Un visiteur inattendu : l’incroyable ruée vers ce petit oiseau européen perdu à Montréal
Auteur: Adam David
Introduction : Une frénésie ornithologique s’empare de l’est de la ville

C’est le genre d’histoire qui prête à sourire, mais qui révèle une passion dévorante. Depuis vendredi, c’est l’effervescence totale à Montréal. Des centaines d’ornithologues — littéralement — convergent vers la métropole avec un seul but : apercevoir une petite boule de plumes venue d’Europe. Il s’agit d’un rouge-gorge familier, et croyez-le ou non, c’est la toute première fois qu’il est observé au Canada.
Cet engouement soudain illustre à quel point l’ornithologie peut mobiliser les foules. On parle ici d’amateurs prêts à parcourir des distances folles, parfois sur un coup de tête, juste pour cocher une case sur leur liste d’observations rares. L’ambiance est électrique, mêlée de patience et d’excitation, pour un oiseau qui ne devrait théoriquement même pas être sur ce continent.
Le hasard fait bien les choses : la découverte de Sabrina Jacob
Tout a commencé de la manière la plus banale qui soit. Sabrina Jacob, une résidente de l’avenue Rougemont dans l’est de Montréal, sortait simplement ses poubelles. C’est là qu’elle a repéré la bête : un oiseau essentiellement brun, mais arborant une gorge d’un orangé foncé, tirant franchement sur le rouge. « Je l’ai observé par hasard […] J’ai entendu un chant que je ne connaissais pas. Il était dans un arbre tout juste à côté de moi », a-t-elle raconté au Devoir samedi matin. Elle a eu le réflexe de sortir son téléphone, filmant la scène quelques secondes à peine.
Ne reconnaissant pas l’espèce — et on la comprend —, cette amatrice de faune aviaire a fait ses recherches avant de poster ses images sur eBird, la plateforme de référence qui géolocalise les observations. Il n’en fallait pas plus. En 24 heures, le secteur paisible situé entre l’avenue Souligny et la rue Notre-Dame est s’est transformé en quartier général pour passionnés. Dès l’aube, samedi, ils étaient des dizaines à scruter les buissons et les arbustes avec leurs téléobjectifs.
Sabrina, visiblement amusée et hospitalière, ne s’attendait pas à un tel raz-de-marée. « Je ne pensais pas que ce serait aussi intense », avoue-t-elle. Devant l’afflux, elle a même installé une table devant chez elle pour offrir café, chocolat chaud et bouchées aux observateurs transis de froid. Une scène de voisinage assez surréaliste déclenchée par une simple curiosité.
Une « méga rareté » qui attire les foules et les experts

Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il faut écouter les habitués. Samuel Denault, ornithologue et biologiste, estime que plus de 400 personnes se sont déplacées rien que vendredi et samedi. « Je n’ai jamais vu autant de gens se déplacer en si peu de temps », confie-t-il, lui qui a pourtant l’habitude de chasser les raretés, comme ce fameux pygargue empereur venu de Sibérie vu en Gaspésie en 2021.
Les chiffres donnent le tournis : c’est la première observation au Canada et seulement la quatrième en Amérique du Nord pour cette espèce. Certains n’hésitent pas à faire la route depuis d’autres provinces ou même les États-Unis. Samuel Denault pense même que si l’oiseau reste quelques jours, des visiteurs de Californie pourraient débarquer. Michel Lord, photographe et ornithologue amateur depuis plus de 40 ans, était aussi sur place samedi, caméra au poing, espérant voir ce petit être de 15 grammes.
« C’est une méga rareté », confirme M. Lord. Il décrit une véritable communauté où l’information circule vite. Ce genre de rassemblement n’est pas unique, mais reste exceptionnel. On se souvient du viréo à yeux blancs au Jardin botanique cet automne, ou encore d’un lagopède des saules — normalement habitant du Grand Nord — observé au printemps 2025 dans la friche près du projet Ray-Mont Logistiques. Mais ici, c’est un oiseau d’exception qu’on ne voit peut-être qu’une fois dans une vie.
Traversée de l’Atlantique et enjeux de survie

La grande question qui circule dans les groupes de discussion, c’est : comment a-t-il atterri ici ? Avec le Port de Montréal tout proche, l’hypothèse d’un voyage clandestin en navire ou dans un conteneur a été évoquée. Mais Samuel Denault, coauteur du Guide de poche : oiseaux du Québec et du Canada, penche pour une explication plus naturelle : une traversée de l’Atlantique par ses propres moyens.
Il explique que si le rouge-gorge du sud de la France est sédentaire, la population scandinave, elle, migre. Un récent front froid en Europe aurait pu provoquer ce qu’on appelle une migration hivernale inversée ou déviée. « D’autres espèces d’Europe peuvent d’ailleurs parfois s’égarer de la même façon », note-t-il, citant une grive de mauvis (du nord de l’Europe) vue dans l’État de New York la semaine dernière.
Reste l’inquiétude pour la survie de l’animal. Nos hivers québécois sont rudes. Samuel Denault prévient que l’oiseau risque la mort, bien qu’il semble avoir trouvé de quoi se nourrir pour l’instant — probablement des fruits et des insectes gelés. C’est la beauté cruelle de la nature : il est à des milliers de kilomètres de chez lui.
Au final, quelle que soit l’issue, cet événement souligne un intérêt grandissant pour la biodiversité. Comme le dit si bien Michel Lord : « On peut avoir plusieurs passions dans la vie, mais dans ce cas-ci, on parle du vivant. » C’est une piqûre de rappel sur l’importance de protéger nos milieux naturels, comme les tourbières et milieux humides qui disparaissent, et qui restent vitaux pour tous ces oiseaux, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs.
Selon la source : ledevoir.com
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