Introduction : Une poursuite qui remet en cause le processus séparatiste

Voilà une affaire qui ne manque pas de sel, et qui jette une lumière crue sur les tensions sous-jacentes au projet d’indépendance albertain. La Nation crie de Sturgeon Lake a déposé une poursuite judiciaire. Et pas contre n’importe qui : elle vise directement le gouvernement de l’Alberta, le procureur général du Canada, et même le directeur général des élections de la province. Le déclencheur ? Le simple lancement de la campagne pour faire de l’Alberta un État séparé du Canada.
Le fond du problème, c’est que ce mouvement avancerait sans le consentement des peuples autochtones. Le document légal, assez cinglant, accuse carrément l’Alberta de faciliter le mouvement séparatiste en ignorant délibérément les nations dont les traités sont pourtant ancestraux. Pire, il reproche au gouvernement fédéral de… comment dire… de se dérober. De manquer à son devoir constitutionnel de protection des droits issus de ces mêmes traités. Un double échec, en somme.
Le point de vue cri : un consentement indispensable et des craintes profondes

Sheldon Sunshine, le chef de la Nation crie de Sturgeon Lake, ne mâche pas ses mots. Il a un sentiment familier, et plutôt amer : celui d’être constamment mis de côté. « Nous sommes toujours relégués au second plan », lance-t-il, avec une lassitude palpable. Pour lui, il est plus que temps que les gouvernements, provincial et fédéral, ouvrent enfin leurs oreilles. « Je pense qu’il est temps qu’ils comprennent le point de vue des Premières Nations. »
Son inquiétude est concrète et immédiate. Il pointe du doigt une décision technique prise début décembre : la modification des règles des référendums d’initiative populaire par l’Alberta. Pour lui, c’est un signe qui ne trompe pas. « Il semble [que le gouvernement albertain] prend des mesures pour faire plaisir à un petit groupe de personnes », estime-t-il. Une petite phrase qui en dit long sur le sentiment d’être ignoré au profit d’un agenda politique.
Et ses craintes ne s’arrêtent pas là. Il voit plus loin, beaucoup plus loin. Selon lui, une pétition souverainiste réussie ouvrirait la boîte de Pandore : ingérence étrangère, et une pléiade de problèmes économiques, sociaux et juridiques qui toucheraient tous les Albertains, et en premier lieu les Premières Nations de la province. Sa position est sans équivoque, et il la martèle : « Aucune séparation de l’Alberta du Canada ne peut avoir lieu sans le consentement des Premières Nations. » Point final.
La réponse des indépendantistes et le silence des institutions

De l’autre côté de la barricade, l’Alberta Prosperity Project, le groupe à l’origine de la question référendaire, affiche un calme… disons, stratégique. Son directeur général, Mitch Sylvestre, admet que son équipe va examiner l’exposé de la demande juridique. Mais dans le même souffle, il assure que la récolte des signatures, elle, continue. « Nous verrons bien comment cela se passera », dit-il, avec une pointe de défi, « mais nous avons beaucoup de personnes prêtes à se mettre au travail ici. »
Il tient aussi à rassurer, du moins en parole. « Notre intention n’est pas de nuire aux Premières Nations. Nous sommes absolument déterminés à ne pas le faire », affirme-t-il. La question qu’ils promeuvent est simple et directe : « Êtes-vous d’accord pour que la province de l’Alberta cesse de faire partie du Canada pour devenir un État indépendant ? » Une question qui, il faut le noter, a reçu l’aval d’Élections Alberta avant Noël, donnant ainsi une légitimité procédurale au projet.
Pourtant, depuis le dépôt de la poursuite, les institutions concernées se font discrètes, très discrètes. Élections Alberta, citée dans les documents, s’est abstenue de tout commentaire, arguant qu’elle ne pouvait pas discuter de questions juridiques en cours. Du côté du gouvernement albertain, la porte-parole du ministre de la Justice, Heather Jenkins, a rappelé que l’Alberta « reconnaît et respecte les droits issus des traités ». Mais elle a ajouté, comme on s’y attendait : « Comme cette affaire est devant les tribunaux, le gouvernement de l’Alberta n’a pas de commentaires particuliers à faire à ce sujet. » Un classique. Le bureau du ministre fédéral de la Justice, Sean Fraser, lui, n’a même pas répondu aux sollicitations de CBC/Radio-Canada avant la publication. Un silence qui, parfois, en dit autant qu’un long discours.
Conclusion : Un conflit fondamental qui s’installe dans la durée

Alors, où ça nous mène tout ça ? On a d’un côté une nation autochtone qui brandit ses traités et le principe de consentement comme un bouclier constitutionnel contre un projet qu’elle perçoit comme une menace existentielle. De l’autre, un mouvement populiste qui avance, soutenu par une modification réglementaire et une question référendaire déjà validée.
La balle est désormais dans le camp de la justice. Cette poursuite n’est pas qu’une simple formalité ; elle touche au cœur de relations historiques complexes et à la définition même de la souveraineté. Peut-on imaginer redessiner les frontières du pays sans l’accord de ses premiers peuples ? La réponse des tribunaux à cette question pourrait bien créer un précédent colossal. En attendant, la récolte de signatures continue, et le malaise, lui, ne fait que grandir. L’Alberta est à la croisée des chemins, et le chemin choisi devra, tôt ou tard, composer avec toutes les voix qui la constituent.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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