Un autre virus de chauve-souris infecte des humains — et il est passé inaperçu
Auteur: Mathieu Gagnon
Une maladie qui avance masquée

Imaginez la scène : des médecins au Bangladesh reçoivent des patients en détresse. Les symptômes sont clairs et terriblement familiers. Fièvre, difficultés respiratoires, vomissements, fatigue intense et troubles neurologiques. Pour n’importe quel spécialiste de la région, le diagnostic semble évident : c’est le virus Nipah, une maladie bien connue transmise par les chauves-souris. Sauf que les tests de laboratoire reviennent négatifs. Pas de Nipah. Alors, de quoi s’agit-il ?
C’est en creusant ce mystère que des scientifiques ont fait une découverte inquiétante. En analysant des écouvillons de gorge conservés provenant de cinq patients, ils ont identifié un autre coupable qui se cachait à la vue de tous : le Pteropine orthoreovirus, ou PRV. Des analyses génétiques poussées ont révélé la présence du matériel génétique de ce virus dans les échantillons, et les chercheurs ont même réussi à cultiver du virus vivant, confirmant une infection active.
Le point commun entre ces cinq malades ? Ils avaient tous consommé de la sève de palmier dattier crue peu avant de tomber malades. C’est une tradition locale, mais elle comporte un risque majeur : les chauves-souris frugivores adorent aussi cette sève. Elles visitent les pots de collecte, y laissant parfois de la salive ou des déjections. Pour le virus, c’est une autoroute directe vers l’organisme humain.
Quand le virus brouille les pistes

Pourquoi les chauves-souris sont-elles de tels réservoirs à virus ? En fait, elles hébergent naturellement de nombreux pathogènes — la rage, le Nipah, le Hendra, Marburg ou encore les virus liés au SRAS — sans jamais tomber malades. Le PRV, lui, appartient à la famille des Orthoreovirus. Pour la petite histoire, les scientifiques avaient identifié un cousin proche, le virus Nelson Bay, en Australie dès la fin des années 1960.
Ce qui rend le PRV particulièrement sournois, c’est sa structure génétique. Son matériel est divisé en dix morceaux distincts. Concrètement, cela permet aux souches de se mélanger lorsqu’elles infectent un même hôte, un processus appelé « réassortiment ». Cela peut changer la façon dont le virus se propage ou la gravité de la maladie. Et comme les chauves-souris parcourent de longues distances en volant, elles favorisent ce brassage génétique entre régions.
Les conséquences pour les patients bangladais ont été lourdes. Les dossiers hospitaliers révèlent que les cinq patients ont souffert d’affections graves. Quatre ont été diagnostiqués avec une encéphalite, une inflammation du cerveau. Un enfant a même subi des convulsions liées à la fièvre. Confusion, difficulté à respirer, marche anormale, baisse de la vigilance : le tableau clinique était sombre. Si certains ont fini par guérir, d’autres ont gardé des séquelles comme une faiblesse persistante ou des problèmes respiratoires. Un patient est malheureusement décédé suite à l’aggravation de sa maladie neurologique.
C’est un signal d’alarme, car les infections au PRV signalées auparavant en Malaisie ou en Indonésie provoquaient généralement des maladies respiratoires plus légères. La sévérité observée au Bangladesh suggère que des infections passent probablement inaperçues dans les communautés.
Une technologie de pointe pour lever le doute

Comment a-t-on fini par démasquer ce virus ? La découverte a reposé sur le « séquençage par capture virale », une méthode développée au Centre pour l’Infection et l’Immunité de l’Université Columbia. C’est une technologie redoutable : elle scanne les échantillons pour y chercher le matériel génétique de tous les virus vertébrés connus en un seul test. Sa sensibilité égale celle des tests PCR classiques, mais elle cherche des milliers de types de virus à la fois. Résultat : aucune autre cause bactérienne ou virale n’a été trouvée, renforçant le lien unique entre le PRV et la maladie.
Le Dr Nischay Mishra, professeur associé d’épidémiologie à Columbia, résume bien l’enjeu : « Nos résultats montrent que le risque de maladie associé à la consommation de sève de palmier dattier crue s’étend au-delà du virus Nipah ». Pour lui, cela souligne l’urgence de programmes de surveillance à large spectre.
Sur le terrain, le lien avec les animaux se confirme. Des recherches supplémentaires, soutenues par le département américain de l’Agriculture, ont trouvé des souches de PRV très proches chez les chauves-souris vivant près du bassin de la rivière Padma, là où vivaient les patients. « Cette recherche fournit des preuves critiques reliant les réservoirs de chauves-souris à l’infection humaine », explique Ariful Islam, épidémiologiste à l’Université Charles Sturt en Australie.
Au final, cette étude publiée dans la revue Emerging Infectious Diseases nous rappelle une leçon essentielle : des symptômes familiers peuvent cacher de nouvelles menaces. Comme le souligne le Dr Tahmina Shirin, directrice de l’Institut d’épidémiologie du Bangladesh : « Un nouvel ajout de débordement zoonotique provoque des complications respiratoires et neurologiques suite à la consommation de sève de palmier dattier crue, aux côtés de l’infection par le virus Nipah ».
Selon la source : earth.com
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