Trump lance sa plateforme de médicaments à prix réduit, TrumpRx : qu’est-ce que ça change pour vous ?
Auteur: Mathieu Gagnon
Une promesse d’économies face à la réalité du lancement

C’est une annonce qui remonte à septembre 2025, mais ce n’est que ce jeudi 5 janvier que la promesse s’est concrétisée. Lors d’un événement à la Maison Blanche, le président Trump a officiellement dévoilé « TrumpRx », un site web destiné aux consommateurs promettant des médicaments à prix cassés. « Vous allez économiser une fortune », a-t-il déclaré, affirmant que le lancement de cette plateforme bénéficierait à l’ensemble du système de santé.
Pour l’heure, l’offre reste limitée. Au moment de la mise en ligne, seuls 43 médicaments sont répertoriés, bien que l’administration assure que d’autres produits viendront s’ajouter prochainement à ceux des cinq premiers partenaires : Pfizer, Eli Lilly, Novo Nordisk, AstraZeneca et EMD Serono.
Comment fonctionne concrètement ce portail ? TrumpRx ne vend pas directement les traitements. Il agit comme un hub central qui redirige les patients vers les fabricants offrant des remises ou fournit des coupons à présenter en pharmacie. Christina Madison, fondatrice de The Public Health Pharmacist, note sur ABC News que le système ressemble à des programmes existants comme GoodRx, à la différence près qu’il évite parfois de passer par les sites individuels des fabricants. D’ailleurs, pour des médicaments vedettes contre le diabète ou la perte de poids comme le Zepbound, le Wegovy ou l’Ozempic, TrumpRx renvoie simplement vers les portails d’Eli Lilly et Novo Nordisk, où ces remises étaient déjà accessibles depuis des mois.
Fertilité et assurance : où se trouvent les vraies bonnes affaires ?
Si les experts en santé publique restent prudents, certains rabais affichés sur la plateforme sont indéniables. Le domaine de la fertilité en est l’exemple le plus frappant. Des médicaments comme le Gonal-F et le Certrotide sont listés avec des réductions allant de 83 à 93 % par rapport au prix de détail. Benjamin Jolley, de l’American Economic Liberties Project, qualifie cette baisse de « véritable événement » pour les personnes recourant à la FIV, rappelant que ces traitements, souvent non remboursés, pouvaient coûter jusqu’à 1 400 dollars.
Le Dr Mehmet Oz, qui supervise Medicare et Medicaid, a même suggéré lors de l’inauguration que ces tarifs pourraient entraîner une hausse des naissances, évoquant de futurs « bébés Trump ». Cependant, pour la majorité des Américains disposant d’une couverture santé, l’intérêt financier est moins évident. Ben Rome, chercheur au Brigham and Women’s Hospital, explique sur NPR que pour la plupart des patients, passer par leur assurance reste moins coûteux que de payer le prix comptant affiché sur TrumpRx, même remisé.
Le site lui-même affiche un avertissement clair : « Ceci est un prix à payer de votre poche. Si vous avez une assurance, vérifiez d’abord votre quote-part – elle peut être encore plus basse. » En effet, les rabais négociés par Medicare Part D (environ 40 %) et surtout Medicaid (environ 77 %) sont souvent compétitifs. De plus, les paiements effectués sur TrumpRx ne peuvent pas être couverts par les assurances existantes.
Génériques et zones d’ombre juridiques

L’autre limite du dispositif concerne le choix des molécules. TrumpRx propose uniquement des médicaments de marque, là où des alternatives génériques existent à des prix dérisoires ailleurs. Le Protonix, un traitement contre les reflux gastriques fabriqué par Pfizer, est proposé à 200 dollars sur la plateforme présidentielle. En comparaison, sa version générique est disponible sur GoodRx pour seulement 6,68 dollars.
Pour les quelque 16 % d’Américains sans couverture médicament, les prix restent élevés. Le stylo injecteur Ngenla, par exemple, coûte plus de 2 200 dollars par mois sur le site, soit la moitié du prix catalogue, mais une somme qui reste prohibitive. Stacie Dusetzina, professeure à l’Université Vanderbilt, rappelle qu’au-delà de 100 dollars par mois, de nombreux patients renoncent à leur traitement.
Enfin, le cadre légal de l’opération suscite des interrogations. L’administration évoque trois ans d’allégements tarifaires accordés aux laboratoires en échange de ces prix bas, mais aucun document officiel n’a été publié. Peter Maybarduk, de l’organisation Public Citizen, dénonce des « accords secrets » et a annoncé une action en justice pour obtenir la publication des textes. Parallèlement, les sénateurs démocrates Elizabeth Warren, Peter Welch et Richard J. Durbin ont saisi l’inspecteur général du département de la Santé le 29 janvier, exprimant leurs doutes quant à la conformité de TrumpRx avec les lois fédérales.
L’ère de la comparaison des prix

Malgré les zones d’ombre sur la pérennité des prix et la liste future des médicaments, l’initiative s’inscrit dans un contexte où deux tiers des Américains s’inquiètent de leur capacité à payer leurs soins. Pour Ben Rome, la multiplication des plateformes est une suite logique : « Pour les patients sans option ni assurance, il est tout à fait sensé de comparer les prix, que ce soit sur TrumpRx, GoodRx, le site de Mark Cuban ou Costco. »
Selon la source : iflscience.com
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