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Tensions aériennes : Quand Ottawa joue la carte de la diplomatie discrète face aux coups de sang de Trump
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un jeudi soir agité et une réponse immédiate

The Honourable Mélanie Joly at
credit : Gabriel Hutchinson, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

On commence à connaître la chanson, n’est-ce pas ? Un jeudi soir tranquille qui bascule soudainement sur les réseaux sociaux. C’est exactement ce qui s’est passé lorsque Donald Trump, fidèle à son habitude, s’est emparé de son clavier sur Truth Social pour lancer une nouvelle menace qui a de quoi donner des sueurs froides. Cette fois, c’est l’aviation canadienne qui est dans le viseur. Le président américain a annoncé, sans détour, sa décision de retirer les certifications de tous les avions canadiens volant aux États-Unis. Rien que ça. La condition pour lever cette sanction ? Que Transports Canada certifie quatre modèles de jets d’affaires du constructeur américain Gulfstream. Sinon ? Eh bien, il ajoute une menace tarifaire de 50 % sur tous les avions construits au Canada et vendus chez nos voisins du sud si la situation n’est pas « immédiatement corrigée ».

Face à ce genre de déclaration, on pourrait s’attendre à une panique générale, ou du moins à une riposte enflammée. Mais du côté d’Ottawa, on semble vouloir jouer l’apaisement. La ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, Mélanie Joly, était sur le pont dès l’annonce. Lors d’entrevues accordées vendredi aux émissions Tout un matin et Midi Info sur ICI Première, elle a raconté comment son équipe s’est mobilisée. « Quand on a vu le tweet [jeudi], mon boulot, c’était de rassurer les gens qui étaient affectés par la déclaration du président Trump », a-t-elle confié. Elle n’a pas chômé, visiblement. Elle a eu plusieurs conversations téléphoniques, notamment avec Éric Martel, le PDG de Bombardier. Le contact a aussi été établi avec Pratt & Whitney et une entreprise en Alberta, De Havilland, qui pèse lourd dans le secteur puisqu’elle a racheté beaucoup d’actifs de Bombardier par le passé.

Dans les coulisses du pouvoir : la stratégie de la « porte close »

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credit : The Trump White House, Wikimedia Commons (Public domain)

C’est bien beau de rassurer, mais il faut agir, non ? La ministre Joly a été claire : on ne lave pas son linge sale en public, surtout pas avec l’administration Trump. Le gouvernement fédéral préfère jouer ses cartes diplomatiques là où ça compte vraiment : derrière des portes closes à Washington. Loin des réseaux sociaux et des échanges acrimonieux, on s’active. La ministre explique que son gouvernement travaille « très fort » en coulisses pour gérer ces offensives. Dès l’annonce concernant les avions, le ministre des Transports, Steven MacKinnon, et les équipes de Transports Canada sont entrés en contact direct avec l’administration fédérale de l’aviation américaine, la fameuse FAA. De son côté, l’ambassade canadienne à Washington a aussitôt toqué à la porte de la Maison-Blanche.

« Vous savez, il y a beaucoup de gens qui travaillent au niveau diplomatique derrière les portes closes, et c’est comme ça qu’il faut opérer », a souligné Mme Joly. Elle rappelle d’ailleurs — et c’est un point important pour garder son calme — qu’il y a à peine deux semaines, le président Trump menaçait le Canada de tarifs de 100 %. Et finalement ? Rien n’a été mis en place. C’est peut-être ça, la clé : la résilience. « Le président, on le prend toujours au sérieux », assure-t-elle, mais elle admet qu’ils ont développé une certaine carapace face à cette imprévisibilité qui va, selon elle, continuer. « Quand il écrit quelque chose, quand il dit quelque chose, on le lit, on l’écoute et on agit. »

L’idée, c’est de gérer le chaos, les « soubresauts d’humeur », comme elle dit. Elle affirme qu’ils savent maintenant qu’une solution est toujours possible après le chamboulement. Et Ottawa regarde aussi vers l’avenir, vers 2026, avec une volonté de proactivité : stratégie automobile face aux tarifs, investissements en défense pour créer des emplois… Bref, « on est un gouvernement en contrôle », a-t-elle martelé. Steven MacKinnon, lui, a confirmé sur la plateforme X être en contact étroit avec les directions de Bombardier et de General Dynamics (dont Gulfstream est une filiale), rassurant tout le monde sur le fait que l’industrie canadienne est sûre, fiable et soutenue.

Secousses boursières et défense de l’industrie

Mais bon, la politique, c’est une chose ; la réalité économique en est une autre. Et sur les marchés, les effets se sont fait sentir quasi instantanément. Il faut dire que l’argent n’aime pas l’incertitude, c’est bien connu. Chez Bombardier, dont les avions Global Express sont directement visés par les menaces, ça a secoué. Le titre de catégorie B de l’entreprise a piqué du nez, chutant de 9 % dès l’ouverture des marchés. En fin de matinée, l’action perdait 20,09 $, soit 8,1 %, tombant à 227,44 $. Elle a fini la journée un peu mieux, à 232,61 $, mais la frayeur était bien là.

Bombardier n’a pas tardé à réagir, et avec raison. L’entreprise a tenu à rappeler quelques vérités : c’est une compagnie internationale qui emploie plus de 3000 personnes aux États-Unis, réparties sur neuf sites importants. Elle fait vivre 2800 fournisseurs américains. « Nos avions, nos installations et nos techniciens sont entièrement certifiés selon les normes de la FAA et sont reconnus dans le monde entier », a précisé le constructeur, ajoutant qu’ils investissent activement là-bas, comme avec leur récente annonce à Fort Wayne, dans l’Indiana. Le syndicat principal, affilié à la FTQ (maintenant connu sous l’acronyme IAM), a aussi vigoureusement dénoncé les propos du président, craignant de « graves perturbations » et la mise en péril de milliers d’emplois des deux côtés de la frontière.

En marge d’un discours au Conseil des relations internationales de Montréal, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a elle aussi défendu le processus de certification canadien. Elle a rappelé l’importance des employés de Bombardier aux États-Unis et a promis de continuer les contacts avec les autorités américaines pour appuyer l’industrie aérospatiale.

Réactions politiques : de la solidarité aux critiques

Évidemment, une telle annonce a fait réagir toute la classe politique, de Québec à Ottawa. Le premier ministre François Legault a rapidement déclaré suivre la situation de près. Il s’est montré ferme : « Face aux récentes menaces du président américain, nous continuerons de défendre fermement notre industrie aérospatiale, les milliers de travailleurs qui la font vivre ainsi que nos entreprises québécoises stratégiques, comme Bombardier ». C’est le genre de consensus qu’on aime voir dans ces moments-là.

Même son de cloche du côté du Bloc québécois. Son chef, Yves-François Blanchet, a dénoncé la menace, rappelant que les avions de Bombardier sont « pleinement conformes » et essentiels aux opérations aériennes américaines. Pour lui, cette menace repose sur de « fausses bases » et compromet la stabilité économique et la sécurité du transport aérien.

Par contre, petite dissonance du côté du Parti québécois. Le chef Paul St-Pierre Plamondon, tout en déplorant la situation, se montre plus critique envers Ottawa. Il voit dans cette attaque de Trump un « geste de représailles ». Pourquoi ? Selon lui, c’est parce que le gouvernement de Mark Carney (qu’il cite comme premier ministre, peut-être un lapsus ou une ironie sur son influence ?) est allé « fanfaronner en Chine », ce qui aurait irrité l’administration Trump. « C’est désolant », dit-il, que ce geste canadien ait aujourd’hui « des conséquences sur les Québécois ». Il appelle à calmer le jeu, estimant que nous n’avons aucun intérêt à une escalade.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Créé par des humains, assisté par IA.

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