Masculinité toxique : ce que révèle vraiment cette étude massive sur 15 000 hommes
Auteur: Mathieu Gagnon
Au-delà du bruit de la « manosphere »

On ne peut pas ouvrir un réseau social aujourd’hui sans tomber dessus. La « manosphere », cette niche grandissante de forums et d’influenceurs, prône une définition assez agressive de ce que signifie « être un homme ». Selon eux, la misogynie, la domination et une opposition farouche au féminisme ne seraient pas des défauts, mais l’essence même de la masculinité. C’est ce comportement que l’on qualifie généralement de toxique.
Face à la montée de ces discours, on pourrait croire que le mâle moyen est en crise, ou pire, dangereux. Mais est-ce vraiment le cas dans la réalité ? C’est la question qu’une équipe de chercheurs a voulu creuser. Ils sont partis d’un constat simple : il existe très peu de travaux empiriques qui définissent ou mesurent réellement la masculinité toxique. C’est un comble, non ?
Pour y voir plus clair, ils ont décidé de ne pas se fier aux clichés. Ils ont analysé des données nationales provenant d’un échantillon aléatoire représentatif de 15 808 hommes hétérosexuels en Nouvelle-Zélande, âgés de 18 à 99 ans. L’objectif ? Voir comment les hommes s’identifient à leur genre et mesurer des attitudes comme le narcissisme ou le sexisme. Et spoiler : les résultats sont loin d’être aussi sombres qu’on l’imagine.
De 1990 à aujourd’hui : l’évolution d’un concept flou

Avant de plonger dans les chiffres, il faut comprendre de quoi on parle. La « masculinité toxique », ce n’est pas nouveau. Le terme a été inventé en 1990 par le psychologue Shepherd Bliss, dans le cadre du mouvement mythopoétique des hommes. À l’époque, il définissait cela comme des comportements diminuant les femmes, les enfants et les autres hommes. C’était précis.
Mais depuis le mouvement #MeToo, le sens du mot a explosé. Aujourd’hui, c’est devenu un terme fourre-tout. On l’utilise pour décrire tout et n’importe quoi : de la misogynie pure et dure et la culture du viol, jusqu’aux restrictions sur les droits reproductifs des femmes, en passant par le « mansplaining » ou même le simple fait d’éviter les tâches ménagères.
Le problème ? Malgré plus de 10 000 articles publiés sur le sujet depuis 2020, la plupart de ces travaux ne mesurent rien empiriquement. Le terme sert souvent juste à dire « je désapprouve ce comportement ». Les scientifiques craignent que cette généralisation excessive – dire que la masculinité est intrinsèquement toxique – ne fasse plus de mal que de bien, surtout à une époque où les hommes luttent avec leurs propres problèmes de santé et de bien-être. C’est pour combler ce vide béant que les chercheurs de cette étude, publiée dans Psychology of Men & Masculinities (2026), ont utilisé des méthodes statistiques robustes.
Méthodologie et profils : qui sont vraiment ces hommes ?

Pour cette étude, les chercheurs ne se sont pas contentés de poser des questions vagues. Ils ont utilisé les données d’un projet majeur en cours, la New Zealand Attitudes and Values Study (NZAVS). Ils se sont concentrés sur huit traits et croyances clés : la centralité de l’identité de genre, les préjugés sexuels, le caractère désagréable, le narcissisme, le sexisme hostile et bienveillant, l’opposition à la prévention de la violence domestique et le soutien à la domination sociale.
En utilisant une analyse de profil latent (une méthode statistique pour identifier des groupes distincts), ils ont découvert cinq profils de masculinité. Et c’est là que les idées reçues volent en éclats. Le groupe le plus important, représentant 35,4 % des hommes, appartient à un groupe « atoxique ». Ces hommes affichent de faibles niveaux sur tous les indicateurs nocifs. Rien à signaler.
Ensuite, 53,8 % des hommes se classent dans deux profils « modérés ». Ils ont des scores faibles à moyens sur la plupart des traits, la différence principale résidant dans leurs niveaux de préjugés sexuels. Il reste donc une minorité. Un groupe plus petit de 7,6 % correspond à un profil « toxique bienveillant », avec des scores élevés en sexisme bienveillant et des préjugés sexuels élevés. Enfin, un groupe très restreint mais préoccupant de 3,2 % des hommes tombe dans un profil « toxique hostile ». Ceux-là affichent des niveaux élevés de sexisme, de narcissisme et même une résistance à la prévention de la violence domestique.
Conclusion : Être « viril » n’est pas le problème

Il y a une découverte surprenante dans tout ça, une nuance que beaucoup oublient. L’étude a révélé que le simple fait de s’identifier fortement à son genre – se sentir « très homme » – n’était pas un signe fiable de toxicité. Même chez les hommes dont les attitudes correspondaient aux schémas liés à la masculinité toxique, le fait d’être un homme n’était que légèrement plus important pour leur identité que pour les autres.
Les chercheurs notent donc que s’identifier fortement comme « viril » ne rend pas automatiquement quelqu’un toxique. C’est une distinction cruciale. Les résultats, identifiables via le DOI 10.1037/men0000547, soulignent le besoin urgent de séparer les expressions nocives de la masculinité de celles qui sont saines et constructives. Plutôt que de condamner la masculinité en bloc, des études futures avec des échantillons encore plus diversifiés pourraient aider à créer des interventions ciblées pour ces profils spécifiques, notamment ce noyau dur de 3,2 %.
Selon la source : phys.org
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