Les méduses et les anémones : ces dormeuses insoupçonnées qui nous ressemblent étrangement
Auteur: Adam David
Introduction : Une remise en question de nos certitudes sur le sommeil

On a longtemps pensé, peut-être avec un peu trop d’assurance, que le sommeil était le privilège des animaux dotés d’un cerveau complexe. Après tout, c’est logique, non ? Un cerveau puissant a besoin de repos. Mais voilà qu’une nouvelle étude vient bousculer ces vieilles idées reçues. Il semblerait que même les créatures les plus simples, comme les méduses et les anémones, dorment… et d’une manière qui rappelle furieusement la nôtre.
C’est une découverte fascinante, publiée hier, le 6 janvier, dans la revue Nature Communications. Elle suggère que le sommeil n’a pas évolué uniquement pour gérer nos cerveaux sophistiqués, mais qu’il serait apparu bien plus tôt, chez les premiers animaux à neurones – les métazoaires basaux du Cambrien – pour une raison vitale : protéger leur ADN. Ce comportement est pourtant risqué. Quand on dort, on est vulnérable face aux prédateurs. Si l’évolution a conservé cet état chez tant d’espèces, des cnidaires (comme les hydres, les coraux, les méduses) jusqu’aux mammifères, c’est qu’il doit bien y avoir un avantage majeur pour la survie.
On sait déjà, grâce à des expériences sur des mouches et des souris, que le sommeil répare les cellules et réduit les dommages causés à l’ADN par le stress de l’éveil ou les rayons UV. Mais jusqu’à présent, le rôle exact du sommeil chez des organismes primitifs restait un mystère. C’est là que les chercheurs de l’université Bar-Ilan, en Israël, sont entrés en jeu pour analyser cette mécanique en profondeur.
Une vie de siestes et de nuits paisibles au fond de l’eau

Pour y voir plus clair, l’équipe s’est penchée sur deux espèces familières des lagunes peu profondes : l’anémone étoilée, connue sous le nom savant de Nematostella vectensis, et la méduse à l’envers, ou Cassiopea andromeda. Vous les avez peut-être déjà aperçues avec leurs fins tentacules. Les chercheurs les ont placées dans des aquariums, alternant 12 heures de lumière et 12 heures d’obscurité pendant plusieurs jours, pour épier leurs moindres mouvements.
Les résultats sont assez stupéfiants. Prenez les méduses, par exemple. La nuit, elles sont nettement moins actives. Leurs ombrelles remuent environ cinq fois moins que durant la journée. Mais est-ce vraiment du sommeil ? Pour en avoir le cœur net, l’équipe a fait un petit test de réactivité. Eh bien, tout comme nous lorsque nous sommes mal réveillés, ces méduses mettaient environ 20 secondes de plus à réagir la nuit. C’est plus du double de leur temps de réaction habituel en journée ! C’est touchant de voir à quel point cela ressemble à nos propres somnolences.
Les anémones, elles, font un peu bande à part avec un rythme inversé : elles s’activent la nuit et ralentissent le jour. Mais le plus amusant, c’est que ces deux espèces passent environ un tiers de leur journée à dormir, et s’accordent même de courtes siestes vers midi pour les méduses. Une habitude qui ne nous est pas étrangère, n’est-ce pas ? On a aussi découvert que si le cycle de l’anémone est réglé par une horloge interne (circadienne), celui de la méduse dépend surtout de la lumière : il fait noir, elle somnole.
Récupération et réparation : pourquoi dorment-elles vraiment ?

Il y a un autre point commun avec nous qui est assez incroyable : le besoin de récupérer après une nuit agitée. Les chercheurs ont un peu chahuté les méduses en agitant l’eau de leur aquarium pendant six heures en pleine nuit. Le résultat ? Le lendemain, les pauvres bêtes, épuisées, ont dormi 50 % plus longtemps que leurs congénères bien reposées. Elles avaient une dette de sommeil à rattraper. On a même remarqué que la mélatonine, notre fameuse hormone du sommeil, avait un effet soporifique sur elles, les endormant à des moments où elles devraient être actives.
Cheryl Van Buskirk, une généticienne qui n’a pas participé à l’étude, l’a très bien dit : « Cette étude porte un nouveau coup dur à l’idée que le sommeil a évolué pour gérer des cerveaux complexes et puissants ». En réalité, tout cela semble être une histoire de maintenance cellulaire. Lior Appelbaum, neuroscientifique à l’université Bar-Ilan et co-auteur, explique que l’éveil use les neurones. Le sommeil permet de réduire le régime pour réparer les dégâts.
Les expériences l’ont confirmé de manière éclatante. Le manque de sommeil augmentait les lésions de l’ADN neuronal, tandis que le sommeil les réduisait. Pire encore, lorsqu’on a exposé les méduses à des rayons UV ou les anémones à un médicament chimiothérapique pour endommager leur ADN, elles se sont mises à dormir beaucoup plus longtemps. C’était leur moyen de guérir. Comme le conclut monsieur Appelbaum, « Le sommeil était important avant même l’apparition du cerveau ». C’est sans doute pour cela que ce comportement étrange est apparu il y a des millions d’années : pour survivre, tout simplement.
Selon la source : trustmyscience.com
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