Nos faucons en péril : l’envers du décor d’un trafic de luxe vers le Moyen-Orient
Auteur: Adam David
Introduction : Quand la tradition vire au pillage

On imagine souvent la fauconnerie comme un art noble, une tradition millénaire, n’est-ce pas ? Surtout dans les pays du Golfe où le faucon est bien plus qu’un oiseau : c’est un symbole de puissance, un marqueur de statut social, presque un membre de la famille. Mais voilà, derrière cette image de carte postale et ce faste, il y a une réalité bien moins reluisante qui se joue chez nous, en Europe.
Une enquête récente du Guardian a levé le voile sur ce qui ressemble de plus en plus à un véritable pillage organisé. La demande pour ces rapaces d’exception est telle qu’elle a engendré un trafic illégal qui menace directement nos populations sauvages. Au Royaume-Uni, ce sont des centaines de nids de faucons pèlerins — une espèce pourtant strictement protégée — qui se font visiter par des voleurs. C’est triste à dire, mais l’appétit mondial pour ces oiseaux met en péril l’équilibre naturel de nos campagnes.
Une demande insatiable : la course à la performance

Il faut comprendre que là-bas, aux Émirats arabes unis, la fauconnerie est devenue une industrie de luxe, bien loin de la simple chasse traditionnelle. On parle de sommes qui donnent le tournis : certains oiseaux s’échangent jusqu’à 82 000 euros. Oui, vous avez bien lu. Ils voyagent avec leur propre passeport officiel, parfois même en première classe ou dans des véhicules haut de gamme. Pourquoi un tel engouement pour nos oiseaux britanniques ? C’est simple, ils ont la réputation d’être plus robustes et plus rapides grâce à notre climat froid. Une sorte de label de qualité « Made in UK » très prisé.
Ce qui est particulièrement recherché, ce sont les hybrides, les fameux « gyr-pèlerins ». On obtient ces oiseaux en croisant une femelle faucon pèlerin avec un mâle faucon gerfaut. Le résultat donne des bêtes de course incroyables, alliant vitesse et force brute. Mais il y a un hic technique : les femelles issues de ces croisements sont souvent stériles. Du coup, les éleveurs ont un besoin constant de femelles pèlerines pures pour la reproduction. C’est là que le bât blesse.
Les chiffres de l’exportation sont éloquents, voire inquiétants. Selon la police, 4 000 faucons ont quitté le Royaume-Uni pour le Moyen-Orient en 2024, et ce chiffre a grimpé à 5 000 en 2025. Rien qu’en 2023, 88 % des faucons pèlerins exportés partaient direction les Émirats. C’est un exode massif.
L’ombre du trafic : vol à l’étalage dans la nature

Théoriquement, la loi est limpide : seuls les faucons nés en captivité peuvent être vendus. Interdiction formelle de toucher aux nids sauvages. Mais entre la théorie et la pratique… Sur les falaises isolées ou dans les zones rurales difficiles d’accès, des poussins disparaissent mystérieusement. La Royal Society for the Protection of Birds a fait les comptes : entre 2014 et 2023, ils ont recensé 126 signalements de nids pillés, dont 21 cas confirmés avec des preuves matérielles irréfutables. Ce n’est pas anecdotique.
Kevin Kelly, le responsable de la National Wildlife Crime Unit, ne mâche pas ses mots. Pour lui, le phénomène est loin d’être marginal : « Il y a des centaines d’oiseaux qui disparaissent chaque année », confie-t-il. Ce ne sont pas juste quelques passionnés isolés ; on parle d’une demande alimentée par des fauconniers qui veulent des oiseaux sauvages pour la course, et des centres d’élevage qui ont besoin de sang neuf pour leurs hybrides.
Justement, parlons-en de ces élevages. Leur nombre a explosé au Royaume-Uni, passant de moins de 30 dans les années 80 à environ 160 aujourd’hui. Tous ont des liens avec le Golfe. Le problème, c’est que les contrôles ne suivent pas. En 2023 et 2024, il n’y a eu que 27 inspections physiques ! Un chiffre dérisoire qui a tout de même permis de débusquer 15 faucons sauvages détenus illégalement grâce à des tests ADN. L’agent Gavin Ross, qui enquête sur ces vols, décrit des conditions parfois indignes, avec des oiseaux « traités comme des poules en batterie ». L’ADN ne ment pas : des oiseaux présentés comme « nés en captivité » viennent bel et bien de nos falaises.
Conclusion : Dénis et conséquences écologiques

Face à ces accusations, le secteur se défend, parfois avec véhémence. Nick Fox, un biologiste reconnu dans le milieu, affirme que tout cela est exagéré et que les prélèvements illégaux ne concernent qu’une « poignée d’oiseaux par an ». Selon lui, l’élevage réduirait même la pression sur la nature. Même son de cloche du côté de Julian Mühle, de l’Association internationale de fauconnerie, qui assure que le pillage est « extrêmement rare » et que les rumeurs ne reflètent pas la réalité.
Pourtant, sur le terrain, ceux qui observent la nature au quotidien ne sont pas du même avis. En Écosse, des sites autrefois peuplés se vident. George Smith, qui suit ces oiseaux depuis quarante ans, tire la sonnette d’alarme avec beaucoup de bon sens : « Quand ils disparaissent, la chaîne alimentaire est déséquilibrée ». C’est peut-être ça le plus triste dans cette histoire… Au-delà de l’argent et des courses de prestige, c’est tout un écosystème fragile qui paie le prix fort.
Selon la source : geo.fr
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