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Et si votre procrastination d’adulte était en réalité programmée dès l’adolescence ?
Crédit: lanature.ca (image IA)

Plus qu’une mauvaise habitude : une affaire de connexions cérébrales

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On a tous déjà repoussé une corvée au lendemain. C’est humain. Mais quand remettre les choses à plus tard devient systématique, malgré les conséquences négatives, on parle de procrastination sévère. Pour beaucoup, c’est juste un trait de caractère un peu agaçant. Pourtant, ce comportement est souvent étroitement lié à des troubles neuropsychiatriques bien réels, comme le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et les troubles anxieux.

Et si la réponse se trouvait dans notre cerveau, bien avant l’âge adulte ? C’est la piste explorée par des chercheurs de l’Académie chinoise des sciences. Leur objectif : dénicher les racines biologiques et génétiques de ce phénomène pour mieux le repérer chez les personnes touchées. L’idée est simple mais ambitieuse : comprendre ces mécanismes permettrait de développer des stratégies de prévention ou des interventions précoces, avant que la procrastination n’aggrave d’autres problèmes de santé mentale sous-jacents.

Des jumeaux, des IRM et huit ans d’enquête

Pour mener à bien cette enquête, Yuanyuan Hu, Yancheng Tang et leurs collègues ont vu les choses en grand. Ils ont publié leurs résultats dans la revue Molecular Psychiatry (édition 2026, DOI: 10.1038/s41380-025-03423-0), et leur méthodologie est fascinante. Ils ont recruté 71 paires de jumeaux adolescents et leur ont fait passer des examens d’imagerie par résonance magnétique (IRM). Pourquoi des jumeaux ? C’est la méthode reine pour distinguer ce qui relève de l’inné (la génétique) de ce qui relève de l’acquis (l’environnement).

Huit ans plus tard, les chercheurs ont retrouvé ces mêmes participants pour évaluer leur niveau de procrastination. Le verdict est tombé : la tendance à différer les tâches possède une héritabilité modérée (h² = 0,47, avec un intervalle de confiance à 95 % entre 0,14 et 0,71). En clair, nos gènes jouent un rôle non négligeable.

Mais ce n’est pas tout. En comparant les scanners cérébraux des adolescents avec leur comportement huit ans plus tard, l’équipe a identifié une zone clé : le noyau accumbens (NAcc). Les adolescents présentant un développement atypique de cette région avaient beaucoup plus de risques de devenir des procrastinateurs sévères à l’âge adulte. Les auteurs soulignent d’ailleurs que ces déviations observées à l’adolescence partagent une base génétique très forte avec la procrastination psychopathologique adulte (rg = 0,89, intervalle de confiance : 0,89–1,00).

Dopamine, sérotonine et inflammation : la chimie du report

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Le noyau accumbens n’est pas une zone anodine : c’est une région sous-corticale essentielle pour la motivation, la recherche de plaisir et le système de récompense. Mais l’étude va encore plus loin que la simple anatomie. Hu, Tang et leur équipe ont découvert que chez les participants rapportant des niveaux élevés de procrastination à l’âge adulte, la chimie du cerveau était aussi différente.

Ils ont observé des différences notables dans les systèmes de signalisation des neurotransmetteurs. Vous avez sûrement déjà entendu parler de la dopamine et de la sérotonine ? Eh bien, les récepteurs responsables de leur libération (notamment DAT/D1 pour la dopamine et les récepteurs 5-HT pour la sérotonine) fonctionnent différemment chez ces personnes.

L’analyse ne s’arrête pas là. Les chercheurs ont constaté l’expression de gènes spécifiques liés au transport des molécules dans le cerveau, mais aussi — et c’est surprenant — à l’inflammation et à l’activation du système immunitaire. Comme l’expliquent les auteurs : « Au-delà des effets régionaux, des modèles de déviation globale du cerveau spécifiques à la procrastination psychopathologique ont été identifiés ». Ces signatures neurobiologiques confirment une dysrégulation au sein des voies sérotoninergiques et dopaminergiques.

Vers une reclassification médicale de la procrastination ?

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Alors, que faut-il retenir de tout cela ? Que la procrastination sévère, ou « psychopathologique » comme la nomment les chercheurs, est bien plus qu’un simple défaut de volonté. C’est un phénotype débilitant, souvent révélateur de conditions psychiatriques subcliniques.

Hu, Tang et leurs collègues estiment que leurs travaux recontextualisent ce phénomène : il ne s’agit plus d’un simple problème comportemental, mais d’une condition avec des antécédents neurodéveloppementaux. Ils suggèrent même de le conceptualiser potentiellement comme un « trouble cérébral subclinique ».

À l’avenir, ces découvertes pourraient permettre de créer de nouveaux outils pour estimer le risque qu’un individu souffre de procrastination à l’âge adulte. Cela pourrait inspirer les psychothérapeutes et les spécialistes de la santé mentale pour concevoir des interventions ciblées, aidant ainsi les adolescents prédisposés avant que le pli ne soit pris définitivement.

Selon la source : medicalxpress.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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