Fibrose hépatique : L’alliance inattendue de deux vieux médicaments pourrait enfin changer la donne
Auteur: Adam David
Une maladie silencieuse et un mécanisme biologique complexe
C’est un constat assez frustrant pour la médecine moderne : alors que des millions de personnes souffrent de fibrose hépatique à travers le monde, il n’existe toujours pas, à ce jour, de traitement spécifiquement approuvé pour contrer cette affection. C’est le vide thérapeutique. La maladie s’installe souvent de manière insidieuse, suite à des lésions répétées et, disons-le, prolongées. Que ce soit à cause de l’abus d’alcool, d’une hépatite virale, de maladies auto-immunes, d’une exposition à des toxines ou même de troubles métaboliques, le résultat est le même. Le foie tente de se réparer, mais il le fait mal. Ces agressions provoquent une réponse de cicatrisation anormale où les tissus cicatriciels s’accumulent progressivement dans l’organe. Le danger ? Avec le temps, cela peut dégénérer vers des pathologies bien plus lourdes comme la cirrhose ou le cancer du foie.
Mais que se passe-t-il exactement au niveau microscopique ? C’est là que ça devient technique. Tout commence par l’activation de cellules spécifiques : les cellules stellaires hépatiques (CSH). En temps normal, elles sont calmes, inactives. Mais dès qu’il y a lésion, elles se réveillent, se différencient en myofibroblastes et se mettent à produire du collagène de manière anarchique. C’est ce processus qui est à l’origine de la fibrose. Plus précisément, on observe une accumulation continue de protéines de la matrice extracellulaire, notamment le collagène de type I alpha 1 (Col1a1) et le collagène de type I alpha 2 (Col1a2). Ces protéines prennent littéralement la place du tissu hépatique sain, formant des cicatrices fibreuses irréversibles. Cibler une seule voie de signalisation pour arrêter ce carnage biologique s’est souvent révélé inefficace car le processus est régulé par de multiples voies interconnectées. C’est un véritable casse-tête.
L’échec de la monothérapie et l’apport de la silybine

Face à cette impasse, des chercheurs de l’Université pharmaceutique de Chine ont décidé de changer de fusil d’épaule. Dans une étude récemment publiée par la revue Targetome, ils se sont penchés sur la silybine. Ce n’est pas un inconnu : on l’utilise déjà pour prévenir et traiter certaines maladies du foie ou des intoxications. L’objectif premier de l’équipe était de comprendre pourquoi, malgré ses qualités, la silybine montrait une efficacité si limitée pour traiter la fibrose une fois installée. Pour en avoir le cœur net, ils ont mené toute une batterie d’expériences, aussi bien in vitro qu’in vivo.
Les résultats sont mitigés, c’est le moins qu’on puisse dire. D’un côté, la silybine est un excellent protecteur : elle réduit le stress oxydatif, calme l’inflammation et n’est pas toxique pour les cellules hépatiques. C’est déjà ça. Mais dès qu’il s’agit d’empêcher la formation du tissu cicatriciel pur et dur, elle s’essouffle. Elle n’induit qu’une faible diminution de l’expression des gènes liés à la fibrose, que ce soit sur des cellules humaines ou murines. Les chercheurs ont même testé cela sur des souris exposées au tétrachlorure de carbone (un puissant agent toxique pour induire des lésions). Résultat ? De très légères améliorations des taux d’enzymes et de l’accumulation de collagène. En gros, la silybine protège les cellules contre les coups, mais elle n’arrive pas vraiment à bloquer l’activité des cellules stellaires hépatiques responsables des cicatrices.
La combinaison gagnante : Silybine et Carvedilol

C’est là que l’étude devient vraiment intéressante. Plutôt que de s’acharner sur la silybine seule, l’équipe a eu l’idée de la marier avec d’autres molécules. Ils n’y sont pas allés de main morte : ils ont passé au crible pas moins de 397 médicaments approuvés par la FDA en association avec la silybine, utilisant une technique de criblage pour surveiller le taux de formation des tissus cicatriciels. Et bingo. Une combinaison est sortie du lot, nettement plus efficace que toutes les autres : la silybine associée au carvédilol. Pour ceux qui ne connaissent pas, le carvédilol est un bêta-bloquant classique utilisé pour l’insuffisance cardiaque et l’hypertension. Qui aurait cru qu’un médicament pour le cœur aiderait le foie ?
Les chiffres sont parlants. Cette association permet de réduire significativement l’accumulation de collagène et d’inhiber l’activité des cellules responsables de la cicatrisation, aussi bien chez la souris que sur des cellules humaines. Mais attention, ce n’est pas juste un mélange au hasard. Les essais ont permis d’identifier un rapport posologique très précis pour une efficacité maximale : 50:1 (silybine/carvédilol). Avec ce dosage spécifique, les améliorations sur les lésions, l’inflammation et la fibrose étaient proportionnelles à la dose administrée. Plus impressionnant encore, les résultats étaient supérieurs à ceux obtenus avec l’acide obéticholique, qui est pourtant souvent considéré comme un médicament de référence dans la recherche sur la fibrose. Les chercheurs expliquent que ces deux composés agissent en synergie pour inhiber une voie de signalisation intracellulaire clé. C’est comme s’ils attaquaient le problème sur deux fronts simultanés.
Conclusion : Un espoir concret et accessible

Ce qu’il faut retenir de cette découverte, au-delà de la prouesse technique, c’est son pragmatisme. Nous ne sommes pas face à une nouvelle molécule expérimentale qui mettra vingt ans à arriver sur le marché. Non, la silybine et le carvédilol sont des médicaments qui existent déjà. Ils sont approuvés, bien connus des médecins, et surtout, ils sont relativement peu coûteux. C’est un détail qui a son importance dans l’économie de la santé actuelle.
Comme l’ont écrit les chercheurs eux-mêmes : « Cette étude propose un traitement combiné cliniquement applicable, doté de puissants effets synergiques et inhibiteurs sur la fibrose hépatique ». En utilisant des molécules existantes, on pourrait potentiellement accélérer la mise en place d’essais cliniques. C’est peut-être enfin la lueur d’espoir que des millions de patients attendaient, une solution qui était là, sous nos yeux, cachée dans nos armoires à pharmacie.
Selon la source : trustmyscience.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.