Terry Pratchett : ses livres trahissaient-ils sa maladie 10 ans avant le diagnostic ?
Auteur: Mathieu Gagnon
Un indice caché au cœur du Disque-monde

Imaginez un instant que les mots que nous choisissons puissent prédire notre avenir médical. C’est exactement ce que suggère une nouvelle recherche fascinante centrée sur l’œuvre de Sir Terry Pratchett. Des chercheurs se sont plongés dans 33 livres de sa célèbre série du Disque-monde (Discworld). Leur objectif ? Analyser ce qu’on appelle la « diversité lexicale ».
En gros, ils ont mesuré à quel point le vocabulaire de l’auteur était varié, en se concentrant spécifiquement sur son utilisation des noms et des adjectifs. Et ce qu’ils ont découvert est troublant : les signes de sa démence auraient pu être présents dans son écriture une bonne décennie avant que les médecins ne posent un diagnostic officiel.
« Le Dernier Continent » : le point de bascule ?
L’étude a mis le doigt sur un moment précis. C’est dans le roman Le Dernier Continent (The Lost Continent) que tout semble changer. Ce livre, écrit près de dix ans avant que l’on ne diagnostique à l’auteur une atrophie corticale postérieure (ACP) — une forme rare de la maladie d’Alzheimer —, montre un déclin significatif de la complexité du langage par rapport à ses ouvrages précédents.
Pourquoi est-ce important ? Parce qu’aujourd’hui, il n’existe aucun remède contre la démence. L’équipe de recherche espère donc que cette découverte pourra aider à détecter la maladie bien plus tôt. Ces travaux, qui ouvrent de nouvelles perspectives, ont d’ailleurs été publiés dans la revue scientifique Brain Sciences.
Quand le langage flanche avant la mémoire

On pense souvent que la démence commence par des oublis, des clés perdues ou des noms qui échappent. Pas forcément. Le Dr Thom Wilcockson, de l’école des sciences du sport, de l’exercice et de la santé de l’université de Loughborough, nous explique pourquoi cette piste linguistique est cruciale : « Identifier la démence aux premiers stades est important, car cela pourrait nous permettre d’intervenir plus tôt, avant que le cerveau ne soit endommagé de manière irréparable. »
Selon lui, les problèmes de mémoire ne sont pas toujours le premier symptôme. « Nous voulions voir si le langage pouvait être un signal d’alarme précoce », précise-t-il. En utilisant les livres de Sir Terry Pratchett, qui a lui-même souffert de cette maladie, l’analyse a confirmé que son usage de la langue a bel et bien évolué au cours de sa carrière. Ces résultats suggèrent que le langage pourrait être l’un des tout premiers signes, offrant une nouvelle approche potentielle pour le diagnostic précoce.
Un changement invisible pour le lecteur

Rassurez-vous, si vous avez lu ces livres, il est tout à fait normal que vous n’ayez rien vu. Le Dr Melody Pattison, maître de conférences à l’école d’anglais, de communication et de philosophie de l’université de Cardiff, apporte une nuance intéressante. Elle explique qu’on s’attend normalement à une moindre diversité lexicale à mesure que les textes s’allongent. Mais ici, même en prenant en compte la longueur du texte, les résultats restent significatifs.
« Les changements dans le langage n’étaient pas quelque chose qu’un lecteur remarquerait nécessairement », ajoute-t-elle. Il s’agissait plutôt d’un « changement subtil et progressif ». Sir Terry Pratchett, décédé tristement en 2015 à l’âge de 66 ans, parlait d’ailleurs très franchement de sa maladie. Il a toujours été très vocal sur la nécessité d’en faire plus pour sensibiliser le public. Ironie du sort, c’est aujourd’hui son œuvre qui continue ce combat.
Selon la source : phys.org
Créé par des humains, assisté par IA.