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Leucémie « incurable » : comment une modification génétique lettre par lettre a tout changé
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une lueur d’espoir pour les cas désespérés

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C’est probablement le cauchemar de tout parent. S’entendre dire que la leucémie de son enfant est revenue, encore une fois, et qu’il n’y a plus vraiment d’options. Pour les patients atteints de leucémie aiguë lymphoblastique T (LAL-T), cette réalité est brutale. C’est un cancer du sang agressif qui démarre dans les lymphocytes T, ces globules blancs censés nous protéger.

La plupart du temps, la chimio ou une greffe de cellules souches font le travail. Mais pour environ 20 % des enfants, la maladie résiste. Elle s’accroche. Et c’est là que les médecins se retrouvent souvent… démunis. Enfin, c’était le cas jusqu’à récemment.

Une nouvelle thérapie, baptisée BE-CAR7, est en train de changer la donne pour ces cas jugés « incurables ». Ce n’est pas de la science-fiction, c’est une approche développée par le professeur Waseem Qasim à l’University College London (UCL), en collaboration étroite avec le Great Ormond Street Hospital (GOSH). Ils ont décidé d’utiliser des cellules immunitaires de donneurs, entraînées spécifiquement pour traquer cette leucémie.

Le casse-tête des cellules T et la solution « chirurgicale »

credit : lanature.ca (image IA)

Pourquoi est-ce si compliqué ? Le problème avec la leucémie à cellules T, c’est un peu une histoire de fratricide. Le cancer naît des mêmes cellules (les lymphocytes T) que celles que les médecins utilisent habituellement pour fabriquer le traitement CAR-T. Résultat : les cellules tueuses de cancer et les cellules cancéreuses portent souvent les mêmes marqueurs de surface.

Si vous ciblez mal, vous risquez d’anéantir tout le système immunitaire du patient, ou pire, que le produit thérapeutique s’autodétruise en s’attaquant lui-même. C’est ce chevauchement entre cellules saines et malignes qui a ralenti les progrès pendant des années. Mais l’équipe du Pr Qasim a contourné le problème avec une élégance technique assez bluffante : le « base editing » (l’édition de bases).

Au lieu de couper l’ADN comme on le fait souvent avec les ciseaux moléculaires classiques, cette technique guidée par CRISPR utilise une réaction chimique contrôlée pour changer une lettre de l’ADN par une autre. Pas de coupure brutale, donc moins de risques de gros dégâts chromosomiques. C’est plus doux, plus précis.

Cette précision a permis aux chercheurs de modifier des cellules de donneurs sains (et non celles du patient malade, souvent trop faibles) pour en faire un produit universel, prêt à l’emploi. Voici ce qu’ils ont fait concrètement aux cellules :

  • Ils ont retiré le récepteur habituel des cellules T pour éviter qu’elles n’attaquent les tissus du patient.
  • Ils ont supprimé un marqueur appelé CD7 pour empêcher le « fratricide » (l’autodestruction du produit).
  • Ils ont ajouté un récepteur antigénique chimérique (CAR), un capteur qui se verrouille sur le CD7 des cellules leucémiques.
  • Ils ont aussi enlevé le CD52, une modification astucieuse pour permettre aux cellules de survivre aux médicaments utilisés pour supprimer l’immunité du patient avant l’injection.

Des résultats cliniques qui dépassent les attentes

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Passons aux chiffres, car c’est là que l’espoir devient tangible. L’essai de phase précoce a inclus neuf enfants et deux adultes souffrant de LAL-T en rechute ou réfractaire. Avant de recevoir les cellules BE-CAR7, ils ont tous subi une lymphodéplétion, un traitement court pour « faire de la place » aux nouvelles cellules.

Les résultats au 28ème jour étaient… franchement impressionnants. Jugez plutôt :

  • 100 % des participants ont atteint une rémission morphologique complète. Les médecins ne voyaient plus de cellules leucémiques au microscope dans la moelle osseuse.
  • Neuf patients sur onze, soit 82 %, ont atteint une rémission profonde.

Bien sûr, tout n’est pas rose. Deux patients avaient encore une maladie mesurable et ont dû être orientés vers des soins palliatifs. Mais pour les autres, le plan a fonctionné : les cellules BE-CAR7 ont nettoyé le terrain, permettant ensuite une greffe de cellules souches pour reconstruire l’immunité.

Sur le long terme – avec un suivi allant de trois mois à trois ans – sept des onze patients (64 %) sont toujours en rémission. Deux ont malheureusement rechuté après avoir perdu le marqueur CD7. C’est la dure réalité de la recherche sur le cancer : ce n’est jamais du 100 %, mais c’est un progrès énorme par rapport à « aucune option ».

Côté effets secondaires, il faut être honnête, ce n’est pas anodin. Les patients ont subi un syndrome de libération de cytokines (une tempête inflammatoire), des éruptions cutanées et une cytopénie multilignée (baisse simultanée de plusieurs types de cellules sanguines). Les infections opportunistes et les réactivations virales ont été une préoccupation majeure jusqu’à ce que le système immunitaire se rétablisse après la greffe.

Conclusion : L’histoire d’Alyssa et l’avenir

credit : lanature.ca (image IA)

Derrière ces statistiques, il y a des vies. Comme celle d’Alyssa Tapley. Elle n’avait que 13 ans lorsqu’elle a reçu ce traitement expérimental, après l’échec de toutes les thérapies standards. Aujourd’hui ? Sa leucémie est indétectable. Elle a repris l’école, retrouvé une routine, une vie d’ado presque normale. Son cas ne gomme pas les moments difficiles du traitement, mais il montre ce qui est possible.

Cette étude, publiée dans le prestigieux The New England Journal of Medicine, valide une approche : l’édition de bases permet de créer des traitements sophistiqués, « sur étagère », sans attendre que les propres cellules du patient soient prêtes. C’est une course contre la montre que la science est peut-être enfin en train de gagner.

Selon la source : earth.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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