Une médaille dorée achetée par la géopolitique : l’absurde spectacle Trump–Machado
Auteur: Simon Kabbaj
Machado et le Nobel : Un échange de « bons » procédés ?

Si le but de la politique est de tout obtenir sans rien céder, Donald Trump vient de vivre une semaine mémorable concernant le Venezuela. Nous sommes en janvier 2026, et une scène digne d’une fiction s’est déroulée dans le Bureau Ovale : l’échange de la médaille du prix Nobel de la Paix. Cet objet a été passé de Maria Corina Machado à Donald Trump comme un témoin dans une course de relais à l’optique douteuse. Selon l’article intitulé « The Great Nobel ‘Giveaway’: Machado About Nothing? », cet événement, qui a heurté la sensibilité du Comité Nobel norvégien, résume parfaitement la nature transactionnelle de la géopolitique moderne. C’est une collision dorée entre le désespoir vénézuélien et l’ego américain.
Les acteurs de ce théâtre politique

Pour comprendre l’absurdité de cette querelle, il faut, comme l’explique le texte source, regarder les protagonistes. D’un côté, nous avons Maria Corina Machado, lauréate du Nobel de la Paix 2025, surnommée la « Dame de Fer » de l’opposition vénézuélienne, qui a vu la présidence de Maduro renversée par l’intervention américaine plus tôt ce mois-ci. De l’autre, un Président américain qui a toujours considéré son absence de prix Nobel comme une injustice personnelle, comparable à un Oscar manqué. En remettant physiquement sa médaille, Machado a réalisé un coup de théâtre politique si audacieux qu’il frisait la performance artistique. D’après l’analyse, c’était une tentative d’acheter, avec de l’or et du prestige mondial, la seule chose qui lui manque : de la pertinence aux yeux d’une Maison Blanche prête à avancer sans elle.
Donald Trump : le « lauréat » par procuration

La réaction de l’Institut Nobel norvégien a été aussi rapide que prévisible. Leur rappel sévère que le prix est « personnel et non transférable » ressemblait, selon l’auteur, à un bibliothécaire essayant de faire respecter le silence au milieu d’une agitation amoureuse. Bien sûr, personne ne croit sérieusement que Donald Trump est devenu lauréat juste parce qu’il possède un nouveau presse-papier en or. Cependant, le Comité a manqué l’essentiel. Dans l’écosystème de Mar-a-Lago, l’objet est la chose qui compte. Les publications de Trump sur les réseaux sociaux évoquant ce « geste merveilleux » pour le « travail que j’ai accompli » suggèrent que, dans son esprit, l’erreur comptable de 2019 est enfin corrigée. Il n’avait pas besoin du vote du Comité ; il avait juste besoin d’un donateur consentant.
La stratégie du désespoir de Machado

Qui a réellement gagné dans cet échange ? Si l’on regarde au-delà des flashs des photographes, le bilan est sombre, surtout pour celle qui a initié l’échange. Le pari de Machado sent la politique du désespoir. Malgré son statut de Nobel, elle se trouve dans la position peu enviable d’être l’héroïne d’une révolution que les libérateurs trouvent désormais gênante. L’administration Trump fait preuve d’un pragmatisme soudain en privilégiant une relation de travail avec la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, et les restes de la vieille garde chaviste pour garantir que le pétrole continue de couler. C’est une douche froide pour les puristes de la démocratie. La « damoiselle en détresse » a vu le chevalier arriver, vaincre le méchant, mais repartir avec la mauvaise damoiselle ! Selon l’article, Machado a dû penser qu’elle devait conclure un marché : face aux cadeaux luxueux d’autres nations (comme l’or suisse ou les avions qataris), que pouvait-elle offrir à Trump pour obtenir ce qu’elle voulait ? Elle a fini par confesser sa propre faiblesse en offrant son plus grand honneur comme un tribut pour flatter un Roi qui regardait déjà ailleurs.
L’Art du vol : Trump Rafle la Mise

Enfin, il y a le Président américain. Si l’objectif est de tout avoir sans rien donner, Trump a triomphé. Il a sécurisé la capture de Maduro (une victoire intérieure majeure), il a stabilisé les intérêts pétroliers américains via Rodríguez, et il a maintenant une médaille Nobel sur son bureau, sans jamais avoir eu à subir la moindre leçon d’un universitaire scandinave. Il a effectivement sous-traité l’obtention de son Prix. En acceptant la médaille tout en gardant Machado à distance, il a fait preuve d’une impitoyabilité amorale. Il a porté son célèbre « Art of the Deal » (l’Art de la Négociation) à un niveau supérieur : c’est devenu « L’Art du Vol » (The Art of the Steal). Il a réclamé le trophée sans remplir sa part du marché espérée par Machado, ne lui donnant aucune garantie de pouvoir. La médaille est devenue une métaphore de la transition vénézuélienne : un symbole brillant et coûteux que tout le monde veut tenir, mais qui ressemble peu à la réalité désordonnée sur le terrain.
Conclusion
Si nous devons désigner un « vainqueur », c’est malheureusement le transactionnalisme érigé en principe par Trump. Le geste de Machado a validé l’idée que les honneurs internationaux ne sont que des actifs à échanger contre du capital politique. Quant au peuple vénézuélien, il reste le spectateur silencieux de ce « recadeautage » à haut risque, ayant échangé un dictateur contre un gouvernement intérimaire douteux, tandis que leur plus grande avocate démocratique joue aux charades à la Maison Blanche. En fin de compte, comme le conclut l’article source, cette querelle autour du Nobel nous distrait d’une vérité inconfortable de 2026 : le leadership ne se confère pas par un comité à Oslo ni ne se donne dans une boîte en velours. Machado a peut-être cédé l’or, mais elle a aussi cédé son dernier levier d’influence. Le monde se demande s’il reste quelque chose dans la diplomatie qui n’est pas à vendre.
Selon la source : ndtv.com