Quand le médicament joue à cache-cache

C’est un constat qui fait froid dans le dos quand on y pense : la plupart des médicaments contre le cancer passent leur temps à errer dans notre corps sans jamais atteindre leur but. Ils dérivent, se perdent, et souvent, ils manquent la cible qu’ils sont censés détruire. C’est frustrant, n’est-ce pas ? On injecte un traitement puissant, et il se dilue avant d’agir.
Mais voilà qu’une équipe de chercheurs de l’Université de technologie de Wuhan propose une approche radicalement différente. Au lieu de laisser le médicament dériver au gré du courant sanguin, pourquoi ne pas lui donner un moteur ? Ils ont mis au point une nouvelle sorte de particule, un « nanorobot » injectable, capable d’utiliser la chimie même de notre corps pour se propulser et viser directement les tumeurs cancéreuses. C’est un peu comme passer d’un radeau à la dérive à un petit sous-marin téléguidé.
Un moteur et un volant microscopiques

Alors, comment ça marche, cette merveille technologique ? Le Dr Jianguo Guan, qui dirige l’équipe, travaille sur des particules propulsées par des enzymes qui naviguent grâce à la chimie corporelle. Dans une étude co-signée en 2025, il a présenté ces fameux nanorobots. La conception commence avec une minuscule particule d’or. Mais attention, ce n’est pas juste un morceau de métal : elle est délibérément divisée en deux faces fonctionnelles distinctes.
Les scientifiques appellent cela une nanoparticule Janus – en référence au dieu romain aux deux visages. Chaque côté a un boulot bien précis. Sur la première moitié, ils ont fixé de l’uréase. C’est une enzyme qui divise l’urée en produits plus petits. Comme l’urée est naturellement présente dans notre sang (et particulièrement abondante dans les tumeurs), l’uréase s’en sert pour créer une poussée chimique. En brisant l’urée, des concentrations inégales se forment autour de la surface, créant un déséquilibre qui propulse la particule vers l’avant. C’est ingénieux, car utiliser un carburant déjà présent dans le corps évite d’ajouter des produits toxiques externes.
Mais avancer ne suffit pas. Si on ne fait que pousser, le robot partirait dans tous les sens, un peu n’importe comment. C’est là qu’intervient la deuxième moitié de la particule. On y trouve de la catalase, une enzyme qui décompose le peroxyde d’hydrogène. Les cellules tumorales, stressées, relâchent plus de peroxyde d’hydrogène que les cellules saines. La catalase transforme ce peroxyde en eau et en oxygène, créant une minuscule poussée d’oxygène qui oriente la particule vers la source chimique. C’est ce qu’on appelle la chimiotaxie : le mouvement guidé par des différences de concentration chimique.
Des résultats frappants chez la souris

L’idée est belle sur le papier, un peu comme une voiture qui aurait son moteur et son volant intégrés, comme le suggère une illustration de Science China Press. Mais est-ce que ça marche vraiment ? Il faut savoir que les nanoparticules passives (celles qui n’ont pas de moteur) dérivent bêtement avec le flux sanguin. Une analyse a même montré qu’en moyenne, seulement 0,7 % de ces particules atteignent les tumeurs solides. C’est dérisoire.
Dans un modèle de souris porteuses de tumeurs, les résultats obtenus par l’équipe du Dr Guan sont pour le moins impressionnants. Les nanorobots injectés se sont dirigés vers la chimie tumorale et ont pénétré les tissus bien plus profondément que les particules passives. Et là, tenez-vous bien : lorsque ces particules transportaient des médicaments anticancéreux, la suppression de la tumeur a été améliorée d’environ 49 fois par rapport aux homologues passifs dans le même modèle.
Ce n’est pas juste une question de voyage, c’est aussi une question d’entrée. En pénétrant plus loin dans le tissu, plus de nanorobots entrent en contact avec les cellules tumorales, augmentant l’absorption par endocytose – ce processus où la cellule « avale » la particule. Une fois à l’intérieur, l’acidité locale et les enzymes affaiblissent le revêtement de la particule, libérant le médicament pile là où il faut.
Conclusion : Promesses et prudence

Bien sûr, il ne faut pas crier victoire trop vite. Le passage de la souris à l’humain est toujours un saut périlleux. Le Dr Guan note que les résultats indiquent une « bonne biosécurité in vivo » après avoir mesuré le poids, la chimie du sang et les tissus des organes chez les souris – aucun dommage évident n’a été trouvé. Mais… le corps humain est complexe. Le système immunitaire pourrait décider de nettoyer ces intrus avant qu’ils n’arrivent à destination.
Néanmoins, cette approche ouvre des portes fascinantes. L’inflammation, par exemple, entraîne souvent des changements de pH et des bouffées de produits chimiques réactifs à l’oxygène, ce qui pourrait servir de repères pour de futurs designs. Si on arrive à cartographier ces gradients chimiques, on pourrait traiter d’autres maladies. Pour l’instant, cette étude publiée dans la revue National Science Review nous montre qu’intégrer propulsion et pilotage dans une seule particule injectable est une voie d’avenir plus que sérieuse, même si la traduction clinique demandera encore des efforts de fabrication et de sécurité.
Selon la source : earth.com
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