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Ce détail génétique qui permet à certains serpents de ne pas manger pendant un an
Crédit: lanature.ca (image IA)

L’énigme du festin et de la famine

credit : lanature.ca (image IA)

Dans le règne animal, les serpents se distinguent par un comportement alimentaire qui semble défier les lois de la physique. Ils sont capables d’ingérer des proies immenses, mais passent ensuite des mois, voire une année entière, sans avaler la moindre bouchée. Cette alternance entre des festins démesurés et des périodes de jeûne d’une durée vertigineuse intrigue depuis longtemps la communauté scientifique. Comment un organisme peut-il survivre à de telles privations énergétiques ?

Une étude récente semble avoir percé ce mystère. Todd Castoe, génomicien à l’Université du Texas à Arlington, qui n’a pas participé aux travaux mais les a commentés pour le magazine Science, admet que la réponse était sous les yeux des chercheurs depuis le début. Il salue le travail de l’équipe qui a su creuser le sujet pour mettre en lumière un mécanisme biologique fondamental.

La disparition de l’hormone de la faim

La clé de cette endurance réside dans la ghréline. Principalement produite dans l’estomac, cette substance est connue comme « l’hormone de la faim » car elle signale au cerveau qu’il est temps de se nourrir. Chez l’être humain, la ghréline a longtemps suscité l’espoir de traiter des pathologies comme le diabète, l’anorexie ou l’obésité. Cependant, ces pistes n’ont pas abouti : le blocage de l’hormone n’avait aucun effet sur l’appétit ou le poids chez les souris, révélant un fonctionnement métabolique bien plus complexe que prévu.

Pour mieux comprendre, les auteurs de la nouvelle étude publiée dans la revue Open Biology se sont tournés vers les reptiles. En analysant les génomes de 112 espèces, incluant des serpents, des caméléons, des tortues et des agames, ils ont fait une découverte surprenante. Chez certaines espèces, les gènes responsables de la production de ghréline ont presque totalement disparu. C’est le cas pour 32 types de serpents, quatre espèces de caméléons et deux espèces d’agames à tête de crapaud.

Rui Resende Pinto, biologiste de l’évolution à l’Université de Porto et coauteur de l’étude, explique que seuls des « fragments » ou de petits morceaux de la séquence ont été retrouvés dans certains génomes de serpents. Chez d’autres, les gènes étaient totalement absents ou tellement altérés qu’ils ne pouvaient plus encoder l’hormone. Cette diversité suggère que la perte du gène s’est produite de manière indépendante à plusieurs reprises au cours de l’évolution, y compris plusieurs fois chez les serpents seuls.

Une adaptation à la chasse statique

credit : lanature.ca (image IA)

La ghréline n’est pas la seule absente. L’étude révèle que ces espèces manquent également d’une enzyme essentielle à son activité, la MBOAT4 (membrane bound O-acyltransferase domain containing 4). Pour les chercheurs, cette disparition génétique est directement liée aux habitudes de chasse. Contrairement aux mammifères, où la ghréline incite le corps à brûler des graisses pour fournir l’énergie nécessaire à la recherche active de nourriture, ces reptiles pratiquent le « sit-and-wait » (s’asseoir et attendre). Ils restent immobiles dans une zone donnée, attendant qu’une proie passe à leur portée.

Cette méthode de chasse aléatoire implique une disponibilité des proies incertaine. Pour survivre, ces animaux ont développé des stratégies limitant leur consommation d’énergie métabolique au repos. La suppression des gènes liés à la ghréline permettrait justement d’inverser les taux métaboliques associés au jeûne et à la digestion par rapport aux mammifères. C’est cette adaptation physiologique qui autorise ces espèces à supporter de longues périodes sans apport énergétique.

Perspectives pour la recherche

Ces résultats offrent une nouvelle grille de lecture sur le fonctionnement du métabolisme animal. Todd Castoe qualifie cette découverte de « tout à fait remarquable ». Selon lui, ces travaux constituent une première étape vers une meilleure compréhension du rôle de la ghréline chez d’autres animaux, soulignant que la recherche scientifique réserve toujours des surprises quant à la direction qu’elle peut prendre.

Selon la source : iflscience.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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