Carney : le pétrole canadien moins risqué et plus compétitif, cap sur l’Asie malgré le Venezuela
Auteur: Simon Kabbaj
Un nouveau compétiteur sur le marché ?

Voilà un scénario qui aurait semblé improbable il y a quelques années à peine, mais qui fait maintenant la une. Alors que les États-Unis font les gros titres avec leur intervention militaire au Venezuela et l’arrestation de son dirigeant Nicolás Maduro, le Premier ministre canadien Mark Carney, lui, garde son sang-froid.
Interrogé mardi à Paris, en marge d’un sommet sur la sécurité en Ukraine, sur les risques que représente le pétrole vénézuélien pour les exportations canadiennes, sa réponse a été on ne peut plus claire. Il ne s’inquiète pas. Ou du moins, c’est ce qu’il affirme.
La raison ? Le pétrole canadien serait tout simplement plus compétitif. Moins cher à produire, plus propre sur le plan environnemental, et surtout, infiniment moins risqué. C’est un message qu’il a martelé devant les journalistes rassemblés devant l’ambassade du Canada en France, dans une déclaration qui contraste avec l’inquiétude exprimée par d’autres à Ottawa.
La vision de Carney : un pétrole compétitif malgré tout

« Le pétrole canadien sera compétitif parce qu’il est à faible risque, clairement à faible risque, à faible coût – les coûts marginaux, d’énormes progrès ont été faits pour réduire les coûts – et à faible émission de carbone, c’est ce qu’apportera le projet de captage du carbone Pathways », a déclaré Carney, en anglais. Il a même précisé que cette combinaison gagnante assurerait la compétitivité du pétrole canadien « pour le moyen et le long terme ».
Derrière cette assurance, il y a une analyse économique et géopolitique. Carney a d’abord salué, avec prudence, « la perspective d’une plus grande prospérité au Venezuela » suite au renversement de ce qu’il a qualifié de gouvernement « illégitime, corrompu et répressif ». Une meilleure économie vénézuélienne, pour lui, serait une bonne nouvelle pour le peuple et pour l’hémisphère.
Mais en parallèle, il a rappelé que le Canada n’a pas attendu pour diversifier ses marchés. C’est l’une des raisons, a-t-il expliqué, qui a poussé Ottawa et l’Alberta à signer en novembre un important protocole d’entente (MOU).
Ce n’est pas juste un bout de papier. Cet accord engage l’Alberta, selon les termes de Carney, à mettre en place une redevance carbone industrielle plus élevée et à construire « Pathways Plus », un projet albertain de captage, d’utilisation et de stockage du carbone visant à réduire les émissions des sables bitumineux.
L’autre son de cloche et les défis vénézuéliens

Pourtant, cette vision optimiste ne fait pas l’unanimité. Le chef conservateur Pierre Poilievre a carrément tiré la sonnette d’alarme mardi, dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux. Pour lui, la production de pétrole lourd vénézuélien pourrait rebondir « rapidement à des niveaux historiques », entrant ainsi en concurrence directe avec le Canada pour une place dans les raffineries américaines spécialisées dans le brut lourd.
Son argument est simple et brutal : « Chaque baril que les États-Unis s’approvisionnent au Venezuela pourrait signifier un baril de moins que ces raffineries n’achèteraient au Canada. » Il qualifie d’ailleurs le protocole d’entente d’Ottawa de jeu bureaucratique, une simple cérémonie de signature symbolique. À la place, il exige que le gouvernement libéral approuve un nouveau pipeline vers la côte de la Colombie-Britannique dans les 60 jours suivant la réception d’une proposition de l’Alberta.
Mais revenons au Venezuela. Le défi est de taille. Certes, le pays détient les plus grandes réserves prouvées de pétrole brut au monde. Mais sa production actuelle est… anémique. Elle est tombée à environ 900 000 barils par jour l’an dernier, une chute vertigineuse comparée aux 3,5 millions de barils par jour qu’elle atteignait en 1999.
Cette baisse n’est pas un hasard. Elle s’explique par des décennies de coups d’État, de grèves, de nationalisations chaotiques de l’industrie, d’un taux de criminalité violente effarant et de la présence de groupes armés. Un environnement d’affaires qui n’a rien à voir avec la stabilité canadienne. Ajoutez à cela les sanctions américaines – celles imposées par Trump en 2017 et 2019, et le « quarantaine » totale sur le pétrole décrétée plus récemment par Washington – et vous avez une industrie paralysée.
La diplomatie en action et l’avenir incertain

Pendant ce temps, la diplomatie suit son cours. La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a indiqué avoir discuté avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du G7.
Dans une déclaration publiée sur X, elle a rappelé que l’objectif du Canada était de « soutenir la volonté démocratique du peuple vénézuélien ainsi que la stabilité régionale et hémisphérique ». Elle a précisé avoir entendu Rubio souligner « l’importance de libérer les prisonniers politiques, de mettre en place les conditions d’une démocratie fonctionnelle et de planifier des élections ».
Alors, qui a raison ? Carney avec sa confiance dans un pétrole canadien « low-risk » et décarboné, ou Poilievre qui presse d’agir avant que le Venezuela ne reprenne sa place sur le marché ? La vérité est probablement quelque part entre les deux. Le Canada a clairement des atouts, notamment sa stabilité et ses efforts (lents, mais réels) vers une production plus propre.
Mais l’appétit insatiable des raffineries américaines pour le brut lourd est une réalité, et la politique de Trump est imprévisible. Une chose est sûre : la géopolitique du pétrole vient de connaître un séisme. Et même si Mark Carney affiche un calme olympien, l’industrie albertaine, elle, retient probablement son souffle en regardant vers le sud.
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