2,1 millions de résidents temporaires au Canada verront leur permis expirer cette année : partiront-ils ?
Auteur: Simon Kabbaj
Le rêve brisé d’Abhishek et la réalité froide des chiffres

C’est une histoire qu’on entend de plus en plus souvent, et franchement, elle fend le cœur. Prenez le cas d’Abhishek Parmar. Ce jeune homme de 25 ans a passé les six dernières années à construire sa vie ici, dans la région de Windsor-Essex. Il est arrivé d’Inde en 2019, des rêves plein la tête, pour étudier la technologie du génie mécanique au St. Clair College. Il a investi massivement — on parle de plus de 80 000 $ en frais de scolarité et en dépenses courantes. Ce n’est pas rien.
Il pensait avoir tout bien fait. Il a décroché un emploi dans une entreprise automobile à LaSalle et a déposé sa demande de résidence permanente (RP) en 2024 via un programme ontarien. Et puis… la douche froide. « J’ai été mis à pied », raconte-t-il. Pourquoi ? À cause des tarifs douaniers. Il a retrouvé un autre job à Windsor, et rebelote : licencié quelques mois plus tard, encore ces maudits tarifs. C’est le genre de poisse qui vous achève.
Le problème, c’est que ses rêves de RP étaient liés à son emploi. « J’ai tout perdu concernant la RP, sur un coup de tête », confie-t-il, le cœur brisé. Son permis de travail expire à la mi-mars. Tous ses projets — acheter une maison, lancer une entreprise, faire de Windsor son foyer définitif — sont maintenant en suspens. Et le pire ? Il est loin d’être le seul dans ce pétrin.
Les chiffres donnent le vertige, vraiment. Selon les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), 1,49 million de résidents temporaires ont vu leurs permis expirer l’an dernier. Ajoutez à cela 1,4 million qui expireront cette année. Ça fait un total de 2,9 millions de personnes sur deux ans ! Et attention, ce chiffre n’inclut même pas les permis d’études. Pour ceux qui expirent cette année, la pression est immense : 55 % arrivent à échéance d’ici juin seulement. C’est demain.
L’impasse mathématique : trop de candidats, pas assez de places

Alors, on fait quoi ? IRCC indique qu’il y avait 395 000 places disponibles pour la résidence permanente l’an dernier et qu’il y en aura 380 000 cette année. Faites le calcul… ouais, ça ne colle pas. Même si certains obtiennent le sésame, il restera au moins 2,1 millions de personnes avec des visas expirés ou sur le point de l’être. C’est mathématique, et c’est brutal.
Parmar, lui, ne lâche rien. Dimanche dernier, il passait encore un test de compétence en anglais. Il apprend même le français ! Il se dit « dépassé », mais il tente le tout pour le tout. Si ça ne marche pas ? Il rentrera en Inde, comme ses amis, pour faire sa demande de là-bas. Ou peut-être tentera-t-il de prolonger son permis de travail. Mais le gouvernement est clair, presque froid : « Avoir un statut temporaire ne garantit pas que la personne sera finalement acceptée comme résident permanent », a déclaré IRCC dans un courriel. Ils rappellent que les étrangers ont 90 jours après la perte de leur statut pour demander un rétablissement.
Mais soyons réalistes deux minutes. IRCC estime qu’il y a déjà entre 200 000 et 500 000 migrants sans papiers au Canada. C’est difficile à chiffrer car, logiquement, ces gens se cachent. Le ministère affirme vouloir « reprendre le contrôle » de son système d’immigration. Leur plan pour 2026-2028 ? Maintenir les admissions de RP sous la barre des 1 % de la population après 2027 et réduire les résidents temporaires à moins de 5 % de la population d’ici la fin de 2027.
L’hypothèse naïve du retour au bercail et le risque de clandestinité

C’est là que les experts tiquent. Lou Janssen Dangzalan, un avocat en immigration basé à Toronto, pense qu’Ottawa vit un peu au pays des bisounours. Selon lui, IRCC part du principe — une « fausse hypothèse » — que les gens vont gentiment rentrer chez eux une fois leur permis expiré. « Cela suppose trop de bonne foi de la part de tout le monde », dit-il. Et il a raison, non ?
Pendant longtemps, le Canada a été vendu comme l’eldorado facile pour la RP. Des gens ont vendu tous leurs biens, contracté des dettes énormes, parfois auprès de usuriers, pour venir ici. Rentrer ? C’est ce que Dangzalan appelle familièrement la « marche de la honte » (the walk of shame), car toute leur famille compte sur eux. La peur du retour est viscérale.
Regardons les capacités d’expulsion. L’Agence des services frontaliers du Canada a renvoyé plus de 18 000 personnes en 2024-2025. C’est environ 400 par semaine. Le coût ? 78 millions de dollars. La majorité étaient des demandeurs d’asile déboutés. Dangzalan pose la question qui tue : « Est-il réaliste de faire ça pour 2,1 millions de personnes ? Je ne pense pas. D’un point de vue administratif, c’est tout simplement impossible. »
Il prévient que l’année va être pénible. On risque de voir une augmentation des documents falsifiés et des gens qui basculent dans la clandestinité pour s’accrocher. « Les gens paniquent maintenant parce qu’ils savent que les murs se referment », explique l’avocat. C’est une tragédie humaine en devenir, et ça va devenir « plus rude avant de s’améliorer ».
Conclusion : Quand « les calculs ne sont pas bons »

À Windsor, Amanjit Kaur Verma, consultante en immigration et fondatrice de Earnest Immigration, le confirme : la course à la RP est devenue féroce. Le nombre de candidats a « augmenté de façon exponentielle ». Elle utilise une expression assez juste : « The math isn’t mathing right now » (Les calculs ne sont pas bons). Les chiffres ne s’additionnent simplement pas.
Elle voit défiler une détresse immense. 90 % de ses consultations actuelles concernent des stratégies pour la RP ou l’extension de statut. Des gens arrivent la voir avec seulement un mois ou deux restants sur leur permis. Elle déplore que beaucoup aient été bercés par le « rêve canadien » sans qu’on leur dise que la RP est un privilège, pas un droit.
Verma craint, elle aussi, que par désespoir, beaucoup ne choisissent la voie de la clandestinité. « Je comprends que c’est par manque d’options, mais ce n’est pas vraiment la bonne voie à suivre », insiste-t-elle. Sa solution ? IRCC devrait donner la priorité aux candidats qui sont déjà sur place (inland applicants). « Nous devons recalibrer nos politiques pour nous assurer que les gens ici, qui veulent et peuvent soutenir notre économie, aient la possibilité de le faire de la bonne manière. » En attendant, pour des milliers comme Abhishek, c’est l’attente angoissante.
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.