Face à l’imprévisibilité américaine : le dernier conseil de Kirsten Hillman pour le Canada
Auteur: Adam David
Un appel à l’assurance nationale
C’est un message fort, presque personnel, que lance Kirsten Hillman à l’aube de son départ. L’ambassadrice du Canada aux États-Unis, qui s’apprête à faire ses valises le 15 février prochain, nous laisse avec une recommandation cruciale : le Canada doit « se faire confiance ». C’est lors d’une entrevue accordée à l’émission Les coulisses du pouvoir que la diplomate a insisté sur ce point, rappelant avec justesse que nous ne sommes pas de simples spectateurs face au géant américain. « Nous avons une position dans cette relation qui est importante », a-t-elle affirmé, une phrase qui résonne comme un rappel à l’ordre bienveillant pour un pays qui doute parfois de son poids.
Cela dit, il ne faut pas se voiler la face. Après avoir passé plus de huit ans dans les corridors du pouvoir à Washington, Mme Hillman ne cache pas que l’atmosphère a changé. Elle constate, non sans une pointe de réalisme, que certains piliers de la relation canado-américaine, jadis gravés dans le marbre, sont aujourd’hui ébranlés. Ce sont des aspects « qui ont toujours été acceptés » qui se retrouvent soudainement « remis un peu en question ».
Elle évoque notamment cette vieille certitude du « gagnant-gagnant », ou win-win, qui semble s’effriter. « On ne remettait pas en question que c’était bien d’avoir des chaînes d’approvisionnement entre nos deux pays […], que c’était important d’avoir des relations dans les secteurs stratégiques qui se renforçaient les uns les autres », explique-t-elle. C’est cette évidence, cette logique de partenariat mutuel, qui est désormais scrutée à la loupe, obligeant le Canada à redoubler de vigilance.
Une relation qui dépasse la politique

Mais attention, il ne faudrait pas réduire cette relation complexe aux seules humeurs des dirigeants politiques. Kirsten Hillman tient à remettre les pendules à l’heure : c’est une connexion bien plus vaste. « Il n’y a presque pas un seul aspect de la vie au Canada qui n’est pas touché par notre relation avec les Américains », souligne-t-elle. Et elle a raison, n’est-ce pas ? C’est une réalité géographique inévitable, une réalité stratégique qui, quoi qu’il arrive, « ne va pas vraiment changer ».
La diplomate insiste sur le fait que ce lien dépasse largement « la relation entre une ou deux personnes […] aux niveaux les plus hauts de la politique ». C’est le quotidien de millions de gens. « Il y a quand même des millions et des millions de Canadiens et d’Américains qui font affaire les uns avec les autres tous les jours », rappelle-t-elle. Que l’on parle de commerce pur, de notre relation énergétique vitale ou même de sécurité, l’interdépendance est totale.
D’ailleurs, signe que l’intérêt pour le Canada reste vif chez nos voisins, Mme Hillman note une affluence record de décideurs américains. « Nous avons eu plus de visites des personnes séniors, c’est-à-dire des gouverneurs, des sénateurs, des chefs d’entreprise au Canada dans les derniers six à huit mois que j’ai vu [le reste] de mon temps ici », confie-t-elle. C’est un indicateur rassurant : malgré les turbulences, il y a « beaucoup d’intérêts » à préserver cette amitié.
L’ACEUM et l’ombre de Donald Trump

Le calendrier du départ de Mme Hillman n’est pas anodin. Il survient alors qu’une échéance majeure se profile : la révision de l’accord commercial Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui doit débuter cette année. Pourquoi partir maintenant ? Pour l’ambassadrice, c’est une question de stratégie et de continuité. « C’est un bon moment de partir, avant que ça ne commence, pour qu’une autre équipe soit là du début à la fin », assure-t-elle avec pragmatisme.
On imagine bien la complexité de telles discussions. Comme elle le dit si bien, « dans une négociation, il y a des choses qui se passent et qui se bâtissent une sur l’autre ». Changer de capitaine en pleine tempête, ou « au milieu d’une négociation », ce n’est tout simplement « pas idéal ». Elle préfère donc laisser la place pour garantir une ligne directrice claire.
Il faut se souvenir du contexte. L’ACEUM a été négocié durant le premier mandat de Donald Trump pour remplacer l’ALENA. À l’époque, lors de la signature, l’ex-président promettait monts et merveilles, parlant d’un « avenir glorieux » pour l’industrie américaine. Les temps changent, les discours aussi… Désormais, le président américain n’hésite pas à qualifier cette même entente d’« inutile ». C’est dire l’instabilité ambiante.
Kirsten Hillman, elle, a navigué dans ces eaux troubles depuis longtemps. En poste à l’ambassade dès 2017, nommée par intérim en 2019 puis officiellement en 2020, elle connaît la musique. Elle avait déjà joué un rôle clé lors des négociations de l’ACEUM en novembre 2018. Plus récemment, début 2025, elle assumait encore le rôle de négociatrice en chef pour conclure un nouvel accord de sécurité et commercial. « Ce n’est jamais un moment parfait. Mais j’avais toujours l’intention de partir cette année », confie-t-elle, sereine.
Conclusion : Passage de flambeau
C’est donc une page importante de la diplomatie canadienne qui se tourne. Pour succéder à cette figure expérimentée, c’est l’homme d’affaires Mark Wiseman qui a été choisi. On peut imaginer que la transition sera soigneuse. Mme Hillman a d’ailleurs confirmé qu’elle ne partait pas en laissant les clés sous la porte sans explication.
Elle s’est engagée à aider le nouvel ambassadeur à se familiariser avec ses lourdes fonctions. De plus, elle restera disponible pour l’équipe de négociation canadienne au cours des prochains mois, assurant ainsi que son expertise ne s’évapore pas du jour au lendemain. Une sortie élégante pour celle qui aura tenu le fort durant une période particulièrement mouvementée.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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