Neuf jours, trois continents et beaucoup de bruit

Ça y est, le marathon est terminé. Le premier ministre Mark Carney a posé ses valises à Ottawa après un périple assez intense de neuf jours autour du monde. L’objectif officiel ? Stimuler les investissements étrangers. Mais comme souvent en politique, le diable se cache dans les détails, et ce voyage a fait grincer pas mal de dents, que ce soit à gauche ou à droite.
Il arrivait tout juste de Suisse, où il a passé son mercredi au fameux Forum économique mondial de Davos. Ce n’était pas juste pour serrer des mains : il y a prononcé un discours qui a fait du bruit, mettant en garde contre les pressions — on parle ici de coercition économique — que les grandes puissances exercent sur les pays comme le nôtre. Avant de reprendre l’avion, il a clôturé son passage par un déjeuner avec d’autres chefs d’État et une dernière réunion avec des investisseurs. Disons que l’agenda était chargé.
L’ombre de Trump et le retour en grâce à l’OTAN

Ce qui est intéressant, c’est ce ballet diplomatique un peu étrange qui s’est joué à distance. Imaginez la scène : Donald Trump est arrivé en Suisse presque au moment exact où Mark Carney s’apprêtait à rentrer au Canada. Ils se sont croisés, au sens figuré. Mercredi, dans son propre discours à Davos, le président américain n’a pas mâché ses mots, accusant Carney de ne pas être assez « reconnaissant » de la protection américaine.
C’était sans doute une réponse au discours de Carney la veille (mardi), où il avait lancé cette phrase qui restera probablement : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu ». Il n’a jamais nommé Trump, mais tout le monde a compris le message sur la fin de l’ordre mondial et les tarifs douaniers.
Sur le plan militaire, l’ambiance était plus chaleureuse. Carney a rencontré Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN. Ensemble, ils ont réaffirmé leur engagement envers la souveraineté du Danemark, Groenland inclus. C’est une réponse subtile, mais claire, aux menaces d’annexion proférées par Trump, même si le communiqué officiel a prudemment évité de mentionner le nom du président américain.
Rutte semblait d’ailleurs ravi. Lors d’une table ronde sur la défense européenne, il a souligné à quel point c’était une « excellente nouvelle » de voir le Canada de nouveau pleinement engagé dans l’Alliance atlantique depuis l’arrivée de Carney, insistant sur la nécessité d’investir dans la sécurité de l’Arctique et le flanc nord-ouest.
Affaires et commerce : De Pékin à Doha

Mais revenons au début du voyage, car c’est là que l’argent est en jeu. Tout a commencé à Pékin. C’est là que le pragmatisme économique a pris le dessus : Carney a conclu un accord donnant-donnant. En gros, une baisse des droits de douane sur les produits agricoles canadiens en échange d’un accès facilité au marché canadien pour les véhicules électriques chinois.
Le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, n’a pas caché sa satisfaction à Davos. Il a raconté aux journalistes que son gouvernement s’était mis au travail dès son élection l’an dernier pour réparer les pots cassés. Figurez-vous que la Commission économique et commerciale mixte était au point mort depuis huit ans ! Aucun dialogue sérieux n’avait eu lieu pendant toute cette période.
« Notre priorité a été de lancer ce processus », a expliqué M. Sidhu, visiblement soulagé. Il parle de résultats concrets : des opportunités pour plus de 7 milliards de dollars de produits agricoles. La première cargaison de bœuf et de canola est d’ailleurs déjà partie. Il a aussi évoqué des ouvertures dans le stockage d’énergie et les technologies propres.
Après la Chine, direction le Qatar. Là-bas, l’objectif était double : solliciter des investissements pour de gros projets et promettre de développer les vols directs pour renforcer les liens culturels. C’est du business, pur et dur.
Conclusion : Un pragmatisme qui ne passe pas chez tout le monde

Évidemment, on ne peut pas faire ce genre de tournée sans soulever une tempête à la maison. Ce voyage est vivement critiqué, tant par les conservateurs que par les libéraux, qui s’inquiètent de voir le Canada serrer la main à des régimes dont le respect des droits de la personne laisse franchement à désirer.
Lloyd Axworthy, ancien ministre libéral des Affaires étrangères, n’y est pas allé de main morte. Dans un billet de blogue, il a contesté l’idée de « pragmatisme » avancée par Carney à Pékin. Pour lui, accepter « le monde tel qu’il est », c’est tout simplement l’abandon de 80 ans d’engagement canadien sur la scène internationale, notamment sur les droits humains.
Du côté conservateur, le député Shuv Majumdar a utilisé la plateforme X pour tirer à boulets rouges sur les démarches auprès de la Chine et du Qatar, rappelant leur soutien passé aux adversaires du Canada. « Ils font commerce des pires éléments du monde », a-t-il écrit, accusant Carney de consentir à des dépendances dangereuses. Selon lui, on ferait mieux de regarder du côté de Taïwan ou des pays arabes amis d’Israël. Bref, Mark Carney est rentré, mais le débat, lui, ne fait que commencer.
Selon la source : lapresse.ca
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