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Au Saguenay, une alliance scientifique unique transforme la forêt et les gènes en remèdes
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un pôle de santé durable en pleine effervescence

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C’est une histoire de convergence. D’un côté, on a les immenses ressources de la forêt boréale ; de l’autre, une génétique de population unique au monde. Et au milieu ? Des chercheurs qui ont décidé de ne plus travailler en silo. C’est exactement ce qui se passe à Chicoutimi, où un modèle de recherche assez singulier a pris racine pour mieux comprendre les maladies rares du Saguenay–Lac‑Saint‑Jean tout en fouillant dans la pharmacopée naturelle de la région.

La région s’imposait déjà depuis plusieurs années comme un joueur sérieux, un véritable pôle en santé durable. Mais les choses se sont accélérées en 2022. L’Institut national de la recherche scientifique (INRS) est venu solidifier sa présence en partenariat avec l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Concrètement, l’arrivée de trois nouveaux professeurs – avec des bagages techniques très différents mais complémentaires – a permis de changer d’échelle. On ne parle plus juste de projets théoriques, mais d’une multiplication des recherches et, surtout, d’un accueil accru d’étudiants à la maîtrise et au doctorat.

Ce n’est pas un hasard administratif. L’INRS, qui se consacre exclusivement à la recherche et à la formation de cycles supérieurs, a développé ce qu’on appelle des Unités mixtes de recherche (UMR) avec cinq universités québécoises. L’idée ? Créer des antennes réelles, physiques, ancrées dans le territoire. L’UMR INRS‑UQAC en santé durable est le fruit de cette vision.

De la forêt boréale aux laboratoires : la chimie au service de la santé

credit : lanature.ca (image IA)

Ce modèle d’UMR est fascinant parce qu’il force le mélange des genres. On y retrouve des experts en génétique, en biologie moléculaire, en mathématiques et en chimie médicinale qui partagent la même machine à café, si je puis dire. Comme l’explique le Pr Charles Gauthier, l’un des trois professeurs de l’INRS installés à Chicoutimi : « Cela permet d’augmenter la masse critique de chercheurs dans des thématiques choisies par l’université partenaire — dans notre cas, la santé durable ». Pour lui, c’est même personnel, un genre de retour aux sources puisqu’il a étudié à l’UQAC. Il voulait redonner à sa région, et il le fait de belle façon.

Avec ses collègues Amadou Barry et Marie‑Claude Sincennes – tous rattachés au Centre Armand‑Frappier Santé Biotechnologie de l’INRS – ils collaborent étroitement avec les forces vives de l’UQAC : Simon Girard en génétique des populations, Catherine Laprise en génétique moléculaire, et le biochimiste Jean Legault. Ça fait maintenant trois ans et demi que cette dynamique est en place.

Prenons les travaux de Charles Gauthier, par exemple. Chimiste de formation, il ne regarde pas la forêt comme nous. Il y voit des molécules.

Son équipe a réussi un coup de maître : créer de nouvelles saponines antivirales en utilisant une molécule qu’on trouve en abondance… dans les résidus de l’industrie forestière ! Ces composés sont capables d’inhiber la transmission du VIH et pourraient servir contre d’autres virus majeurs. Mais il ne s’arrête pas là. Avec le Centre de transformation et de valorisation des bioproduits de l’UQAC, il a passé au crible le potentiel médicinal de fruits sauvages. « On a évalué environ 16 espèces », raconte-t-il. On parle des classiques bleuets et framboises, bien sûr, mais aussi de plantes plus méconnues comme les catherinettes, l’actée rouge ou la clintonie boréale. Le résultat ? Plusieurs extraits sont actifs, notamment un qui attaque les champignons responsables de maladies nosocomiales.

Détail surprenant – et c’est là qu’on voit que la recherche mène partout – certaines de ces molécules pourraient protéger la pomme de terre contre des pathogènes. Le Pr Gauthier compte d’ailleurs déposer une demande de financement au Consortium de recherche sur la pomme de terre du Québec. C’est ça, la beauté de la chose : on part d’une plante sauvage pour potentiellement sauver une récolte agricole.

Génétique et maladies rares : l’humain derrière les données

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Si on quitte les paillasses de chimie pour se tourner vers la biologie humaine, les défis sont tout aussi grands. La Pr Marie‑Claude Sincennes est une sommité dans son domaine ; elle fait partie du cercle très restreint des spécialistes mondiaux des cellules souches musculaires. Elle a déménagé avec sa famille à Chicoutimi pour s’attaquer aux maladies rares qui touchent spécifiquement la région.

Elle travaille sur des dossiers lourds, souvent poignants. « Avec la Pr Laprise, nous codirigeons des étudiants qui étudient l’épidermolyse bulleuse simplex », explique-t-elle. C’est une maladie de la peau terriblement handicapante qui affecte des familles du Saguenay. L’objectif est ambitieux : corriger le gène responsable. En parallèle, elle collabore avec les Prs Gauthier et Legault sur un cancer rare de l’enfant, cherchant des molécules pour ralentir la maladie.

Il y a aussi la dystrophie musculaire oculopharyngée (DMOP). C’est une pathologie particulièrement présente au Québec, qui empêche les gens d’ouvrir correctement les yeux ou d’avaler. Sur le plan moléculaire, c’est encore un grand mystère. En collaboration avec le Pr Girard et les équipes du CIUSSS du Saguenay–Lac‑Saint‑Jean – qui sont au contact direct des familles – elle cultive des cellules musculaires pour tenter de comprendre la biologie de cette maladie.

Et pour traiter toutes ces données ? C’est là qu’intervient le Pr Amadou Barry. Ses travaux sont à l’intersection de l’intelligence artificielle, de la génomique et de la neuroscience. Le Saguenay dispose d’une richesse patrimoniale unique : le fichier BALSAC et les biobanques familiales. Mais ces données sont d’une complexité inouïe.

Avec le Pr Girard, Amadou Barry développe des méthodes d’IA générative pour faire parler ces chiffres. « Ces outils permettront de mieux comprendre les origines génétiques des maladies rares », précise-t-il, soulignant que l’histoire démographique du territoire a créé un terreau génétique particulier. L’idée est d’arriver à une prévention personnalisée et de soutenir les cliniciens.

Conclusion : Une relève qui s’enracine

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Au-delà des molécules et des algorithmes, l’impact le plus durable de cette UMR est peut-être humain. Ce partenariat permet de former la relève scientifique directement sur le terrain, au Saguenay–Lac‑Saint‑Jean.

La stratégie est claire : attirer des cerveaux. « Nous avons choisi de recruter des étudiants provenant de l’extérieur du bassin de l’UQAC afin d’amener à Chicoutimi des expertises nouvelles », souligne Marie‑Claude Sincennes. Et ça marche. Elle note que deux de ses étudiants, sur le point de terminer, ont décidé de s’installer définitivement dans la région. C’est peut-être ça, la vraie réussite : créer un écosystème où l’on vient pour la science, et où l’on reste pour la vie.

Selon la source : lequotidien.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

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