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Ce « garde du corps » invisible qui rend le cancer du poumon invincible vient d’être démasqué
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une lueur d’espoir face à la résistance aux traitements

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C’est probablement la pire nouvelle qu’un patient puisse recevoir après un début de rémission : le traitement ne fonctionne plus. C’est brutal, injuste, mais c’est une réalité biologique que les oncologues connaissent trop bien, surtout avec le cancer du poumon, qui reste malheureusement la première cause de décès par cancer dans le monde. On a longtemps cru que c’était une fatalité, mais voilà qu’une équipe de scientifiques de l’Institut de biologie moléculaire et cellulaire de l’A*STAR (A*STAR IMCB) vient peut-être de changer la donne. Ils ont mis le doigt sur un mécanisme de survie inconnu jusqu’ici… et le plus beau, c’est qu’ils ont trouvé comment le désactiver.

Le cœur du problème, c’est une mutation génétique spécifique. De nombreux cas sont pilotés par des mutations du gène EGFR (récepteur du facteur de croissance épidermique), qui agit un peu comme un accélérateur bloqué, forçant les cellules à se diviser sans fin. C’est particulièrement frappant chez nous, enfin, je veux dire en Asie du Sud-Est, où ces mutations sont présentes dans 40 à 60 % des cas d’un type courant de cancer du poumon appelé adénocarcinome. Au début, les médicaments ciblés fonctionnent à merveille. Mais presque invariablement, les tumeurs finissent par s’adapter et les patients cessent de répondre. Pourquoi ? C’est là que réside tout le mystère que ces chercheurs ont tenté d’éclaircir dans leur étude publiée dans Science Advances.

L’enquête génétique : comment la tumeur protège ses soldats

credit : lanature.ca (image IA)

Pendant des années, les scientifiques se sont gratté la tête devant une énigme : pourquoi les protéines défectueuses produites par l’EGFR mutant sont-elles si stables ? Normalement, une protéine aberrante, le corps s’en débarrasse. Elle file au recyclage, direction la dégradation. Mais celles-ci ? Elles restent là, bien plus longtemps qu’elles ne le devraient. Pour comprendre ce tour de passe-passe, les chercheurs n’y sont pas allés de main morte : ils ont passé au crible plus de 21 000 gènes pour trouver le coupable.

Et ce qu’ils ont découvert ressemble à un film d’espionnage. Les cellules cancéreuses inondent leur environnement d’ATP (adénosine triphosphate), cette molécule qu’on connaît habituellement comme source d’énergie. Sauf qu’ici, cet excès d’ATP va activer un récepteur bien précis nommé P2Y2. Vous me suivez ? Ce P2Y2, une fois allumé, recrute une protéine partenaire, l’intégrine β1, pour former une sorte de barrière protectrice autour de l’EGFR mutant. C’est fascinant et terrifiant à la fois.

Cette barrière empêche littéralement la protéine défectueuse d’atteindre le « centre de recyclage » de la cellule où elle serait normalement détruite. Résultat : la protéine protégée reste active et continue de faire grossir le cancer. L’équipe ne s’est pas contentée de la théorie, ils ont vérifié ça sur le terrain. En examinant des échantillons de tissus provenant de 29 patients atteints d’un cancer du poumon, ils ont trouvé des niveaux élevés de P2Y2 et d’intégrine β1 dans les tumeurs, contrairement aux tissus sains adjacents. Le Dr Gandhi Boopathy, scientifique principal à l’A*STAR IMCB et co-auteur correspondant, a eu cette image très parlante : « Nous avons découvert que les cellules cancéreuses déploient des « gardes du corps » moléculaires pour empêcher la protéine mutante d’être dégradée ».

La bonne nouvelle dans tout ça ? Comme le souligne le Dr Boopathy, le récepteur P2Y2 se trouve à la surface de la cellule. C’est une cible beaucoup plus facile à atteindre pour les médicaments que si elle était cachée au fond de la cellule.

Du chou frisé à la thérapie de pointe : une solution naturelle ?

credit : lanature.ca (image IA)

C’est ici que l’histoire prend une tournure un peu inattendue, presque… culinaire. L’équipe a démontré qu’en supprimant ce système de protection, on pouvait stopper net le cancer. Lorsqu’ils ont mis K.O. le récepteur P2Y2 dans des cellules résistantes, la protéine EGFR mutante a presque totalement disparu. Mais ils sont allés plus loin en testant le kaempférol. Ça vous dit quelque chose ? C’est un composé naturel qu’on trouve dans des légumes tout bêtes comme le chou frisé (le fameux kale) ou le brocoli.

Les résultats en laboratoire sont assez bluffants. Sur des modèles de tumeurs pulmonaires humaines résistantes aux médicaments, un traitement quotidien au kaempférol a permis de réduire significativement les tumeurs sur une période de 24 jours. Et le plus important, c’est la précision du tir : le traitement n’a visé que les cellules porteuses de mutations EGFR, sans toucher aux tumeurs ayant un EGFR normal. C’est le Graal de l’oncologie : frapper le mal sans abîmer le sain.

Le Professeur Wanjin Hong, chercheur principal sénior à l’A*STAR IMCB et co-auteur correspondant, qui a dirigé cette étude, résume parfaitement la stratégie : « En ciblant le système P2Y2, nous n’attaquons pas seulement la mutation elle-même, mais l’échafaudage qui la maintient stable ». Il envisage déjà que cette approche puisse fonctionner en tandem avec les médicaments actuels pour prévenir la résistance.

Il faut saluer le travail d’équipe derrière cette percée. L’étude a été menée par le laboratoire du Professeur Hong, pionnier dans la recherche sur l’évasion des cellules cancéreuses, avec comme co-premier auteur Yafei Du, un étudiant en doctorat. C’est un véritable effort collaboratif impliquant des chercheurs de l’Université nationale de Singapour, du Centre national du cancer de Singapour, ainsi que des partenaires de l’Université médicale de Chine à Taïwan et du Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille en France. Une belle preuve que la science n’a pas de frontières quand il s’agit de sauver des vies.

Selon la source : medicalxpress.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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