Le contraste saisissant des destins politiques

C’est drôle, parfois, de voir à quel point l’ambiance peut changer en quelques heures, vous ne trouvez pas ? Le contraste, récemment, n’aurait pas pu être plus éloquent, presque brutal. D’un côté, nous avons un François Legault au crépuscule de son mandat, visiblement critiqué, peut-être même un peu mal-aimé par une partie de la population. Il est là, assis stoïque face à une opposition déchaînée qui ne se gêne pas pour lui lancer au visage le cumul de ses échecs. Une scène un peu triste, inévitable en politique, je suppose.
Et puis, changement de décor. Quelques heures plus tard, à Ottawa, c’est un tout autre spectacle. Stephen Harper, l’ancien premier ministre, baignait littéralement dans les éloges. Et attention, pas n’importe quels éloges : ceux que seul le temps semble pouvoir acheter. On a vu son sens du devoir et sa rigueur être célébrés par nul autre que Mark Carney, le prodige libéral du moment. C’est fou, non ? Comment le temps arrange les choses, comment il polit les souvenirs. Cette rédemption de Stephen Harper, qui s’opère même ici au Québec, devrait peut-être apporter un peu de réconfort à François Legault, alors que, disons-le franchement, son propre parti semble compter les jours avant son départ.
De la disgrâce aux scandales : un air de déjà-vu
Quand on y regarde de plus près, les reproches adressés aujourd’hui à la CAQ résonnent étrangement avec le passé conservateur. On tape sur les doigts de François Legault pour la décote du Québec ? Je m’en souviens encore, il fut un temps pas si lointain où l’on reprochait à Stephen Harper d’avoir creusé le plus gros déficit de l’histoire. Les cycles se répètent, inlassablement. On s’indigne aussi, et avec raison peut-être, que le chef de la CAQ ait transformé ses députés d’arrière-ban en simples « plantes vertes ». Mais rappelez-vous… l’indignation était tout aussi vive autour de la discipline de fer imposée aux ministres et députés conservateurs à l’époque. Leurs entrevues étaient scriptées au quart de tour, millimétrées, et ça, c’était dans les rares occasions où ils acceptaient de parler !
Et que dire des scandales administratifs ? La CAQ paie cher, très cher, le fiasco de la SAAQclic. C’est légitime. Mais voulez-vous qu’on parle du système de paie Phénix ? Ou encore du fameux rapport du vérificateur général sur les dépenses des sénateurs ? C’était du lourd, ça aussi. Au moins, il faut accorder ceci à François Legault : il n’a pas eu, lui, à congédier son propre chef de cabinet pour avoir signé un chèque mal avisé à un sénateur accusé d’avoir graissé ses allocations de dépenses. Comme quoi, il y a toujours pire ailleurs, ou du moins, des précédents tout aussi embarrassants.
La rédemption par le rétroviseur

C’est là que la magie du temps opère. Ce premier ministre conservateur, si mal aimé à la fin de son règne qu’il a permis à Justin Trudeau de récolter une majorité spectaculaire en 2015, est aujourd’hui perçu par beaucoup comme un vieux sage. C’est fascinant. Même ses détracteurs d’hier, ceux qui ne lui passaient rien, reconnaissent aujourd’hui ses bons coups. Le temps a fait son œuvre, effaçant les aspérités pour ne laisser que la structure.
Prenons quelques exemples concrets, c’est frappant. On se moquait ouvertement de son enthousiasme pour la guerre de 1812, vous vous souvenez ? Cela semblait désuet. Pourtant, avec les menaces d’annexion récentes proférées par Donald Trump, cette victoire canadienne contre une tentative d’invasion américaine prend soudainement un tout autre sens, une gravité nouvelle. De même, on traitait comme une lubie son obsession pour la souveraineté en Arctique. Aujourd’hui ? On s’en veut presque que son successeur n’en ait pas fait une priorité aussi marquée. Et au Québec, si les « coupes en culture » avaient coupé les ailes des conservateurs à l’époque, on admire désormais avec une pointe de nostalgie la qualité de son français et sa reconnaissance formelle de la nation québécoise.
Conclusion : Question de perspective et d’héritage

Tout est, finalement, une question de perspective. Avec les années, les controverses les plus douloureuses finissent par s’estomper, remplacées inévitablement par celles du nouveau régime en place. Les réformes qu’on décriait autrefois révèlent parfois leur pertinence avec le recul. Surtout, soyons honnêtes, les défauts du gouvernement actuel ont ce don de faire apparaître rétrospectivement les qualités des prédécesseurs. Dans le cas de Stephen Harper, il n’est plus jugé à la lumière du « vent de fraîcheur » qu’offrait Justin Trudeau en 2015, mais plutôt à l’aune de ses accomplissements concrets et de ses échecs réels.
Alors, posons-nous la question : dans 15 ans, comment jugerons-nous les grands chantiers actuels ? Que penserons-nous de la création de Santé Québec ? Du combat acharné de François Legault pour mettre la province sur la voie d’une immigration soutenable ? Ou de son obsession constante avec l’idée de réduire l’écart de richesse avec l’Ontario ? L’histoire le dira. En attendant, on lui souhaite surtout de suivre l’exemple de Stephen Harper pour la suite : s’exprimer rarement, peut-être, mais le faire avec pertinence et autorité.
Selon la source : journaldemontreal.com
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