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Une hausse du niveau de l’eau pourrait transformer les tourbières cultivées du Nord en puits de CO₂
Crédit: Mikhail Mastepanov

Une bombe climatique sous nos pieds ?

credit : lanature.ca (image IA)

Imaginez une immense éponge naturelle. À l’état sauvage, les tourbières sont exactement ça : des sols gorgés d’eau, pauvres en oxygène, où les plantes mortes ne se décomposent presque pas. Elles s’accumulent pendant des milliers d’années, formant d’épaisses couches de tourbe. C’est l’un des plus grands réservoirs de carbone de la nature. Mais voilà le problème : quand on assèche ces terres pour l’agriculture, le niveau de l’eau baisse, l’air s’infiltre, et les micro-organismes se réveillent. Ils dévorent cette vieille matière végétale à toute vitesse, relâchant des années de carbone stocké sous forme de CO₂. Une véritable fuite de gaz à effet de serre.

On connaît bien ce phénomène dans le sud de l’Europe. Mais qu’en est-il tout là-haut, dans le Grand Nord ? Là où les étés sont frais et les nuits inexistantes ? C’est le grand flou. Jusqu’à maintenant, on avait très peu de données sur ces tourbières septentrionales drainées depuis le XVIIe siècle. Pourtant, comprendre leur comportement est crucial.

L’expérience de la vallée de Pasvik : trouver le juste milieu

Pour y voir plus clair, Junbin Zhao, chercheur au NIBIO, et son équipe ont mené une enquête de terrain massive. Pendant deux ans, en 2022 et 2023, ils ont installé leur camp de base à la station de Svanhovd, dans la vallée de Pasvik, au nord de la Norvège. Leur objectif ? Surveiller la respiration de la terre. Ils ont utilisé des chambres automatiques pour mesurer les émissions de gaz plusieurs fois par jour, sur cinq parcelles différentes. Tout y est passé : niveaux d’eau souterraine variés, doses d’engrais différentes, fréquences de récolte modifiées.

Pourquoi tant de précautions ? Parce que c’est un jeu d’équilibriste. Junbin Zhao nous l’explique simplement : « Si on remonte le niveau de l’eau, la tourbe se décompose moins vite, donc moins de CO₂. Mais attention, si c’est trop humide et sans oxygène, les microbes produisent du méthane. » Et ce n’est pas tout. Si le sol est juste humide mais pas inondé, la dégradation de l’azote s’arrête en chemin et produit du protoxyde d’azote, un autre gaz à effet de serre puissant.

Les résultats, publiés dans Global Change Biology, sont fascinants. Quand la tourbière est bien drainée, elle crache du CO₂. Mais si on maintient l’eau entre 25 et 50 cm sous la surface, les émissions chutent drastiquement. À ce niveau, le méthane et le protoxyde d’azote restent sages. Mieux encore : dans ces conditions, le champ absorbait même un peu plus de CO₂ qu’il n’en rejetait. Un puits de carbone en pleine zone agricole, c’est possible.

Pourquoi le froid et la lumière changent la donne

credit : lanature.ca (image IA)

C’est là que ça devient surprenant. Quand le sol est mouillé, les plantes sont moins actives et absorbent moins de CO₂. Alors, comment le bilan peut-il être positif ? La réponse tient à la lumière du Nord. L’humidité fait que le champ a besoin de moins de lumière pour commencer son travail d’absorption. « Comme ce seuil est atteint plus tôt dans la journée, on gagne des heures d’absorption nette », précise Zhao. Avec les longues nuits claires de l’été arctique, le système reste dans le vert beaucoup plus longtemps.

Mais attention au thermomètre ! La température est une clé essentielle. Les chercheurs ont découvert qu’au-dessus de 12°C dans le sol, l’activité microbienne s’emballe. CO₂ et méthane repartent à la hausse. Cela signifie que cette méthode de remontée des eaux est ultra-efficace dans les climats frais, mais que le réchauffement climatique pourrait en réduire les bénéfices à l’avenir.

Engrais, récoltes et solutions d’avenir

credit : lanature.ca (image IA)

Et l’agriculteur dans tout ça ? L’étude s’est aussi penchée sur la gestion quotidienne. Côté engrais, bonne nouvelle : en mettre plus fait pousser plus d’herbe sans provoquer de pic notable d’émissions. Par contre, la récolte est un moment critique. Couper l’herbe, c’est retirer du carbone du système. « Si on récolte trop souvent, on enlève plus de carbone que ce qui se reconstitue », avertit le chercheur. Même avec un niveau d’eau idéal, le sol peut s’appauvrir.

Alors, que faire ? Junbin Zhao suggère la « paludiculture ». En gros, cultiver des plantes qui aiment avoir les pieds dans l’eau. Cela permettrait de produire de la biomasse sans assécher les sols. Une chose est sûre, il n’y a pas de solution unique. Les chercheurs ont noté d’énormes variations d’émissions au sein d’un même champ. Ce qui marche ici ne marchera peut-être pas dix mètres plus loin. Pour une comptabilité climatique nationale juste, il va falloir des mesures précises et une gestion de l’eau sur-mesure, adaptée à chaque parcelle.

Selon la source : phys.org

Créé par des humains, assisté par IA.

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