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Une mâchoire fossile découverte au Maroc bouleverse l’histoire de nos ancêtres
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une fenêtre inattendue sur le passé profond

Sur la côte atlantique du Maroc, il y a cette grotte. À première vue, elle n’a rien d’extraordinaire, une simple cavité parmi d’autres. Et pourtant, elle vient d’offrir une image incroyablement nette de notre histoire profonde, un véritable cliché figé dans le temps. Des fossiles retrouvés sur ce site ont été datés, tenez-vous bien, d’environ 773 000 ans. Ce qui frappe ici, c’est la précision rare de cette datation pour des restes aussi anciens.

Leur anatomie est un mélange curieux. On y trouve des traits très primitifs et d’autres plus familiers, ce qui nous oriente vers des populations humaines ayant vécu tout près de ce fameux ancêtre commun qui lie Homo sapiens, les Néandertaliens et les Dénisoviens. Si on regarde l’ensemble — les ossements et la chronologie —, ces fossiles se placent près d’un point de branchement crucial dans l’arbre généalogique humain. C’est une découverte majeure réalisée par une équipe internationale dirigée par l’Institut Max Planck, en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Montpellier Paul Valéry et de l’Institut National des Sciences de l’Archéologie et du Patrimoine.

Tout cela se passe à la Carrière Thomas I à Casablanca, plus précisément dans la grotte des Hominidés. C’est sans doute l’une des vues les plus claires que nous ayons jamais eues sur cette phase critique de l’évolution humaine en Afrique.

Trente ans de patience : Le contexte géologique

credit : lanature.ca (image IA)

Il ne faut pas croire que ces trouvailles sont le fruit d’une simple saison de chance. Ah ça non. Elles sont l’aboutissement de plus de trois décennies de fouilles, de travail stratigraphique et de géoarchéologie menés via le programme franco-marocain « Préhistoire de Casablanca ». C’est un travail de fourmi. Au fil du temps, cette persévérance a permis de cartographier le site couche par couche, révélant que certaines parties du dépôt étaient exceptionnellement intactes.

Pourquoi ces années à creuser méticuleusement comptent-elles autant ? Pour une raison majeure : le contexte. L’équipe soutient que les fossiles reposent dans une séquence claire, non perturbée, avec suffisamment de détails géologiques pour verrouiller leur âge sans l’ombre d’un doute. Le littoral de Casablanca n’est pas seulement pittoresque, c’est une sorte d’archive naturelle. La région contient des terrasses côtières surélevées, des dunes et des systèmes de grottes.

Les variations répétées du niveau de la mer, les vents changeants et la cimentation précoce des sables ont façonné ces lieux. Ces conditions peuvent sceller rapidement les sédiments et protéger ce qui y est enterré. Jean-Paul Raynal, co-directeur de longue date du programme, a insisté sur la singularité de ce cadre. Il a déclaré : « La Carrière Thomas I se trouve au sein des formations côtières surélevées du littoral Rabat–Casablanca, une région internationalement reconnue pour sa succession exceptionnelle de paléorivages du Plio-Pleistocène, de dunes côtières et de systèmes de grottes ».

Ce complexe plus large de Casablanca a déjà fourni des preuves de technologie acheuléenne précoce et de communautés animales changeantes. La Carrière Thomas I est d’ailleurs célèbre pour des sites acheuléens très anciens, datés d’environ 1,3 million d’années. La grotte des Hominidés se trouve dans ce paysage, près d’autres localités bien connues comme Sidi Abderrahmane. Selon David Lefèvre de l’Université de Montpellier Paul Valéry, il s’agit d’un système de grottes unique, creusé par un haut niveau marin dans des formations côtières antérieures, puis rempli de sédiments qui ont préservé les fossiles d’hominines dans un contexte stratigraphique sûr, non perturbé et indiscutable.

L’horloge magnétique et les ossements

credit : lanature.ca (image IA)

Dater des fossiles du Pléistocène inférieur et moyen, c’est souvent un casse-tête, pour être honnête. Les couches peuvent être brisées, des sédiments manquants… les méthodes comportent souvent une large marge d’incertitude. Mais ici, l’équipe affirme que c’est différent. La sédimentation a été assez rapide et continue pour préserver un enregistrement magnétique net. Vous savez, le champ magnétique terrestre s’inverse parfois. Le nord devient le sud, et vice versa. Ces inversions laissent un signal global dans les sédiments, utilisable comme un tampon temporel.

La transition Matuyama-Brunhes est le basculement majeur le plus récent, daté d’environ 773 000 ans. L’équipe a prélevé pas moins de 180 échantillons magnétostratigraphiques dans les dépôts de la grotte. C’est un niveau d’échantillonnage extrêmement élevé pour un site d’hominines de cet âge. Cela leur a permis non seulement d’identifier l’inversion, mais de suivre la transition elle-même, qu’ils estiment avoir duré environ 8 000 à 11 000 ans.

Et c’est là que ça devient crucial : les fossiles semblent provenir de sédiments déposés pile pendant cette transition, juste à ce marqueur temporel précis. Les fossiles eux-mêmes incluent une mandibule d’adulte presque complète, une partie d’une seconde mandibule d’adulte, une mandibule d’enfant, plusieurs vertèbres et des dents isolées. L’équipe suggère que des carnivores ont pu utiliser le site, en partie parce qu’un fémur d’hominine montre des marques cohérentes avec le rongement et la consommation.

Pour comprendre où se situaient ces individus, les chercheurs se sont appuyés sur des micro-scanners CT haute résolution, la morphométrie géométrique et l’anatomie comparée. L’image qui en ressort est une mosaïque, avec des traits qui semblent archaïques et d’autres qui penchent vers des formes humaines plus tardives.

Comparaisons et implications évolutives

credit : lanature.ca (image IA)

Il est fascinant de voir comment ces os nous parlent. Philipp Gunz, de l’Institut Max Planck pour l’Anthropologie Évolutive, a illustré cette variation avec des mandibules d’Afrique du Nord. Il a comparé le fossile ThI-GH-10717 de la Carrière Thomas (notre découverte) avec le fossile Tighennif 3 d’Algérie et le Jebel Irhoud 11 du Maroc, ainsi qu’avec une mandibule d’homme moderne récent. La différence de taille et de forme est frappante.

L’équipe a aussi comparé le matériel avec des fossiles de Gran Dolina à Atapuerca, en Espagne, souvent liés à Homo antecessor. Quelques similitudes existent, ce qui soulève la possibilité de contacts très précoces à travers la Méditerranée occidentale. Cependant, les chercheurs avancent qu’au moment de la transition Matuyama–Brunhes, les lignées semblent distinctes, suggérant que tout échange aurait eu lieu plus tôt.

Ils ont utilisé l’imagerie micro-CT pour examiner la jonction émail-dentine. C’est une structure interne de la dent, cachée, qui préserve des signaux taxonomiques même quand l’émail est usé. L’analyse montre systématiquement que les hominines de la grotte des Hominidés sont distincts à la fois d’Homo erectus et d’Homo antecessor. Les dents conservent de nombreuses formes précoces et traits non métriques, et manquent des caractéristiques typiques des Néandertaliens, ce qui les sépare davantage d’Homo antecessor, dont les dents montrent, elles, des caractéristiques précoces de type Néandertal. Tout cela suggère que des différences régionales parmi les populations humaines émergeaient déjà à la fin du Pléistocène inférieur.

L’affirmation la plus large concerne la géographie et le temps. Ces fossiles sont proches en âge de ceux de Gran Dolina et plus vieux que les restes classiques du Pléistocène moyen liés à l’ascendance Néandertal et Dénisovienne. Ils sont aussi environ 500 000 ans plus vieux que les premiers fossiles d’Homo sapiens de Jebel Irhoud. Ce timing est important car les études génétiques estiment souvent que le dernier ancêtre commun d’Homo sapiens, des Néandertaliens et des Dénisoviens vivait entre environ 765 000 et 550 000 ans avant notre ère.

Conclusion : Une Afrique sans barrières

credit : lanature.ca (image IA)

Les fossiles marocains se situent donc vers l’extrémité la plus ancienne de cette fenêtre temporelle. Leur anatomie mélange des traits qui paraissent africains et, à certains égards, plus proches des formes tardives eurasiatiques et africaines du Pléistocène moyen. Cette découverte remet aussi en question l’idée du Sahara comme barrière permanente durant cette période. Les fluctuations climatiques auraient pu ouvrir des corridors écologiques, permettant des connexions répétées entre les régions.

Les chercheurs soutiennent que le Sahara n’était pas une barrière biogéographique infranchissable. Les preuves paléontologiques pointent vers des connexions répétées entre le nord-ouest de l’Afrique et les savanes d’Afrique orientale et australe.

Comme l’a dit le chercheur Jean-Jacques Hublin de l’Institut Max Planck : « Les fossiles de la grotte des Hominidés pourraient être les meilleurs candidats que nous ayons actuellement pour des populations africaines se situant près de la racine de cette ascendance partagée, renforçant ainsi la vision d’une origine africaine profonde pour notre espèce. » Si cela se confirme, la Carrière Thomas I ne sera pas juste un site bien daté. Elle s’imposera comme l’une des rares grottes qui ancrent une transition critique dans l’histoire humaine. L’étude complète, pour les plus curieux, est publiée dans la revue Nature.

Selon la source : earth.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

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