Le silence assourdissant de la coupure Internet

« C’est un véritable cauchemar. » Ces mots, lâchés comme un soupir, résument tout. Depuis dimanche matin, c’est l’angoisse pure, une terreur qui ne vous lâche pas, nous confie Mina Fakhravar. Elle n’est pas n’importe qui, voyez-vous : elle siège aux conseils d’administration de l’Association des femmes iraniennes de Montréal et d’Amnistie internationale Canada francophone. Mais aujourd’hui, elle est avant tout une femme inquiète.
Elle n’est pas la seule dans ce cas. Sherazad Adib, Nimâ Machouf et une certaine Sahar — qui préfère taire son nom de famille pour sa sécurité, et on la comprend — vivent toutes les quatre ici, au Québec. Mais leurs cœurs sont restés là-bas. Le problème, c’est ce silence… ce terrible silence. Aucune nouvelle de leurs proches depuis plusieurs jours. C’est le noir complet. Selon l’ONG Netblocks, qui surveille la cybersécurité, les autorités ont imposé une coupure d’Internet qui dure maintenant depuis plus de 72 heures.
Sahar nous explique, la voix tremblante, qu’elles lancent des appels, envoient des messages, mais rien ne passe. C’est la noirceur totale. Même à l’intérieur du pays, les gens sont coupés les uns des autres. Il y a bien quelques personnes qui tentent d’utiliser Starlink, mais soyons honnêtes, ça reste très limité et c’est surtout considéré comme un crime là-bas. « Je suis très inquiète », avoue Sherazad Adib, en rappelant l’historique, disons… sordide, du régime en matière de droits humains.
Et puis, il y a cette phrase glaçante de Nimâ Machouf, elle aussi membre de l’Association des femmes iraniennes de Montréal : « Normalement, quand l’État iranien coupe l’internet, c’est pour s’en aller vers un massacre. » On a froid dans le dos rien que d’y penser.
Des images de morgue et la crainte d’un massacre

Malheureusement, le peu d’informations qui réussit à passer, sans doute par satellite, semble confirmer les pires craintes. France-Isabelle Langlois, la directrice générale d’Amnistie internationale Canada francophone, nous disait dimanche que la situation a empiré dans les dernières 48 heures. Et les preuves commencent à sortir.
Il y a cette vidéo, mise en ligne samedi. L’AFP a réussi à authentifier sa localisation dimanche : on y voit des dizaines de corps, entassés à l’extérieur d’une morgue au sud de Téhéran. Des gens tués dans les manifestations. Pour Mina Fakhravar, ces images sont une torture psychologique. « Sur les vidéos, quand je vois une caméra qui s’approche du visage d’un cadavre, j’imagine que c’est quelqu’un que je connais, que c’est un membre de ma famille », dit-elle. Elle avoue être « complètement paralysée », survivant en mode pilote automatique.
Les chiffres, bien que flous, sont terrifiants. Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), basé à New York, parle sans détour d’un « massacre » perpétré ces derniers jours. Ils ont reçu des témoignages directs et crédibles sur la mort de centaines de manifestants. Les hôpitaux seraient débordés, les réserves de sang s’épuisent… « Le monde doit agir maintenant pour empêcher de nouvelles pertes humaines », implorent-ils.
De son côté, l’ONG Iran Human Rights (IHR), installée en Norvège, a confirmé dimanche la mort d’au moins 192 manifestants. Mais attention, ils préviennent que le vrai chiffre est sûrement bien plus élevé. Il y a des informations non vérifiées qui circulent, parlant de plusieurs centaines, voire plus de 2000 morts selon certaines sources. C’est vertigineux.
Arrestations massives : de l’économie à la révolte politique

Il faut se rappeler comment tout ça a commencé. C’était fin décembre, à Téhéran. Au début, les gens sortaient pour protester contre l’hyperinflation, l’économie qui s’effondre… des choses concrètes. Mais très vite, la colère a pris de l’ampleur, s’étendant à d’autres villes avec des revendications carrément politiques. Et la réponse du pouvoir ne s’est pas fait attendre.
Le pouvoir judiciaire a promis de traiter les mis en cause « avec fermeté », et le chef de la police a confirmé d’importantes arrestations. L’IHR estime qu’il y a déjà eu plus de 2600 manifestants arrêtés. Ce qui est particulièrement choquant, comme le souligne France-Isabelle Langlois, c’est que les gens ne sont pas seulement arrêtés dans la rue. On va les chercher chez eux, et même… dans les hôpitaux. « C’est très préoccupant », insiste-t-elle.
Face à cela, l’appel est clair : on demande aux autorités iraniennes d’arrêter l’usage de la force, bien sûr. Mais on demande aussi aux pays comme le Canada d’émettre des mandats contre les responsables de ces agissements. Il faut que ça bouge.
Entre l’espoir d’un renouveau et la peur du lendemain

C’est étrange, mais au milieu de tout ce chaos, il y a quand même une lueur. Nimâ Machouf et Sherazad Adib s’accrochent, peut-être désespérément, à l’espoir d’un avenir meilleur. « La peur a changé de camp », affirme Nimâ Machouf. Elle sent quelque chose de différent cette fois-ci. Une accélération. Les gens veulent vraiment signer la fin du régime, c’est palpable.
Sherazad Adib partage ce sentiment : « J’ai quand même de l’espoir. On n’a jamais vu de mouvement aussi vaste, qui émane de différentes couches de la société, presque partout en Iran. » Son rêve ? Que les forces de l’ordre changent de bord et aident à faire tomber le régime pour bâtir un Iran libre, démocratique et laïque.
Mais tout le monde n’arrive pas à être aussi optimiste. Sahar, par exemple, n’y croit plus. Elle pense qu’un point de non-retour a été atteint, certes, mais elle lâche avec fatalisme : « Je ne pense pas qu’il va y avoir une démocratie, ou même un bel avenir pour notre pays. » Quant à Mina Fakhravar, la tempête actuelle l’empêche de voir plus loin. « Cette révolution crée comme une tempête, on ne voit plus rien, on n’a aucune visibilité », dit-elle. Pour elle, le futur est flou, effrayant. Garder espoir, dans ces conditions, c’est un combat de tous les instants.
Selon la source : lapresse.ca
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