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La hausse des prix alimentaires : quand l’inflation laisse des traces indélébiles sur la croissance de nos enfants
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une crise invisible qui sculpte les corps

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On connait tous ce sentiment désagréable quand on voit les prix grimper au supermarché. On pense tout de suite au porte-monnaie, au budget vacances qui s’envole… c’est humain. Mais ce qui est beaucoup plus difficile à percevoir, c’est comment ces chocs économiques peuvent, en silence, façonner le corps d’un enfant pour les décennies à venir. C’est insidieux, vraiment.

Prenons l’exemple de la crise économique indonésienne de la fin des années 1990. À l’époque, le prix du riz a littéralement explosé alors que des millions d’enfants traversaient leurs premières années, ces moments si critiques pour grandir. Une nouvelle recherche fascinante, menée par l’économiste Elza Elmira de l’Université de Bonn, montre que les dégâts ont largement dépassé la simple faim passagère ou le stress du moment.

Les résultats sont là : les enfants exposés à ces brusques augmentations du prix du riz avaient plus de risques de finir anormalement petits pour leur âge, avec des effets qui se prolongent jusqu’à l’âge adulte. L’équipe a établi un lien direct entre la crise financière asiatique, les pics régionaux du prix du riz et ces courbes de croissance perturbées.

Mécanismes biologiques et enquête de longue haleine

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Mais comment cela fonctionne-t-il exactement ? Le retard de croissance, c’est-à-dire une taille bien inférieure aux normes pour un âge donné, commence souvent par des pénuries répétées tout au début de la vie. Quand un petit manque de protéines, de vitamines et de minéraux, la croissance de ses os ralentit, tout simplement. Ajoutez à cela des infections fréquentes qui détournent l’énergie nécessaire à la construction des tissus, et vous avez un cocktail néfaste. Ce retard peut réduire les capacités d’apprentissage et même limiter les performances scolaires à l’adolescence.

Pour arriver à ces conclusions, l’analyse ne s’est pas contentée de quelques coups de sonde. Elle s’est appuyée sur des données longitudinales – c’est-à-dire un suivi sur la durée – en Indonésie. L’Enquête sur la vie familiale indonésienne, lancée en 1993, est un monstre de données : elle couvre environ 83 % de la population du pays à travers 13 provinces. Les chercheurs sont retournés voir les mêmes familles en 1997, en 2000, et plus tard encore.

Cette méthode est cruciale. En revisitant les mêmes foyers, les chercheurs ont pu lier les difficultés du début de vie aux mensurations corporelles des années plus tard. C’est une sorte d’expérience naturelle : les différences régionales dans l’inflation du prix du riz entre 1997 et 2000 ont permis de connecter les chocs de prix locaux à la croissance des enfants. En utilisant des méthodes à « effets fixes » (qui comparent chaque enfant à lui-même au fil du temps), l’analyse a pu contrôler des facteurs stables comme la génétique, même si, soyons honnêtes, aucune observation ne peut éliminer absolument toutes les influences cachées.

Inégalités face à la crise : villes, campagnes et éducation

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C’est là que ça devient intéressant, et peut-être un peu contre-intuitif. Les chocs alimentaires ont frappé les villes beaucoup plus durement. Pourquoi ? Eh bien, les ménages urbains achètent presque toute leur nourriture. À la campagne, les familles peuvent parfois amortir le choc en mangeant leur propre récolte, même si l’argent liquide se fait rare. C’est pour ça que les impacts les plus forts sur la croissance ont été relevés dans les villes, là où un mauvais mois coûte immédiatement plus cher.

L’éducation des mères a aussi joué un rôle de tampon. La scolarisation maternelle a façonné la réaction des familles face à la même hausse de prix. Les aidants ayant de meilleures connaissances en nutrition étaient plus susceptibles de garder des repas variés. À l’inverse, un manque de connaissances poussait souvent les ménages vers des aliments de base répétitifs, avec moins de légumes ou de protéines.

L’éducation n’a pas empêché la faim, non, mais elle a influencé les choix. Beaucoup de foyers ont essayé de garder les assiettes pleines en se rabattant sur des aliments moins chers, car les options nutritives devenaient hors de prix. Comme le note Elmira, les familles ont tendance à moins couper dans les calories que dans les aliments riches en nutriments qui coûtent cher. Le résultat est une perte silencieuse : on manque de micronutriments essentiels, ce qui freine la croissance en hauteur même si le poids, lui, ne chute pas aussi vite.

Ces régimes bon marché bourrés de grains raffinés, de graisses ajoutées et de sucre remplissent l’estomac, c’est sûr. Mais même si l’enfant a ses calories, son corps manque de briques pour se construire. Cela peut laisser des enfants plus petits que prévu, mais paradoxalement plus à risque de surpoids en grandissant.

Conclusion : Des cicatrices durables et des leçons pour l’avenir

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Le timing est tout. La période s’est révélée critique pour les enfants qui avaient entre 3 et 5 ans pendant la flambée des prix. En 2014, ce groupe affichait un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé que leurs pairs non exposés, tout en étant environ 0,65 cm (0,26 pouce) plus petits en moyenne. Ce schéma suggère que ces carences précoces laissent des marques durables, de véritables cicatrices de croissance.

Bien sûr, l’équipe reste prudente : ce sont des corrélations statistiques, pas une répétition exacte de l’histoire. L’école, les maladies ou les déménagements ultérieurs jouent aussi. Mais cela doit nous faire réfléchir aux politiques actuelles. Quand les conflits ou les pandémies perturbent l’approvisionnement, la réponse d’urgence ne doit pas seulement compter les calories. Elle doit protéger la qualité de l’alimentation.

Les preuves venant d’Indonésie, publiées dans le journal Global Food Security, suggèrent qu’investir dans la qualité du régime alimentaire pendant les crises n’est pas du luxe : c’est un investissement pour la santé adulte et la productivité future. Il faut aider les familles, surtout en ville, à accéder aux œufs, au lait, aux légumes, et pas seulement survivre avec du riz, pour éviter que l’inflation d’aujourd’hui ne devienne le problème de santé publique de demain.

Selon la source : earth.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

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