Quand les mots restent coincés

Imaginez un instant… vous savez exactement ce que vous voulez dire. La phrase est là, claire, limpide dans votre esprit. Mais au moment de la prononcer, c’est le blocage. Rien ne sort, ou alors, juste des sons confus que vos proches peinent à décrypter. C’est la réalité brutale de nombreuses victimes d’AVC qui, bien que capables de bouger les lèvres, ont perdu la capacité de produire une parole fluide.
C’est face à ce silence pesant que des ingénieurs de l’Université de Cambridge ont imaginé une solution assez fascinante. Pas une grosse machine effrayante, non, mais un dispositif souple, baptisé Revoice. C’est une sorte de collier flexible qui écoute ce que l’oreille humaine ne peut pas entendre : les tentatives silencieuses et laborieuses de parler.
Le but ? Traduire ces mouvements invisibles en phrases fluides pour redonner une indépendance vitale au quotidien. Dr Luigi Occhipinti, dont le laboratoire se spécialise dans ces capteurs portables, explique bien le problème : « Les signaux entre leur cerveau et leur gorge ont été brouillés par l’AVC ». C’est de la dysarthrie, et c’est terriblement frustrant.
Une technologie qui écoute la gorge et le cœur

Alors, comment ça marche concrètement ? Ce n’est pas de la magie, c’est de l’ingénierie de précision. Revoice se porte comme un tour de cou, conçu pour être confortable et, détail pratique qui a son importance, lavable. Il utilise des capteurs de contrainte textiles — imaginez des bandes de tissu qui changent de résistance quand on les étire — pour rester doux contre la peau.
Le défi technique est immense. Car voyez-vous, le cou ne bouge pas que pour parler. On déglutit, on tourne la tête… tout cela crée du « bruit » pour les capteurs. Pour trier le bon grain de l’ivraie, le dispositif ne se contente pas de suivre les vibrations de la gorge. Il surveille aussi le pouls carotidien, cette onde de battement cardiaque dans l’artère du cou, pour ajouter du contexte physiologique.
Au lieu d’attendre un son qui ne vient pas, Revoice interprète la « parole silencieuse », ces mots mimés sans voix. Le logiciel découpe le signal en tranches temporelles rapides et prédit les morceaux de mots en temps réel. C’est une approche continue qui évite ces pauses forcées et robotiques entre les mots, un défaut classique des anciens systèmes. Bien sûr, un entraînement est nécessaire, car la fatigue ou la récupération modifient les signaux d’un jour à l’autre.
L’IA qui devine vos intentions (et la météo)

C’est là que ça devient un peu de la science-fiction. Le système ne se contente pas de traduire bêtement un mouvement par un mot. Souvent, les fragments captés sont trop courts pour avoir du sens. Alors, une intelligence artificielle entre en jeu. Un modèle analyse le rythme du pouls pour étiqueter l’émotion de base, et combine même cela avec… l’heure ou la météo pour guider la phrase !
Ces signaux alimentent un grand modèle de langage (LLM) qui transforme quelques mots mimés en une phrase complète. L’utilisateur valide l’expansion d’un simple signe de tête. Lors des premiers tests cliniques — qui restent modestes, soyons honnêtes, avec cinq patients et dix volontaires sains — les résultats ont été surprenants. Le taux d’erreur sur les mots était de 4,2 %, et seulement 2,9 % pour les phrases complètes.
Les participants ont rapporté une augmentation de 55 % de leur satisfaction. Pourquoi ? Parce que les outils actuels sont soit trop lents (l’eye-tracking ou l’épellation), soit trop invasifs (implants cérébraux nécessitant une chirurgie). Revoice offre un entre-deux pour ceux qui ont encore un certain contrôle de leur tête. Cependant, il faut admettre que les paralysies sévères excluraient probablement l’usage de ce collier.
Conclusion : Prometteur, mais pas encore en magasin

Il faut garder la tête froide. Les chiffres sont encourageants, certes, mais ils viennent d’un petit échantillon et d’un vocabulaire restreint. La vraie vie est désordonnée. Qu’en est-il quand on rit, qu’on tousse, ou qu’on change de posture ? Ces aléas peuvent fausser les capteurs, et des essais plus larges seront nécessaires pour tester cette robustesse.
Les chercheurs, qui ont publié leur étude dans la revue Nature, envisagent déjà des versions futures fonctionnant hors ligne et dans plusieurs langues, pour garantir la confidentialité des données. Pour l’instant, aux États-Unis comme ailleurs, où le handicap post-AVC est courant, la demande est forte. Revoice reste un outil prometteur, pas encore un achat immédiat. Mais en combinant capteurs souples et logiciels de langage, il prouve une chose essentielle : le silence des muscles peut redevenir une parole claire.
Selon la source : earth.com
Créé par des humains, assisté par IA.