Cancer du pancréas : on sait enfin comment il se rend invisible aux yeux de nos défenses
Auteur: Mathieu Gagnon
Une double menace enfin démasquée

Pourquoi le cancer du pancréas est-il si difficile à soigner ? C’est la question qui hante les oncologues. La réponse tient souvent en deux points : il grandit très vite et, bizarrement, il reste invisible pour notre système immunitaire. Jusqu’ici, on pensait que c’étaient deux problèmes distincts. Mais une nouvelle étude vient bousculer cette certitude.
Des chercheurs, dirigés par Martin Eilers et l’équipe KOODAC du Cancer Grand Challenges à l’Université de Würzburg, en collaboration avec le MIT, ont découvert que ces deux caractéristiques pourraient bien être liées. Le coupable ? Une protéine bien connue appelée MYC. Selon leurs travaux, cette protéine est capable de changer de métier quand la tumeur est sous stress. Elle passe de « accélérateur de croissance » à « expert en camouflage », réduisant au silence les signaux d’alarme internes qui devraient normalement alerter nos défenses.
Quand la protéine MYC change de casquette

Si vous parlez biologie du cancer, le nom de MYC revient tout le temps. Pourquoi ? Parce qu’elle pousse les cellules à se diviser. C’est le moteur. Comme l’explique Martin Eilers : « Dans de nombreux types de tumeurs, cette protéine est l’un des moteurs centraux de la division cellulaire et donc de la croissance incontrôlée des tumeurs. »
Mais cela n’expliquait pas tout. Une tumeur qui grandit vite est sous pression. Elle génère des déchets moléculaires anormaux, exactement le genre de débris qui devraient servir de drapeau rouge pour le système immunitaire. Pourtant, les tumeurs du pancréas passent entre les mailles du filet. Comment font-elles ?
L’équipe a découvert que MYC possède un « second mode ». En temps normal, elle se lie à l’ADN pour activer la croissance. Mais dans l’environnement stressant d’une tumeur en pleine expansion, MYC lâche l’ADN et commence à se lier à de nouvelles molécules d’ARN. Ce changement est radical. Les protéines MYC se regroupent alors en grappes denses, attirant avec elles une sorte d’équipe de nettoyage moléculaire : le complexe exosome.
C’est là que le tour de passe-passe opère. Ce complexe détruit les hybrides ARN-ADN, des sous-produits défectueux de l’activité génétique qui agissent normalement comme des signaux de détresse. En organisant la destruction rapide de ces preuves, MYC étouffe l’alarme avant qu’elle ne sonne. La tumeur ne se contente pas d’éviter d’être reconnue : elle efface activement les indices.
Retirer la cape d’invisibilité : des résultats spectaculaires

La théorie, c’est bien, mais qu’est-ce que cela donne en pratique ? Pour vérifier si ce mécanisme de liaison à l’ARN était vraiment la clé du camouflage, les chercheurs ont modifié la protéine MYC pour qu’elle ne puisse plus s’y accrocher, tout en la laissant faire son travail de croissance.
Les résultats sur les modèles animaux sont frappants. Martin Eilers détaille les chiffres : « Alors que les tumeurs pancréatiques avec une MYC normale ont vu leur taille multipliée par 24 en 28 jours, les tumeurs avec une protéine MYC défectueuse se sont effondrées durant la même période et ont rétréci de 94 %. »
Le détail crucial ? Cet effondrement ne s’est produit que si le système immunitaire des animaux était intact. En clair, les tumeurs n’ont pas disparu parce que leur moteur était cassé, mais parce que le système immunitaire a enfin pu « voir » ce qui était caché et attaquer.
Vers une nouvelle stratégie de traitement

Cette découverte, publiée dans la revue Cell, ouvre une voie thérapeutique plus fine. L’idée n’est pas d’éteindre complètement MYC — ce qui serait toxique pour les cellules saines — mais de cibler uniquement sa capacité à se lier à l’ARN.
« Au lieu d’éteindre complètement MYC, de futurs médicaments pourraient inhiber spécifiquement sa capacité à se lier à l’ARN, » note Eilers. Cela laisserait la fonction de croissance intacte, mais lèverait la « cape d’invisibilité » de la tumeur. C’est une approche élégante : plutôt que de frapper fort, on retire le bouclier de l’ennemi et on laisse nos propres défenses faire le travail.
Bien sûr, il reste des inconnues. C’est encore de la science de laboratoire et le passage au traitement réel prendra du temps. Le Dr David Scott, directeur du Cancer Grand Challenges, rappelle l’importance de ces travaux internationaux : « Des recherches comme celle-ci montrent comment la découverte des mécanismes utilisés par les tumeurs pour se cacher du système immunitaire peut ouvrir de nouvelles possibilités. » Cela concerne non seulement les cancers de l’adulte, mais aussi les cancers pédiatriques, qui sont au cœur des travaux de l’équipe KOODAC.
Le message est porteur d’espoir : le cancer du pancréas n’est peut-être pas invisible par nature. Il a simplement trouvé l’interrupteur pour éteindre la lumière. Et nous commençons à comprendre comment la rallumer.
Selon la source : earth.com
Créé par des humains, assisté par IA.