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Les preuves remettent en question les craintes concernant la santé mentale liées à TikTok et Fortnite
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une angoisse parentale face à l’épreuve des faits

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C’est le scénario classique dans nombre de foyers. Votre ado semble anxieux, morose, mal dans sa peau, et immédiatement, le regard se tourne vers l’écran qu’il tient en main. TikTok et Fortnite font figure de coupables idéaux. Après tout, les fils d’actualité et les salons de jeux vidéo sont sous nos yeux, visibles, palpables. Mais est-ce vraiment là que se niche la racine du mal ? Une nouvelle étude vient bousculer nos certitudes.

Le contexte est pourtant alarmant. Une enquête du National Health Service (NHS) menée en 2023 révélait que 22,6 % des jeunes de 11 à 16 ans présentaient un trouble mental probable. Face à ces chiffres, les familles, les enseignants et les conseillers cherchent des réponses rapides. Le temps d’écran devient alors une explication facile, une histoire simple à répéter. Pourtant, cette focalisation risque de masquer des causes plus profondes comme le manque de sommeil, le harcèlement, le stress lié à la pauvreté ou les lacunes dans l’accès aux soins de santé mentale.

C’est ici qu’intervient une équipe de l’Université de Manchester. Sous la direction du Dr Qiqi Cheng, spécialiste de la santé mentale et du bien-être des adolescents, des chercheurs ont décidé de tester cette peur populaire avec une rigueur que les sondages rapides ne peuvent égaler. Ils ont suivi les mêmes élèves, année après année, dans les salles de classe du Grand Manchester, en Angleterre.

Ce que 25 000 ados nous apprennent vraiment

Pour dépasser les simples suppositions, il fallait du lourd. L’équipe a analysé les données de 25 629 élèves âgés de 11 à 14 ans, sur une période totale de trois années scolaires. Contrairement aux études qui prennent une « photo » à un instant T, celle-ci a capturé des routines. Chaque automne, les élèves répondaient aux mêmes questions sur leur temps passé sur les réseaux sociaux, leur fréquence de jeu et leurs difficultés émotionnelles.

La méthode est astucieuse : plutôt que de comparer les enfants entre eux — ce qui est souvent biaisé car un enfant timide ou une famille stressée peut faire grimper à la fois l’usage des écrans et la tristesse sans que l’un cause l’autre —, les chercheurs ont traqué les changements à l’intérieur de chaque individu. Ils ont regardé si l’évolution des habitudes d’un ado prédisait son état futur.

Le verdict ? Sur cette fenêtre de trois ans, les changements dans le temps de jeu ou le défilement des réseaux sociaux n’ont pas prédit une augmentation des difficultés émotionnelles l’année suivante. Et ce constat vaut pour tous les genres, même chez ceux qui rapportaient un usage intensif comparé à leurs camarades. Le Dr Cheng est formelle : « Nous savons que les familles sont inquiètes, mais nos résultats ne soutiennent pas l’idée que le simple fait de passer du temps sur les réseaux sociaux ou à jouer mène à des problèmes de santé mentale – l’histoire est bien plus complexe que cela. »

Des nuances surprenantes selon le genre et l’usage

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Cela dit, tout n’est pas monolithique. En observant comment une activité en poussait une autre au fil des années scolaires, quelques liens ténus sont apparus. Par exemple, les filles qui jouaient davantage aux jeux vidéo à un moment donné avaient tendance à passer légèrement moins de temps sur les réseaux sociaux par la suite. À l’inverse, les garçons signalant plus de difficultés émotionnelles étaient plus susceptibles de réduire leur temps de jeu un an plus tard, un phénomène qui ressemble à un repli sur soi ou un retrait.

L’équipe a aussi creusé la différence entre l’usage actif (poster, chatter) et le défilement passif (le fameux « scrolling »), souvent jugé plus nocif. Les élèves ont estimé la part de chaque activité. Résultat ? Même en refaisant les tests avec ces catégories, les relations principales sont restées quasiment identiques. Cela rejoint un avis du Surgeon General des États-Unis, soulignant que le type de contenu, la nature des interactions et le sommeil perturbé pèsent bien plus lourd dans la balance que le simple décompte des minutes.

Il faut d’ailleurs rappeler une étude de 2019 : elle avait trouvé que l’utilisation de la technologie n’expliquait, au maximum, que 0,4 % de la variation du bien-être chez les adolescents. C’est infime. Cela affaiblit considérablement l’habitude de blâmer uniquement TikTok ou Fortnite.

Quand faut-il vraiment s’inquiéter ?

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Attention, cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun risque. L’inquiétude devient légitime quand le jeu cesse d’être un loisir pour empiéter sur le sommeil, les devoirs et les moments en personne avec les amis. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit d’ailleurs le « trouble du jeu vidéo » par une perte de contrôle, une priorité donnée au jeu malgré les conséquences négatives, et une détresse ou une altération du fonctionnement. Cette définition cible un problème bien plus étroit que le jeu typique, et l’étude de Manchester n’a pas isolé ces cas rares.

Pour les parents, le message est clair : surveillez la perte de contrôle et les conflits grandissants, qui sont de meilleurs signaux d’alarme que le nombre brut d’heures. Les moyennes statistiques, aussi rassurantes soient-elles, laissent de la place pour des dommages réels quand un ado fait face à du harcèlement, des contenus extrêmes ou des nuits blanches.

Cette étude, publiée dans le Journal of Public Health, nous invite à un chemin plus apaisé. Au lieu de focaliser sur des limites d’écran simplistes, les familles, les écoles et les décideurs devraient investir dans des routines de sommeil solides, des plateformes sûres et des soins accessibles. Car avant de soigner l’écran, il faut peut-être d’abord soigner le quotidien.

Selon la source : earth.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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