L’intelligence artificielle a-t-elle mis la créativité humaine au tapis ? Une étude majeure fait le point
Auteur: Adam David
Un duel inattendu entre l’homme et la machine

On entend tout et son contraire sur l’intelligence artificielle, n’est-ce pas ? Parfois, on a l’impression que ces machines vont tout faire mieux que nous, et le lendemain, qu’elles ne sont que des perroquets sophistiqués. Eh bien, une nouvelle étude vient mettre un peu d’ordre dans tout cela, et les résultats sont pour le moins… surprenants.
Imaginez un instant : des chercheurs de l’Université de Montréal se sont demandé si des systèmes comme ChatGPT pouvaient réellement faire preuve de créativité. C’est le professeur Karim Jerbi, du Département de psychologie, qui a piloté cette vaste enquête, épaulé par une équipe de choc incluant ni plus ni moins que Yoshua Bengio, ce pionnier de l’IA que l’on ne présente plus. Leurs travaux, publiés tout récemment dans la prestigieuse revue Scientific Reports du groupe Nature, comparent les performances des grands modèles de langage face à celles des humains. Et attention, ce n’est pas une petite expérience de coin de table : c’est la plus grande étude comparative jamais réalisée sur ce sujet précis.
Alors, quel est le verdict ? L’IA nous a-t-elle mis K.-O. ? La réponse est nuancée, presque rassurante je dirais. L’intelligence artificielle générative a effectivement franchi un cap historique : elle arrive désormais à surpasser le niveau moyen de la créativité humaine. Oui, la moyenne. Mais attendez avant de paniquer, car l’étude souligne un point capital : les individus les plus créatifs, ceux qui ont cette étincelle particulière, continuent de laisser les machines loin derrière eux.
Quand les chiffres parlent : une comparaison sur 100 000 participants

Pour en avoir le cœur net, l’équipe ne s’est pas contentée de quelques tests. Ils ont vu grand. Ils ont mis à l’épreuve plusieurs modèles que vous connaissez peut-être, comme ChatGPT, Claude, Gemini et d’autres encore (dont le puissant GPT-4), en les confrontant aux résultats de pas moins de 100 000 participants humains. C’est colossal. Les données ont été recueillies avec la collaboration de Jay Olson de l’Université de Toronto.
Ce qu’ont découvert les copremiers auteurs de l’étude, le postdoctorant Antoine Bellemare-Pépin de l’UdeM et le doctorant François Lespinasse de l’Université Concordia, marque un tournant. Dans des tâches de « créativité linguistique divergente » – un terme un peu barbare pour désigner la capacité à trouver des idées variées –, certains modèles dépassent bel et bien le score moyen des humains. Karim Jerbi l’admet lui-même : ce constat peut surprendre, voire inquiéter certains d’entre nous. C’est naturel.
Mais il y a un « mais » de taille, et c’est là que l’humain reprend ses droits. Si l’IA bat la moyenne, elle reste en deçà de l’excellence humaine. Les analyses montrent que la moitié la plus créative des participants surpasse tous les modèles d’IA testés. Et si on regarde les 10 % les plus créatifs, l’écart se creuse encore plus nettement en faveur de l’homme. En somme, l’IA est devenue un élève très compétent, meilleur que la moyenne de la classe, mais elle ne vaut pas encore les premiers de la classe.
La méthode : des mots, des poèmes et des histoires

Vous vous demandez sûrement comment on peut mesurer une chose aussi abstraite que la créativité, non ? C’est fascinant. L’équipe a utilisé une approche très maline : le test d’association divergente (DAT), mis au point par Jay Olson. Le principe est simple comme bonjour, ça prend deux à quatre minutes et n’importe qui peut le faire en ligne. On demande au participant – ou à l’IA – de donner 10 mots qui soient aussi différents que possible les uns des autres, sémantiquement parlant.
Tenez, pour vous donner une idée, une personne très créative pourrait proposer une liste hétéroclite comme : galaxie, fourchette, liberté, algue, harmonica, quantum, nostalgie, velours, ouragan et photosynthèse. Vous voyez le genre ? Il faut faire le grand écart entre les concepts. Ce test est redoutable car il ne mesure pas juste le vocabulaire, mais bien des mécanismes cognitifs profonds de la pensée créative.
Mais les chercheurs, curieux, ne se sont pas arrêtés là. Ils ont voulu voir si ces résultats tenaient la route sur des tâches plus concrètes, plus proches de la vraie vie d’artiste. Ils ont donc demandé aux IA et aux humains d’écrire des haïkus (ces petits poèmes de trois lignes), des synopsis de films et même de courtes nouvelles. Et devinez quoi ? Le constat reste le même. Même si l’IA se débrouille bien, les humains les plus compétents gardent l’avantage. L’imagination humaine a encore de beaux jours devant elle.
Réglages techniques et vision d’avenir : l’IA comme partenaire ?

Il y a un détail technique vraiment intéressant que l’étude a mis en lumière. La créativité de l’IA, ça se pilote. C’est un peu comme régler le volume de votre radio. Les chercheurs parlent de « température ». Si on règle l’IA sur une température basse, elle est prudente, prévisible, presque ennuyeuse. Mais si on augmente cette température, elle prend des risques, elle ose plus d’aléatoire et sort des sentiers battus. De même, la façon de lui parler – le fameux prompting – change tout. Par exemple, lui demander de s’appuyer sur l’étymologie des mots booste ses scores de créativité. Cela prouve que l’interaction humaine reste la clé : la machine a besoin d’être bien guidée.
Alors, faut-il craindre pour nos emplois créatifs ? Allons-nous être remplacés ? L’étude se veut rassurante et invite à la nuance. Plutôt que de voir l’IA comme une rivale qui vient nous voler notre place, Karim Jerbi suggère de la voir comme un outil puissant. Elle ne remplacera pas les créateurs, mais elle va transformer leur façon de travailler. C’est un assistant capable d’ouvrir de nouvelles portes, d’inspirer, d’élargir le champ des possibles.
Finalement, l’avenir ne se joue probablement pas dans une opposition stérile « humains contre machines », mais dans une collaboration. Comme le conclut sagement le professeur Jerbi, la vraie question n’est plus de savoir qui est le plus fort, mais de réfléchir à comment nous définissons la créativité et ce que ces outils changent à notre rapport à la culture et à l’innovation. Une belle réflexion pour l’avenir, vous ne trouvez pas ?
Selon la source : nouvelles.umontreal.ca
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.