fondu, et le niveau des mers a inexorablement grimpé. Ces terres basses, ces paysages uniques, ont été engloutis, emportant avec eux presque toutes les traces des sociétés qui y vivaient. Presque toutes, c’est le mot-clé. Parce que maintenant, une équipe de scientifiques se lance dans une course contre la montre pour retrouver ces mondes oubliés, littéralement cachés sous les vagues.
Le projet s’appelle SUBNORDICA. C’est une collaboration majeure entre plusieurs institutions de renom : le Submerged Landscapes Research Centre de l’Université de Bradford au Royaume-Uni, le TNO Geological Survey des Pays-Bas, l’Institut flamand de la mer et l’Université de York. Leur mission ? Explorer ces civilisations perdues, comme le fameux Doggerland, une terre qui aurait prospéré en mer du Nord il y a environ 8 200 ans.
Une urgence scientifique face au changement climatique

Vincent Gaffney, qui dirige le centre de recherche britannique, l’explique très clairement. Il y a 20 000 ans, le niveau global de la mer était 130 mètres plus bas qu’aujourd’hui. Le réchauffement progressif et la montée des eaux ont fait disparaître des paysages uniques, qui avaient abrité des sociétés humaines pendant si longtemps. Le problème, c’est qu’on ne sait presque rien des gens qui vivaient sur ces grandes plaines. C’est une page blanche de notre histoire préhistorique.
Et voilà où ça devient vraiment urgent. Aujourd’hui, alors que l’Europe et le monde visent la neutralité carbone, le développement des plateaux continentaux est devenu une priorité stratégique. Pour lutter contre le changement climatique et la montée des eaux – un combat permanent pour certains pays bordant la mer du Nord – on installe massivement des parcs éoliens offshore. Ces fermes éoliennes, aussi vitales soient-elles, risquent de limiter, voire de bloquer, l’accès scientifique à ces zones sous-marines.
Les chiffres donnent le vertige. Il y a des milliers d’années, 7,7 millions de miles carrés supplémentaires étaient émergés. Et dans cette portion, 1,16 million de miles carrés se trouvaient le long du littoral européen actuel. Les chercheurs décrivent cette région comme « la terre la plus attractive pour l’établissement préhistorique de tout le continent ». C’est cette même terre qui forme aujourd’hui le plateau continental, en plein développement pour les énergies vertes. Du coup, des projets comme SUBNORDICA doivent se dépêcher d’enquêter avant qu’il ne soit trop tard.
Les technologies de pointe au service de l’archéologie

Alors, comment fait-on pour chercher des aiguilles dans une botte de foin… au fond de la mer ? On utilise les outils les plus modernes. Le projet va s’appuyer sur une panoplie de technologies de pointe : la cartographie avancée des fonds marins, la simulation informatique des habitats disparus, mais aussi des outils d’intelligence artificielle, des relevés sismiques et acoustiques, et des forages.
Déjà, en mars dernier, l’Université de Bradford a annoncé son intention d’analyser des données récoltées par des levés magnétométriques. Ces relevés, à l’origine destinés à évaluer l’impact environnemental de futurs projets d’énergie verte, pourraient s’avérer précieux. Les chercheurs expliquent que les champs magnétiques peuvent aider à identifier des « zones de formation de tourbe… ou là où l’érosion s’est produite, par exemple dans des chenaux fluviaux ». Autant d’indices sur le paysage ancien.
Et l’archéologie traditionnelle n’est pas en reste. Peter Moe Astrup, archéologue sous-marin au Musée Moesgaard du Danemark, détaille une partie du plan : « SUBNORDICA étudiera l’importance des anciens littoraux et de leurs ressources pour les humains. Grâce à des plongées d’étude dans la baie d’Aarhus [au Danemark], nous déterminerons à quel point les établissements côtiers étaient répandus par rapport à ceux de l’intérieur des terres, et nous établirons comment les ressources marines étaient exploitées il y a 9000 à 8500 ans. » Ces connaissances serviront ensuite à cibler les investigations archéologiques dans des zones moins accessibles.
Conclusion : Une leçon du passé pour notre avenir ?

C’est un peu ironique, quand on y pense. Aujourd’hui, les nations se battent contre la montée des eaux, une conséquence du réchauffement climatique que nous avons nous-mêmes accentué. Et dans le même temps, des scientifiques se précipitent pour découvrir ce qui est arrivé à des humains préhistoriques qui, eux aussi, ont connu une hausse des températures. Une hausse qui a menacé, et a finalement vaincu, leurs civilisations.
Il y a comme un écho à travers les millénaires. En explorant ces mondes engloutis, on ne fait pas que combler des blancs dans les livres d’histoire. On cherche peut-être aussi à comprendre la résilience, ou la vulnérabilité, des sociétés face à un environnement qui change radicalement. SUBNORDICA, avec ses cartes high-tech et ses plongées minutieuses, tente de faire la lumière sur un passé très lointain, tout en naviguant dans les contraintes d’un présent très pressant. La course est lancée, et chaque découverte au fond de l’eau sera une victoire contre l’oubli.
Selon la source : popularmechanics.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.