Pourparlers à Abou Dhabi : une lueur ou un mirage ?

C’est un ballet diplomatique qui semble presque surréaliste vu du terrain. Samedi, les délégations ukrainienne, russe et américaine ont clôturé une session de pourparlers à Abou Dhabi. Si l’on en croit le président ukrainien Volodymyr Zelensky, les échanges ont été « constructifs ». C’est le mot consacré, je suppose, quand on ne claque pas la porte. Il l’a d’ailleurs confirmé sur X, soulignant que « beaucoup de choses ont été discutées ».
On nous promet de nouvelles discussions dès la semaine prochaine. Un responsable américain a même précisé la date : le 1er février, retour à la table des négociations aux Émirats. Selon lui, le simple fait de réunir tout ce petit monde était une étape cruciale. « Je pense que cela confirme le fait que (…) beaucoup de progrès a été fait à ce jour pour définir précisément les détails nécessaires pour parvenir à une conclusion », a-t-il ajouté avec cet optimisme prudent typique des diplomates. Ce sont, notons-le, les premières négociations directes connues entre Moscou et Kyïv sur ce fameux plan américain de règlement du conflit.
Mais bon, pendant que les officiels discutent « détails » et « progrès » dans des salons climatisés, la réalité est tout autre pour ceux qui subissent la guerre depuis 2022. Et franchement, l’espoir s’amenuise.
Sous les bombes, l’indifférence à la diplomatie

Il suffit d’écouter Anastassia Tolkatchov pour comprendre le fossé béant. Après une nuit passée à trembler dans un stationnement souterrain de Kyïv, elle n’a « même pas envie d’en parler ». Sa lassitude est palpable. « À chaque fois ça recommence, des négociations, des négociations », a-t-elle lâché à l’AFP, désabusée. Pour elle, le scénario est écrit d’avance : ils diront que tout va bien, que rien n’est signé, et les roquettes continueront de pleuvoir. C’est brutal, mais qui peut lui donner tort ?
La veille du deuxième jour de ces fameuses discussions « constructives », la « terreur russe » — comme l’appelle le ministre des Affaires étrangères Andriï Sybiga — a encore frappé. Le bilan est lourd, tragiquement banal. Une personne tuée dans une confiserie (une confiserie, vous imaginez ?), huit blessés dans la région de Kyïv. À Kharkiv, dans le nord-est, c’est encore pire : 27 blessés. Les bombes n’ont épargné ni une maternité ni les immeubles résidentiels.
« Efforts de paix ? Rencontre trilatérale aux Émirats arabes unis ? Diplomatie ? Pour les Ukrainiens, c’était une nouvelle nuit de terreur russe », s’est indigné M. Sybiga. De l’autre côté du miroir, la rhétorique est inversée. Vladimir Saldo, le gouverneur de la région de Kherson nommé par Moscou, accuse Kyïv d’avoir frappé une ambulance dans ce territoire occupé, tuant trois personnes. La guerre des mots continue, parallèle à celle des armes.
L’hiver comme arme de guerre

Les chiffres donnent le vertige. Dans la nuit de vendredi à samedi, les autorités ukrainiennes ont comptabilisé plus de 370 drones et 27 missiles lancés par la Russie. Moscou jure ne viser que des cibles militaires, mais allez expliquer ça aux habitants de Kyïv, Tcherniguiv, Soumy ou Kharkiv. Des journalistes sur place ont vu les gens courir aux abris sous un ciel illuminé par les explosions. Samedi matin, les sirènes hurlaient encore.
Le résultat de cet acharnement ? Le noir et le froid. Selon Oleksiï Kouleba, vice-premier ministre pour la reconstruction, plus d’un million de personnes se sont retrouvées sans électricité à Kyïv et dans la région de Tcherniguiv. Dans la capitale, c’est la moitié des immeubles qui n’avaient plus ni courant ni chauffage. Quand on sait que le thermomètre descend quotidiennement sous les -10°C, c’est une question de survie, littéralement.
Irina Beregova, une économiste de 48 ans, résume bien le sentiment général après une nuit sans sommeil : elle n’a « aucun espoir ». « On dirait qu’ils veulent simplement que l’Ukraine cesse d’exister. Mais nous sommes des êtres humains, nous voulons vivre », a-t-elle confié. Une phrase simple, terrible, qui résonne bien plus fort que les communiqués officiels.
L’échiquier politique : Trump, le Donbass et une Europe absente

Pour sortir de ce cauchemar, il faudra bien s’entendre sur quelque chose. Mais les négociations butent toujours sur le même roc : la question territoriale. Le Kremlin a été clair vendredi, avant même le début des discussions : Kyïv doit retirer ses troupes du Donbass. Moscou contrôle en grande partie ce bassin industriel et minier et ne semble pas prêt à lâcher prise. Sur le terrain, les Ukrainiens reculent depuis près de deux ans face à une armée russe plus nombreuse et mieux équipée. C’est un fait.
Et puis, il y a l’ombre de Donald Trump. Volodymyr Zelensky assure avoir obtenu de lui un accord sur des garanties de sécurité, lors d’une rencontre en marge du Forum de Davos jeudi dernier. Tout cela reste « à finaliser », bien sûr. La partie américaine a d’ailleurs soulevé cette question des conditions de sécurité à Abou Dhabi. Mais tout se joue loin de l’Europe. Les pays de l’UE brillent par leur absence et craignent que Washington ne pousse Kyïv vers un accord trop favorable à Poutine. La Russie, elle, ne se prive pas de critiquer l’ingérence européenne.
Zelensky n’a pas été tendre avec ses voisins à Davos. Il a décrit une Europe « fragmentée », « perdue » face à Trump, et manquant cruellement de « volonté politique » face à Vladimir Poutine. Une Europe spectatrice de son propre destin, peut-être ?
Selon la source : tvanouvelles.ca
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