Une tournure inattendue dans une longue carrière politique

C’est un vrai tournant, je dois dire. Après plus d’une décennie au cœur du pouvoir à Ottawa, Chrystia Freeland, figure très connue et parfois controversée de la scène politique canadienne, annonce qu’elle quitte la Chambre des communes. Et pas pour la retraite, non, loin de là.
À partir de juillet, elle endossera un nouveau rôle, un double rôle même, qui semble la ramener à ses racines et à ses convictions les plus profondes. D’un côté, elle va diriger le Rhodes Trust, cette célèbre fondation caritative éducative britannique qui gère les bourses pour Oxford. De l’autre, et c’est là que ça devient particulièrement intéressant, elle accepte un poste de conseillère en développement économique pour l’Ukraine, directement auprès du président Volodymyr Zelensky. Et elle précise d’emblée, sans ambages, que ce sera un rôle bénévole, non rémunéré.
Le tout a été officialisé sur le réseau social X ce lundi, par des messages croisés de la principale intéressée et du président ukrainien. Une annonce qui n’a pas tardé à faire réagir, et pas toujours positivement, dans les couloirs du Parlement canadien.
Un parcours marqué et une rupture avec Trudeau

Il faut se souvenir du parcours de Freeland pour comprendre l’importance de cette annonce. Élue députée pour la première fois en 2013, elle a gravi les échelons à une vitesse remarquable sous l’ère Justin Trudeau. Elle a occupé des portefeuilles majeurs : ministre des Affaires étrangères, ministre du Commerce international, et enfin, en 2020, elle est entrée dans l’histoire en devenant la première femme à être nommée ministre des Finances du Canada. À ce poste, elle a eu la lourde tâche de gérer la réponse financière du pays à la pandémie de Covid-19.
Mais son histoire avec Trudeau a connu une fin abrupte et publique. Fin 2024, elle a rompu avec lui, l’accusant carrément, dans une lettre de démission rendue publique, de ne pas prendre au sérieux la menace des tarifs douaniers américains. Cette rupture a été un des éléments qui a précipité la sortie politique de l’ancien Premier ministre. On sentait déjà que quelque chose avait changé.
D’ailleurs, son recentrage sur l’Ukraine n’est pas tout à fait nouveau. Dès septembre dernier, elle avait quitté le poste de ministre des Transports et du Commerce intérieur qu’elle occupait sous le gouvernement de Carney pour devenir envoyée spéciale du Canada pour la reconstruction de l’Ukraine. Elle avait aussi annoncé à ce moment-là qu’elle ne se représenterait pas aux prochaines élections fédérales. La trajectoire était donc tracée.
Le nouveau rôle, les réactions et l’héritage ukrainien

Alors, en quoi va consister ce nouveau job ? Zelensky l’a présenté sur X en vantant son « vaste expérience dans l’attraction des investissements et la mise en œuvre de transformations économiques ». Freeland, de son côté, a expliqué sa motivation en des termes très clairs : « L’Ukraine est en première ligne du combat mondial pour la démocratie aujourd’hui, et j’accueille cette chance de contribuer sur une base bénévole en tant que conseillère économique ».
Mais évidemment, cumuler un siège de député canadien et un rôle de conseillère pour un gouvernement étranger, même bénévole, ça fait tiquer. L’opposition conservatrice est montée au créneau immédiatement. Michael Chong, le critique du parti en matière d’affaires étrangères, a été catégorique : « On ne peut pas être à la fois député canadien et conseiller d’un gouvernement étranger. Elle doit choisir l’un ou l’autre ». Une pression à laquelle Freeland a répondu en annonçant qu’elle quitterait bien son siège de députée de la circonscription de University-Rosedale à Toronto, un fief libéral sûr, dans les prochaines semaines, ainsi que son poste d’envoyée spéciale pour la reconstruction.
Cette passion pour l’Ukraine n’est pas une posture de circonstance pour Freeland. Journaliste de formation, elle est d’ascendance ukrainienne et a toujours été une supportrice vocale de Kyiv, bien avant la guerre actuelle. Son engagement lui a même valu des représailles de la part de Moscou : en 2014, elle a été placée sur une liste du Kremlin interdisant son entrée en Russie, en représailles aux sanctions occidentales. C’est personnel pour elle.
Conclusion : L’héritage d’une négociatrice et un avenir tourné vers l’Europe
Quand on regarde en arrière, l’un des plus grands succès politiques de Chrystia Freeland reste sans doute son rôle dans la renégociation de l’accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique en 2018, sous le premier mandat de Donald Trump. Un exercice périlleux. L’accord qui en a résulté, l’USMCA (ou CUSMA au Canada), est largement crédité d’avoir protégé le pays du tarif punitif de 35% que Trump voulait imposer, en obtenant une exemption pour les biens couverts par l’accord. Ironie de l’histoire, Trump l’avait traitée de « toxique » à l’époque. Et justement, cet accord est de nouveau sur la table pour une autre ronde de renégociations cette année, mais Freeland ne sera plus aux commandes côté canadien.
Son départ marque donc la fin d’une époque. Elle laisse derrière elle un héritage complexe : une femme qui a brisé le plafond de verre au ministère des Finances, une négociatrice commerciale redoutable, une alliée de la première heure de l’Ukraine, et finalement, une politicienne qui a choisi de claquer la porte sur son propre chef de gouvernement. Maintenant, son regard est tourné vers l’autre côté de l’Atlantique, vers Oxford et surtout vers Kyiv, où elle espère mettre son expérience au service d’une cause qu’elle chérit. Le chapitre canadien de Chrystia Freeland, députée et ministre, est bel et bien terminé.
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