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Le dôme Prudhoe du Groenland a déjà fondu il y a seulement 7 000 ans, selon une étude
Crédit: lanature.ca (image IA)

Introduction : Un passé récent qui interpelle

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Le Groenland, cette vaste île de glace, recèle des secrets anciens qui parlent étonnamment de notre futur. Vous savez, parfois on a l’impression que les changements climatiques majeurs sont le fruit d’un passé très lointain. Eh bien, détrompez-vous. Une étude toute fraîche, publiée ce 5 janvier dans Nature Geoscience, vient de révéler que le dôme Prudhoe, un point culminant de la calotte glaciaire du Groenland, avait complètement disparu il y a environ 7 000 ans.

C’est beaucoup plus récent qu’on ne le pensait, voyez-vous. Cette découverte est le tout premier fruit du projet GreenDrill, une initiative inédite codirigée par l’Université de Buffalo. Leur objectif ? Percer la glace pour récupérer des roches et des sédiments enfouis sous la calotte glaciaire. Imaginez, la communauté scientifique a plus d’échantillons provenant de la Lune que de sous la glace du Groenland ! Et pourtant, ces cailloux sont des trésors : ils nous racontent quand la glace a fondu par le passé.

Les chercheurs nous expliquent que cette fonte s’est produite durant l’Holocène, la période interglaciaire dans laquelle nous vivons encore aujourd’hui, qui a débuté il y a 11 000 ans. Une période souvent décrite comme plutôt stable sur le plan climatique, c’est celle où nos ancêtres ont commencé à développer l’agriculture. Si un réchauffement naturel et relativement doux a pu faire fondre ce dôme à l’époque, qu’en sera-t-il avec le changement climatique actuel, provoqué par l’homme ? La question est posée, et elle n’est pas anodine.

La science derrière la découverte : forer et dater

Alors, comment est-on arrivé à cette conclusion ? Il a fallu du courage, de la patience et une bonne dose d’ingéniosité. L’équipe de GreenDrill a installé son camp au sommet du dôme Prudhoe au printemps 2023. Ils ont foré, et pas qu’un peu. L’échantillon analysé pour cette étude provient d’une profondeur vertigineuse de 1 669 pieds sous la surface (soit plus de 500 mètres). Un autre échantillon, prélevé près du bord où la glace est plus fine, attend son tour pour révéler d’autres secrets.

Pour dater ces sédiments, les scientifiques ont utilisé une technique fascinante appelée datation par luminescence. C’est un peu magique : lorsque des sédiments sont enfouis, de minuscules grains minéraux piègent des électrons à cause de la radioactivité naturelle. Ces électrons y restent emprisonnés… jusqu’à ce que le sédiment soit de nouveau exposé à la lumière du jour. À ce moment-là, ils « brillent », et cette lueur peut être mesurée. L’intensité de cette lumière a parlé : elle a révélé que les sédiments du dôme Prudhoe avaient vu le ciel pour la dernière fois il y a entre 6 000 et 8 200 ans.

Cela signifie que la fonte a dû se produire juste avant, probablement au début de l’Holocène. À cette époque, les températures étaient de 3 à 5 degrés Celsius plus chaudes qu’aujourd’hui. Et voici le chiffre qui fait froid dans le dos (si l’on ose dire) : certaines projections indiquent que le dôme Prudhoe pourrait retrouver ces niveaux de réchauffement d’ici l’an 2100. On parle de la fin de ce siècle, ce n’est pas dans un futur lointain. C’est le temps d’une vie.

Le professeur Jason Briner, qui a codirigé GreenDrill, résume bien l’enjeu. Il explique que pour un changement climatique naturel et modéré de cette ère d’avoir fait fondre le dôme Prudhoe, il ne faudra peut-être pas longtemps pour qu’il commence à reculer à nouveau sous l’effet du réchauffement actuel.

Sur la glace : une aventure humaine et scientifique

credit : lanature.ca (image IA)

Derrière ces résultats, il y a une sacrée aventure humaine. L’équipe a vécu des semaines dans un camp de tentes jaunes perdu sur l’immensité blanche, avec des chemins marqués par des drapeaux rouges, noirs et verts. Les journées étaient rythmées par le bruit des foreuses, le ramassage des débris de glace et le déneigement incessant du camp. Les foreurs du NSF Ice Drilling Program ont travaillé d’arrache-pied pour traverser des centaines de pieds de glace.

Et comme dans toute bonne expédition, il y a eu son lot de suspense. Une fracture dans la glace, juste au site du sommet, a failli faire échouer le projet au tout dernier moment. On était presque à l’abandon. Mais une solution de dernière minute, utilisant un foret normalement réservé à la roche, a sauvé la mise. Ils ont pu finir de forer les derniers 390 pieds et prélever leur échantillon… juste avant l’arrivée des avions pour évacuer le matériel. Le professeur Briner l’a comparé à « regarder un match des Buffalo Bills », tellement c’était stressant jusqu’à la fin.

Il rend hommage à l’esprit d’équipe incroyable sur place, entre scientifiques, foreurs et l’équipe logistique en coulisses. Parmi les collaborateurs clés, on retrouve Joerg Schaefer de l’observatoire Lamont-Doherty, Caleb Walcott-George (maintenant professeur à l’Université du Kentucky), Nicolás Young, Allie Balter-Kennedy et Nathan Brown. Walcott-George, qui a même basé sa thèse sur ce projet, a trouvé l’expérience « humiliante ». Quand on ne voit que de la glace à perte de vue, se dire qu’elle a déjà fondu par le passé et qu’elle fondra encore… ça remet les choses en perspective.

Il est intéressant de noter que leur camp n’était pas loin de l’ancienne base militaire américaine de Camp Century, construite pendant la Guerre Froide. À l’époque, l’armée voulait y cacher des missiles nucléaires et a, par hasard, foré et récupéré des sédiments. Ces échantillons, stockés à l’Université de Buffalo, avaient déjà permis de découvrir que la calotte était bien plus petite il y a 400 000 ans. L’histoire se répète, mais avec des intentions scientifiques cette fois.

Implications et avenir : la mer qui monte et les trésors à venir

credit : lanature.ca (image IA)

Alors, pourquoi est-ce si important pour nous aujourd’hui, surtout pour ceux qui vivent près des côtes ? Les implications sont énormes pour la montée du niveau de la mer. En étudiant des zones vulnérables comme les bords de la calotte (le dôme Prudhoe en fait partie), les scientifiques peuvent identifier quelles parties fondront en premier. Et donc, quelles communautés côtières seront les plus immédiatement menacées. Comme le dit Joerg Schaefer, analyser la roche sous la glace nous dit directement quelles marges de la calotte sont les plus fragiles. C’est une information cruciale pour faire des prévisions locales précises sur la montée des eaux. C’est un véritable changement de jeu.

Et ce n’est que le début. L’équipe de GreenDrill considère cette étude comme la première d’une longue série. Ils ont entre les mains un véritable « coffre au trésor » à explorer. L’autre carotte, prélevée près du bord du dôme, pourrait révéler des secrets sur le point le plus vulnérable de la calotte. Ils ont même trouvé des traces de plantes dans les échantillons, qui pourraient nous éclairer sur l’environnement ancien du Groenland. Imaginez, savoir à quoi ressemblait la terre quand il n’y avait pas de glace !

Ils espèrent aussi pouvoir forer à nouveau et inspirer d’autres équipes. GreenDrill est le premier projet à choisir ses sites de forage spécifiquement pour collecter de la matière sous la glace. Le professeur Briner insiste : ils ont démontré que c’était possible techniquement et logistiquement, et qu’il existait une boîte à outils analytique pour étudier ces échantillons. « Nous avons des modèles numériques très fiables pour prédire le taux de fonte, mais nous voulons aussi de vraies données d’observation, qui nous disent sans ambiguïté que X degrés de réchauffement dans le passé ont conduit à X quantité de glace disparue », explique-t-il.

Au final, cette histoire nous rappelle une chose simple mais profonde : la calotte glaciaire du Groenland est bien plus sensible qu’on ne le croyait. Elle a déjà répondu à des changements modestes par le passé. Aujourd’hui, le moteur du réchauffement est bien plus puissant. L’étude du dôme Prudhoe n’est pas qu’une leçon d’histoire géologique ; c’est un avertissement pour l’avenir, écrit dans la roche et la glace.

Selon la source : phys.org

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

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