Le violet est un mensonge : pourquoi votre cerveau invente cette couleur de toutes pièces
Auteur: Mathieu Gagnon
Une illusion d’optique dans votre tête

Vous aimez le violet ? C’est une jolie couleur, n’est-ce pas ? Eh bien, j’ai une mauvaise nouvelle pour vous : elle n’existe pas. Enfin, pas vraiment. On pourrait dire que c’est juste un « pigment » de votre imagination (vous l’avez ?). C’est assez perturbant quand on y pense, mais la science est formelle : l’œil humain ne voit pas réellement le violet, car ce n’est pas une couleur présente sur le spectre visuel. Si vous pensiez voir du violet dans l’arc-en-ciel, détrompez-vous.
Il n’y a pas de « P » dans l’acronyme mnémotechnique des couleurs de l’arc-en-ciel. Peut-être que vous découvrez ça aujourd’hui, à l’âge que vous avez, et ça fait un petit choc. Le violet tel que nous le concevons est en réalité une combinaison de longueurs d’onde provenant des extrémités opposées du spectre, ce qui, techniquement, n’a aucun sens physique. Mais notre cerveau, cette machine incroyable, a évolué pour trouver une solution créative : il courbe le spectre visuel pour en faire un cercle, joignant le bleu et le rouge au point de rencontre qu’est le violet.
La réalité physique : Des ondes, des cônes et des coups de soleil

Attendez une seconde. Vous allez me dire : « Et le violet spectral, alors ? ». C’est là que ça se corse. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le violet (la vraie couleur spectrale) n’est pas la même chose que le pourpre (le mélange que notre cerveau fabrique). Le violet, ainsi que toutes les autres couleurs d’un arc-en-ciel naturel, possède quelque chose que le pourpre n’a pas : sa propre longueur d’onde de lumière. C’est du concret. D’ailleurs, quiconque a déjà attrapé un coup de soleil sait que les longueurs d’onde violettes sont bien réelles ; le rayonnement ultraviolet (UV) du soleil en est la preuve brûlante, même si nous ne pouvons pas voir ces longueurs d’onde spécifiques.
Le rouge, l’orange, le jaune, le vert, le bleu et l’indigo sont tout aussi réels. Mais le pourpre ? C’est juste votre cerveau qui essaie de gérer la confusion. Pour comprendre cela, il faut plonger dans la mécanique de l’œil. Le spectre de lumière visible détectable par l’œil humain ne représente qu’une fraction infime des longueurs d’onde existantes, soit exactement 0,0035 %. C’est minuscule, non ? Ces couleurs nous sont accessibles grâce à des millions de cellules photoréceptrices appelées cônes, qui réagissent à la lumière frappant notre rétine. Nous ne voyons que les couleurs dont les longueurs d’onde ont la bonne taille pour nos cônes, soit entre 350 et 750 nanomètres. C’est précisément pour cela que nous ne voyons pas les UV (trop courts) ni les infrarouges (trop longs).
Ces fameux cônes se déclinent en trois parfums, si je puis dire : les cônes à ondes courtes (S), les cônes à ondes moyennes (M) et les cônes à ondes longues (L). La répartition est assez inégale : environ 60 % des cônes sont de type L (qui absorbent mieux les longueurs d’onde rougeâtres grâce à un pigment rougeâtre), 30 % sont des cônes M (pour le verdâtre) et seulement 10 % sont des cônes S (pour le bleuâtre). Bien sûr, ces trois types peuvent absorber de nombreuses longueurs d’onde proches de leur pic, bien que cette absorption faiblisse à mesure qu’on s’éloigne du pic, et ils se chevauchent pour nous permettre de voir des teintes comme les jaunes ou les sarcelles.
Le bricolage neurologique : Comment le cerveau invente le violet

Le plus fascinant, c’est que les cônes ne « voient » pas les couleurs eux-mêmes. Ils se contentent d’envoyer des signaux électriques basés sur les longueurs d’onde qu’ils absorbent, via le nerf optique, jusqu’à une partie du cerveau appelée le thalamus. Une fois ces signaux traités, ils filent vers le cortex visuel. C’est là que la magie opère : le cortex analyse combien de cônes ont été activés et la force du signal de chaque type. En comparant ces différences d’intensité, le cerveau détermine la couleur que vous regardez, nous permettant de distinguer jusqu’à un million de nuances. Prenons l’exemple d’une couleur intermédiaire comme le sarcelle (teal). La lumière sarcelle va « allumer » fortement la plupart de vos cônes S (bleu), mais aussi quelques cônes M (vert). S’il y a plus de bleu que de vert, vous percevez une nuance de bleu, et inversement.
Mais revenons à notre problème de violet. Le souci, c’est qu’il n’est théoriquement pas possible de créer une couleur à partir de longueurs d’onde situées aux extrémités opposées du spectre. Pensez-y : la détection d’onde la plus courte par vos cônes S (lumière violette) n’a absolument aucun chevauchement avec la détection d’onde la plus longue par vos cônes L (lumière rouge). Ce sont des opposés complets. Alors, quand vous voyez ces deux longueurs d’onde au même endroit, vos yeux et votre cerveau ne savent pas trop quoi faire. Ils doivent compenser. Le cerveau décide alors de courber le spectre linéaire pour en faire un cercle, forçant les deux extrêmes à se rencontrer au niveau du violet. C’est une illusion totale de physique et de neurosciences qui nous fait croire que nous voyons une couleur non spectrale.
Conclusion : Une majestueuse supercherie

Finalement, le violet est un magnifique mensonge. Malgré le fait qu’il s’agisse techniquement d’une invention de notre esprit — ou d’un pigment de notre imagination, pour le dire autrement —, le violet a acquis une réputation incroyablement riche au fil de l’histoire. C’est devenu la couleur de la royauté, de la noblesse, du pouvoir, du luxe, de la dévotion, du mystère et de la magie.
Quand on y réfléchit, cette dernière association est peut-être la plus appropriée de toutes. Car voir une couleur qui n’existe pas vraiment, c’est bien un tour de magie, non ?
Selon la source : popularmechanics.com
Créé par des humains, assisté par IA.