Une guerre des mots en direct de Davos

On peut dire que l’ambiance était électrique, pour ne pas dire carrément orageuse. Jeudi dernier, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, n’y est pas allé de main morte sur les ondes de Bloomberg TV. Sans prendre de gants, il a qualifié le discours du premier ministre Mark Carney au Forum économique mondial de simple « brouhaha politique ». C’est assez brutal, non ?
Lutnick semblait particulièrement agacé, lâchant même : « C’est une blague ». Selon lui, le Canada a décroché « le deuxième meilleur accord au monde » et pourtant, tout ce qu’il entend, c’est ce qu’il appelle les plaintes de Carney. « Tout ce que j’ai à faire, c’est d’écouter ce type se plaindre et râler », a-t-il lancé, visiblement exaspéré par la tournure des événements en Suisse.
À Davos, Mark Carney avait pourtant tenté de galvaniser les foules en affirmant que l’ancien ordre mondial était bel et bien révolu. Son message ? Les puissances moyennes doivent impérativement s’unir pour résister à la coercition économique des géants de ce monde. Une rhétorique qui, visiblement, n’a pas plu à tout le monde à Washington.
L’ombre de la Chine et la menace sur l’ACEUM

Mais ce qui chiffonne vraiment Lutnick, c’est ce fameux accord tout frais entre Ottawa et Pékin. Franchement, c’est un point de friction majeur. L’accord prévoit que la Chine réduise ses droits de douane sur les produits agricoles canadiens… mais en échange, le Canada doit ouvrir grand ses portes aux véhicules électriques chinois. Pour le secrétaire américain, c’est une hérésie.
Il a prévenu, et le ton était menaçant : cette entente pourrait faire dérailler la révision de l’accord de libre-échange nord-américain (l’ACEUM) prévue cette année. Il estime que le Canada « jouait sur un ensemble de règles qu’il n’a pas vraiment réfléchi », tout en se vantant, un brin arrogant peut-être, de la manière dont les États-Unis, eux, gèrent leurs deals avec la Chine.
Il ne faut pas oublier le contexte économique actuel, qui est loin d’être rose. En août dernier, Donald Trump a monté les droits de douane sur le Canada à 35 %. Heureusement pour nous, l’ACEUM protège encore la plupart des marchandises, mais ça n’empêche pas que certains secteurs prennent l’eau. On parle ici de droits de douane spécifiques qui frappent l’acier, l’aluminium, l’automobile, le bois d’œuvre et même les armoires. C’est du sérieux.
Réactions en chaîne : Du soutien européen à l’indifférence américaine
Pendant ce temps, à Québec, le ministre des Finances François-Philippe Champagne tentait de calmer le jeu… ou plutôt de soutenir son chef. Interrogé par les journalistes, il a salué le « courage » de Carney de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, affirmant que chaque pays du G7 trace sa propre route avec Pékin. C’est une façon polie de dire qu’on ne se laissera pas dicter notre conduite.
Et il faut croire que le message de Carney a résonné. Les dirigeants européens l’ont ovationné. Le chancelier allemand Friedrich Merz a même repris ses propos, assurant que les moyennes puissances n’étaient pas « à la merci de ce nouvel ordre mondial » et qu’elles avaient le choix de façonner l’avenir. Même Gavin Newsom, le gouverneur de Californie (qui lorgne peut-être sur la présidence, qui sait ?), a raconté que la transcription du discours circulait activement parmi les dirigeants américains.
Mais du côté de l’administration Trump, on reste de marbre. Jamieson Greer, le représentant américain au commerce, a balayé ces inquiétudes sur Fox News. Pour lui, un « nouvel ordre mondial » émerge effectivement, et les vieilles règles économiques ne fonctionnent plus. « Il y a donc une prise de conscience à ce sujet », a-t-il noté, sans sembler s’émouvoir des critiques européennes, tout en assurant — ironiquement ? — que les relations restaient bonnes malgré les tentatives répétées d’acheter le Groenland.
L’OTAN et la mémoire sélective : Une alliance ébranlée

Au-delà du commerce, c’est la sécurité qui inquiète. Les commentaires récents venant de Washington donnent des sueurs froides aux membres de l’OTAN. Donald Trump a jeté un pavé dans la mare en doutant publiquement que les alliés viendraient aider les États-Unis en cas de pépin. Pire encore, jeudi, sur Fox Business, il a lâché : « Nous ne leur avons jamais vraiment rien demandé. »
C’est une affirmation qui fait mal, surtout quand on connaît l’histoire. Trump a ajouté, avec une désinvolture déconcertante, que si les alliés ont envoyé des troupes en Afghanistan, ils sont « restés un peu derrière, un peu à l’écart des lignes de front ». Une remarque qui risque de passer très mal auprès des vétérans.
Car la réalité, c’est que l’article 5 de l’OTAN — la clause de défense collective — n’a été invoqué qu’une seule fois dans l’histoire : par les États-Unis eux-mêmes, après le 11 septembre 2001. Les chiffres sont là, têtus et tragiques. Plus de 40 000 membres des forces armées canadiennes ont servi en Afghanistan aux côtés des Américains. Et 158 soldats canadiens y ont laissé leur vie. Oublier cela, c’est peut-être ça, le véritable changement de l’ordre mondial.
Selon la source : ledevoir.com
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