L’ADN ancien dévoile les secrets intimes d’une communauté perdue dans les grottes de Calabre
Auteur: Mathieu Gagnon
Une capsule temporelle dans le massif du Pollino

C’est parfois dans les endroits les plus reculés que l’on trouve les histoires les plus humaines, n’est-ce pas ? Imaginez un peu : nous sommes en Italie, plus précisément dans le massif du Pollino, en Calabre. Là, perchée à plus de 600 mètres d’altitude, se trouve la Grotta della Monaca. C’est ici, dans ces cavités froides et silencieuses, qu’une équipe d’archéologues a mis la main sur quelque chose d’assez exceptionnel.
En analysant des restes humains datant de 1780 à 1380 avant notre ère — on parle tout de même de l’Âge du Bronze, il y a environ 3 500 ans —, ces chercheurs ont pu reconstruire le profil social et génétique d’une communauté « protapennine » oubliée. Ce n’était pas une mince affaire. L’équipe, composée de brillants esprits du Max Planck Harvard Research Center for the Ancient Mediterranean et de l’Université de Bologne, a réalisé ici une première : établir le profil génétique complet d’un tel groupe.
Leurs découvertes, publiées dans la revue Communications Biology, ne se contentent pas de nous dire d’où ils venaient. Non, elles nous plongent dans leur intimité, révélant des pratiques alimentaires surprenantes et même… disons, des relations familiales pour le moins complexes, sur lesquelles je reviendrai dans un instant.
Une génétique singulière : entre isolement et grands voyages

Ce qui est fascinant avec l’ADN, c’est qu’il ne ment pas, même quand l’histoire semble floue. Les analyses ont montré que ce groupe avait une identité génétique vraiment à part. C’est un mélange curieux. D’un côté, ils avaient des liens très forts avec les groupes du début de l’Âge du Bronze en Sicile. Mais attention, il y a une nuance de taille : contrairement à leurs contemporains siciliens, les habitants de la Grotta della Monaca n’avaient pratiquement aucune trace d’influence venant de la Méditerranée orientale.
Francesco Fontani, le premier auteur de l’étude et chercheur affilié au Max Planck Harvard Research Center, l’explique d’ailleurs très bien. Selon lui, cela suggère que « bien qu’en contact à travers le détroit de Messine, la Calabre tyrrhénienne a suivi ses propres trajectoires démographiques et culturelles durant la préhistoire ». C’est comme s’ils avaient choisi leur propre voie, un peu à l’écart des grandes tendances, tout en restant connectés.
Car isolés, ils ne l’étaient pas totalement. C’est là que ça devient un peu contradictoire — ou humain, tout simplement. Deux individus retrouvés sur le site présentent des liens ancestraux avec des populations du nord-est de l’Italie. Vous vous rendez compte de la distance pour l’époque ? Cela prouve qu’il y avait une mobilité longue distance à travers la péninsule. Leurs génomes sont un véritable patchwork : on y retrouve l’héritage des chasseurs-cueilleurs européens, des agriculteurs néolithiques d’Anatolie et des pasteurs des steppes. Ces composants sont certes courants dans l’Europe de l’Âge du Bronze, mais ici, ils forment une signature locale unique, propre aux montagnes calabraises.
Tabous brisés et paradoxe du lait : la vie quotidienne révélée

C’est ici que l’histoire prend un tournant plus… inattendu, voire un peu choquant pour nos sensibilités modernes. En fouillant dans les données génétiques, l’équipe a identifié ce qui semble être le premier cas rapporté dans la littérature archéologique d’une union incestueuse entre un parent et son enfant. Oui, vous avez bien lu. Les auteurs de l’étude qualifient cela de « cas extrême » qu’ils tentent de replacer dans le paysage démographique de l’époque.
Alissa Mittnik, co-autrice principale et chef de groupe au Département d’Archéogénétique de l’institut Max Planck, reste prudente. Elle souligne la distinction entre « la preuve biologique sans ambiguïté et sa signification sociale ». En gros, cela pourrait indiquer des comportements culturels spécifiques à cette petite communauté, mais comme elle le dit, « sa signification reste finalement incertaine ». Un mystère familial vieux de trois millénaires.
Et ce n’est pas tout. Ces gens vivaient une vie dure, pastorale. Les données isotopiques prouvent qu’ils consommaient beaucoup de lait et de produits laitiers. Le hic ? Ils étaient génétiquement intolérants au lactose à l’âge adulte. C’est assez incroyable quand on y pense. Donata Luiselli, co-autrice principale de l’Université de Bologne, trouve cela fascinant. Pour elle, cela « illustre comment l’adaptation culturelle peut précéder l’évolution génétique ». Ils avaient trouvé des stratégies alimentaires pour survivre et prospérer dans ces montagnes difficiles, même si leur corps disait théoriquement « non » au lait.
Conclusion : Plus qu’une simple grotte

Au final, la Grotta della Monaca n’était pas juste un abri ou un trou dans la roche. Le site, connu pour l’exploitation du minerai de cuivre et de fer, servait visiblement de lieu de sépulture collective. Tout semble indiquer que l’endroit avait pour but de renforcer les liens familiaux du groupe, avec des pratiques funéraires structurées selon le sexe et les relations de parenté des défunts.
Comme le résume très bien Felice Larocca, le spéléo-archéologue qui a dirigé les recherches sur le site, cette grotte continue de révéler des preuves clés sur les premières sociétés complexes d’Italie du Sud. Elle nous en apprend davantage, et je cite, « sur les racines biologiques et culturelles de la diversité humaine ». C’est une fenêtre ouverte sur un passé où la biologie et la culture s’entremêlaient déjà de manière complexe, bien avant l’arrivée des colons grecs dans la région.
Selon la source : popularmechanics.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.