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Le courage de dire non : quand Mark Carney convoque l’esprit de Václav Havel à Davos
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un écho inattendu de la dissidence tchèque

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C’était mardi, à Davos. Mark Carney a prononcé un discours qui, disons-le franchement, a eu l’effet d’un électrochoc. Un véritable coup de poing sur la table. Mais au-delà de la politique pure, ce qui m’a frappé, c’est cette référence inattendue, presque poétique, à l’œuvre de Václav Havel.

On se souvient souvent de lui comme de l’ancien président tchèque, mort en 2011. C’est vrai, c’était le dernier titre qu’il a porté. Mais réduire cet homme né en 1936 à sa fonction présidentielle, c’est passer à côté de l’essentiel. Avant de s’installer au château de Prague pour diriger une démocratie encore balbutiante, Havel était avant tout un dramaturge. Un dissident. Un homme qui passait ses nuits à réfléchir au sens profond de la liberté face au pouvoir.

C’est d’ailleurs son essai de 1978, Le pouvoir des sans-pouvoir, que le premier ministre canadien a largement cité. À l’époque, Havel écrivait pour secouer ses pairs en Pologne et en Tchécoslovaquie. Il les implorait, ainsi que tous les citoyens coincés sous la chape de plomb du bloc de l’Est, de « vivre dans la vérité ». Une expression magnifique, non ? Cela signifiait poser n’importe quel acte de révolte contre la manipulation, refuser de répéter les mensonges du régime, et surtout, « briser l’automatisme de l’obéissance ».

Le prix de la vérité : du marchand de légumes aux rockeurs emprisonnés

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C’est de cet essai qu’est née la célèbre métaphore du vendeur de légumes, celle-là même reprise par Mark Carney. Imaginez un commerçant qui refuse tout simplement de placer dans sa vitrine une affiche faisant l’éloge du prolétariat. Un geste qui semble anodin aujourd’hui, presque dérisoire, mais qui, en 1978, demandait un courage insensé.

Il faut se remettre dans le contexte. Nous étions dix ans après que la botte du Pacte de Varsovie eut écrasé le « Printemps de Prague », cette tentative désespérée de donner au socialisme un visage plus humain, plus doux. La répression avait été terrible. Le sang avait coulé dans les rues, littéralement. La peur n’était pas juste une idée, elle était omniprésente, palpable.

Havel ne s’est pas contenté d’écrire. Il a payé le prix fort pour ses convictions. Il a même défendu les droits d’un groupe de rockeurs aux cheveux longs, les Plastic People of the Universe. Vous imaginez ? Aller en prison pour avoir défendu des musiciens. En 1979, le verdict est tombé : condamné à quatre ans de prison. Voilà ce que ça coûtait, à l’époque, de vouloir « vivre dans la vérité ».

La colère de Donald Trump et l’appel aux puissances moyennes

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Revenons à Davos. Mark Carney n’a pas eu besoin d’attendre un an pour voir les conséquences de ses mots. Il a provoqué une véritable ire en appelant les autres puissances moyennes — on parle ici de l’Europe, du Japon, de la Corée, notamment — à cesser de jouer le jeu de Donald Trump.

Bien sûr, il ne l’a pas nommé directement. C’est le jeu diplomatique. Mais le message était limpide : il faut arrêter d’accommoder le président américain, comme tout le monde le fait docilement depuis un an, alors qu’il passe son temps à leur tordre le bras pour faire accepter l’inacceptable.

La réponse ne s’est pas fait attendre. Dans son propre discours à Davos, le président américain l’a pris à partie avec une violence verbale dont il a le secret. Il a affirmé que le « Canada vit grâce aux États-Unis ». Une menace à peine voilée, vous ne trouvez pas ? Ira-t-il plus loin ? C’est fort possible, je le crains. L’honnêteté est une denrée qui coûte très cher dans l’univers de Trump. Il suffit de demander à ses anciens collaborateurs qu’il a pris en grippe.

Entre ovation et réalité : le dilemme allemand

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Sur le moment, à Davos, l’appel du dirigeant canadien à s’unir contre l’intimidation a été reçu par une ovation debout. C’est beau, les applaudissements. Mais c’est une chose de saluer le courage d’un homme, c’en est une autre de répondre concrètement à son appel.

J’ai pu toucher du doigt cette hésitation en prenant un café mardi, tout juste après l’allocution, avec Metin Hakverdi. C’est un député allemand qui coordonne la coopération transatlantique au sein du gouvernement de coalition de Friedrich Merz. Je l’ai rencontré à Montréal avant son départ.

Sa réaction ? « Stratégiquement, le discours était bon », m’a-t-il confié. Mais il a tout de suite ajouté un bémol de taille : « C’est difficile d’avoir tous la même ligne rouge pour savoir quand nous devons agir ensemble ».

L’Allemagne est dans une position délicate. En plus de ses liens économiques vitaux avec les États-Unis, elle a constamment la question de l’Ukraine et de sa propre sécurité en tête. « Ça nous laisse peu de marge de manœuvre », avoue-t-il. L’Europe manque d’une structure de sécurité autonome qui lui permettrait d’avoir les coudées franches face à Washington. En gros, les invitations de Mark Carney sont lancées, mais je ne suis pas sûr que les cartons de réponse arrivent de sitôt. Surtout qu’on semble avoir trouvé une porte de sortie à la crise du Groenland.

Conclusion : Une solitude nécessaire ?

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On peut se demander si ce moment de gloire du premier ministre canadien ne va pas se transformer en un grand moment de solitude. C’est bien possible.

Mais c’est là qu’il faut, encore une fois, retourner à Václav Havel et à son fameux essai de 1978. N’oublions pas que lorsque l’auteur était en prison, Le pouvoir des sans-pouvoir a fait son chemin, doucement, sûrement. C’est devenu un manifeste de ralliement pour les dissidents de tous les blocs de l’Est. Chacun à leur manière, ils ont donné des petits coups de pioche sur le rideau de fer. Jusqu’à ce qu’il s’effondre, en même temps que le mur de Berlin, en 1989.

Le discours de Mark Carney aura-t-il la même résonance historique ? La théorie est toujours plus facile que la pratique, c’est certain. Mais une chose est sûre : la graine de la dissidence est plantée.

Selon la source : lapresse.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

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