Une simple prise de sang pourrait prédire les maladies dix ans avant les premiers symptômes
Auteur: Mathieu Gagnon
Une fenêtre ouverte sur notre futur médical

C’est le genre de nouvelle qui donne un peu le vertige, vous ne trouvez pas ? Imaginez pouvoir anticiper votre état de santé une décennie entière avant que le moindre symptôme ne se manifeste. C’est précisément la promesse qui émerge des travaux récents de la UK Biobank. Ils viennent de terminer un profilage colossal des métabolites sanguins chez pas moins de 500 000 volontaires britanniques. Une demi-million de personnes, rien que ça.
Le cœur du projet repose sur la mesure des métabolites. Pour faire simple, ce sont de toutes petites molécules produites lorsque nos cellules utilisent de l’énergie. Or, il s’avère que certains schémas ou motifs dans ces mesures permettent de prédire les risques de maladie sur dix ans. C’est fascinant de penser que notre sang contient déjà les traces de notre avenir. Ce travail titanesque a été dirigé par la Professeure Naomi Allen, scientifique en chef à la UK Biobank, dont les recherches se concentrent spécifiquement sur les données de santé de la population.
L’idée, c’est que les chercheurs peuvent désormais relier chaque profil sanguin à des années de dossiers médicaux. On peut donc faire correspondre des changements chimiques précoces, invisibles à l’œil nu, avec des diagnostics posés bien plus tard. Cette mise à jour majeure ajoute ce qu’on appelle la métabolomique à l’équation, en mesurant simultanément près de 250 molécules sanguines. C’est un changement d’échelle impressionnant.
La mécanique biologique : Biomarqueurs, aimants et mode de vie

Mais qu’est-ce qu’on regarde exactement ? Dans le sang, un biomarqueur peut être n’importe quel signe mesurable de santé. On parle ici de particules de graisse, de sucres, d’acides aminés ou même de déchets métaboliques. Pour analyser tout cela à grande échelle, l’entreprise Nightingale Health a utilisé la résonance magnétique nucléaire (RMN). C’est une méthode qui utilise des aimants puissants — un peu comme une IRM mais pour les molécules — afin de lire les concentrations. Ce qui est intéressant, c’est que les métabolites se situent en aval des gènes et des protéines. En gros, ils capturent l’effet combiné de notre biologie innée et de notre mode de vie.
Comme de nombreux organes envoient ces métabolites dans le sang, un seul échantillon peut nous renseigner sur l’utilisation de l’énergie, les réparations en cours et la gestion des déchets par le corps. Comme l’a si bien dit la Prof. Allen : « Étudier les métabolites est un moyen puissant de dévoiler de nouveaux signes avant-coureurs de la maladie ». Et c’est logique, non ? Puisque ces molécules reflètent aussi bien notre alimentation que la pollution environnante, elles peuvent aider à expliquer pourquoi un même risque génétique mène parfois à des résultats totalement différents selon les personnes.
Contrairement à l’ADN qui est statique, les niveaux de métabolites changent. Après une séance de sport, une semaine stressante ou une nouvelle ordonnance, tout bouge. Cette flexibilité est une arme à double tranchant : elle aide à la prévention mais peut aussi créer de la confusion. Par exemple, les chercheurs doivent vérifier si la prise de sang a été faite à jeun, car un simple repas change la donne. Pour fiabiliser tout ça, environ 20 000 personnes sont revenues pour une deuxième évaluation environ cinq ans plus tard. Cela a permis aux scientifiques de comparer le métabolisme de chaque personne au fil du temps. Si le profil s’améliore, cela peut signaler des habitudes plus saines ou des conditions mieux traitées, bien avant que les scanners ne montrent quoi que ce soit. Ces échantillons répétés sont cruciaux pour séparer les variations temporaires des tendances lourdes.
Cœur, cerveau et cancer : Ce que les scores de risque révèlent

Les scientifiques transforment ces milliers de mesures en un « score de risque », un chiffre unique qui estime la probabilité future d’une maladie. Pour y arriver, il faut des statistiques minutieuses, car un modèle peut sembler précis sur un groupe et échouer lamentablement ailleurs. Prenons les maladies cardiaques, par exemple. Beaucoup des métabolites mesurés concernent les graisses sanguines et peuvent être liés à l’athérosclérose — vous savez, cette accumulation de plaque dans les artères qui réduit le flux sanguin. Des avertissements précoces pourraient identifier des gens qui se dirigent vers une maladie cardiaque alors qu’ils se sentent encore en pleine forme. Ça rendrait le timing des médicaments et la prévention bien plus faciles. Mais attention, les cliniciens doivent toujours peser le pour et le contre : traiter tout le monde trop tôt peut aussi causer des effets secondaires inutiles.
Pour le cancer, c’est encore une autre histoire. Les cellules cancéreuses « recâblent » souvent la façon dont elles utilisent le carburant, ce qui peut laisser des traces dans le sang bien avant qu’une tumeur ne soit trouvée. Mais un test de dépistage doit être extrêmement spécifique. Pourquoi ? Parce que les fausses alertes peuvent mener à des biopsies, de l’anxiété et des examens supplémentaires dont on se passerait bien. La métabolomique fonctionnerait probablement mieux en complément des vérifications existantes, pour signaler qui a besoin d’un suivi plus poussé, plutôt que comme un diagnostic autonome.
Il y a aussi des liens fascinants avec le cerveau. Certains schémas métaboliques ont été reliés à une démence ultérieure, cette perte lente de mémoire et de capacités de réflexion. Si le risque apparaît des années à l’avance, les médecins pourraient se concentrer sur des protecteurs connus comme le contrôle de la pression artérielle, les soins auditifs ou l’arrêt du tabac. Le plus dur reste de prouver que changer un score change réellement le résultat final, et pas seulement la prédiction. Et n’oublions pas la santé mentale : le métabolisme est connecté à l’humeur. Des études lient le risque de dépression à des signaux liés au microbiome intestinal. L’alimentation change le microbiome, qui change les métabolites… c’est un casse-tête de cause à effet difficile à démêler.
Conclusion : Vers une nouvelle ère de la médecine ?

Au-delà des maladies spécifiques, les chercheurs ont construit des « horloges métabolomiques » qui estiment l’âge biologique — c’est-à-dire quel âge semble avoir le corps en termes d’activité, plutôt que les années du calendrier. Une grande analyse a même lié un score de vieillissement métabolomique au risque de mortalité toutes causes confondues chez les participants de la UK Biobank. Une horloge n’est pas un diagnostic, certes, mais elle peut mettre en lumière les personnes qui bénéficieraient le plus de mesures de prévention de base.
Quand un métabolite est lié à une maladie, il pointe souvent vers une voie métabolique, une chaîne de réactions chimiques dans les cellules. Cela ouvre la porte aux équipes pharmaceutiques pour tester si la modification de cette voie change les résultats, en utilisant la génétique et le travail en laboratoire pour réduire les impasses. La métabolomique peut aussi repérer les effets des médicaments dans les données du monde réel, ce qui pourrait aider à réutiliser d’anciens médicaments en toute sécurité.
Bien sûr, tout cela soulève des questions de confidentialité, car les prédictions de santé peuvent être sensibles pour les emplois, les assurances et les familles. Avant qu’un simple test au bout du doigt n’arrive dans les cliniques, les chercheurs doivent prouver que les scores fonctionnent à travers divers groupes et laboratoires. Si cela tient la route, une prise de sang de routine pourrait aider les médecins à trouver les personnes à haut risque plus tôt. L’étude complète a été publiée dans Nature Communications.
Selon la source : earth.com
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