Votre cerveau pourrait-il survivre à la mort ? Des scientifiques envisagent la résurrection de nos souvenirs
Auteur: Mathieu Gagnon
Une porte entrouverte sur l’éternité ?

Vivre pour toujours, ou du moins, laisser une partie de soi survivre à l’inévitable ? C’est une question qui hante l’humanité depuis la nuit des temps. Mais aujourd’hui, ce n’est plus seulement de la philosophie. Une enquête récente menée auprès de neuroscientifiques révèle un chiffre assez surprenant : 40 % d’entre eux estiment qu’il pourrait être possible de préserver un cerveau humain. Et pas n’importe comment. On parle d’une préservation suffisamment fine pour, un jour, décoder les souvenirs à long terme après la mort.
Cela ouvre, théoriquement, la voie au redémarrage d’une personne — un peu comme on redémarre un ordinateur — avec ses souvenirs intacts, grâce à ce qu’on appelle l’émulation du cerveau entier. Bien sûr, ne nous emballons pas trop vite. Pour l’instant, les scientifiques n’ont pas encore réussi à cartographier les schémas neuronaux complets d’un cerveau humain, et je ne vous parle même pas des questions éthiques vertigineuses qui surgiraient si nous parvenions à décoder un cerveau. L’idée que des changements physiques dans notre matière grise permettent de stocker des souvenirs est vieille de plusieurs millénaires, mais c’est récemment que la science a commencé à envisager sérieusement la préservation de ces structures qui contiennent notre identité.
La mécanique de la mémoire et le défi technique

Alors, comment ça marche concrètement ? De votre vivant, chaque expérience crée un souvenir en provoquant des changements chimiques et physiques dans un groupe de neurones. Les scientifiques appellent cela des engrammes. Plus le souvenir est fort, plus les connexions entre les cellules de cet engramme sont nombreuses. L’ensemble de ces forces et modèles de connexions neuronales, tissés au fil d’une vie, forme ce qu’on appelle le connectome. En théorie, si l’on pouvait accéder à ces souvenirs sur des tissus neuronaux préservés longtemps après le départ de quelqu’un, la préservation du cerveau deviendrait un moyen d’étendre la vie.
C’est là qu’intervient Ariel Zeleznikow-Johnston, docteur et neuroscientifique à l’Université Monash de Melbourne, en Australie. Il est l’auteur principal de l’article rapportant ces résultats de sondage. Selon lui, bien qu’il n’y ait aucune garantie, le fait que 40 % des experts y croient est « loin d’être anodin ». Il rappelle que les scientifiques sont généralement très prudents et réticents à spéculer. S’ils pensent que ça a une chance raisonnable de fonctionner, c’est qu’il y a une piste sérieuse. Cette piste, c’est l’émulation du cerveau entier : préserver la structure cérébrale à une résolution telle qu’on pourrait capturer tout ce qui encode la psychologie d’une personne pour créer une version numérique artificielle, un « vous virtuel » dont les réponses comportementales seraient indiscernables de l’original.
Côté calendrier, les répondants à l’enquête ont sorti leur boule de cristal. Ils estiment que nous pourrions réaliser cet exploit avec des vers autour de l’année 2045, avec des souris vers 2065, et enfin avec des humains aux alentours de 2125. Une préservation de haute qualité est déjà possible chez les animaux en baignant l’organe dans un fixateur chimique à très basse température, permettant d’imager les synapses individuelles. Mais pour un humain décédé récemment, c’est plus délicat à cause des contraintes cliniques et légales. Ce n’est pas tant la technologie qui manque, précise Zeleznikow-Johnston, que les détails de mise en œuvre dans le monde réel.
Une complexité vertigineuse et des questions d’identité

Il ne faut pas sous-estimer l’ampleur de la tâche. La prochaine étape nécessaire est l’extraction réussie de souvenirs individuels de cerveaux préservés. Zeleznikow-Johnston prédit que cela pourrait être fait d’ici environ cinq ans pour des cerveaux non humains. La communauté Aspirational Neuroscience offre même un prix de 100 000 dollars au premier groupe qui y parviendra. Mais passer de là à une émulation complète ? C’est une autre paire de manches. Nous n’avons pas encore cartographié le connectome d’un cerveau humain, qui compte tout de même 100 milliards de neurones, chacun connecté à des milliers d’autres. Pour vous donner une idée de l’échelle, le connectome de la mouche à fruits adulte, assemblé seulement en 2024, ne compte « que » environ 125 000 neurones pour 50 millions de connexions.
Et puis, il y a la question qui fâche : cette copie numérique, serait-ce vraiment vous ? Brian Patrick Green, directeur de l’éthique technologique à l’Université de Santa Clara, n’en est pas convaincu. Pour lui, notre identité ne se résume pas à l’esprit et la mémoire. Elle inclut notre personnalité, notre corps, nos muscles, nos os, nos relations et même le monde physique que nous habitons. « Une copie de quelque chose n’est pas l’original », tranche-t-il. Zeleznikow-Johnston reconnaît ces immenses questions sur l’identité, sans parler des problèmes d’allocation des ressources — la préservation du cerveau ne sera pas donnée — et du statut juridique des individus préservés.
Pourtant, il insiste : « Nous parlons de changer potentiellement notre relation avec la mort elle-même, passant d’une fin absolue à une condition potentiellement temporaire ». Son argument est que si cela fonctionne un jour, nous pourrions regretter amèrement de ne pas l’avoir proposé plus tôt. Chaque personne qui meurt sans cette option est une perte potentielle irréversible.
Conclusion : Entre prudence et espoir

Brian Patrick Green ne voit pas d’inconvénient à poursuivre la recherche fondamentale, tant qu’elle est éthique. « C’est la première étape », dit-il. Mais il met en garde contre la hype : dire aux gens qu’ils peuvent être immortels en se téléchargeant dans un ordinateur alors que ce n’est pas encore possible, ce n’est pas éthique. Que des scientifiques pensent que c’est possible ne signifie pas forcément que c’est raisonnable, ni même que c’est une bonne idée.
Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde ? Il y a une sorte de résistance intrinsèque à l’idée d’exister uniquement dans un ordinateur. Cependant, il admet qu’il pourrait y avoir des avantages inimaginables aujourd’hui. Comme il le résume si bien : « Peut-être ne devrions-nous pas être trop sceptiques, mais nous ne devrions pas être trop optimistes non plus ». Une pensée sage, qu’il serait bon d’encoder dans nos propres cerveaux en attendant la suite.
Selon la source : popularmechanics.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.