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Pollution domestique : pourquoi votre cuisinière à gaz inquiète les chercheurs
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une source de pollution majeure au cœur de la maison

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Une nouvelle étude vient bouleverser la perception que nous avons de la sécurité de nos cuisines. Selon des travaux récents, le simple fait de remplacer une cuisinière à gaz par un modèle électrique permet de réduire l’exposition intérieure au dioxyde d’azote de plus de la moitié. Ce changement radical déplace l’attention des experts vers l’intérieur des foyers, identifiant la cuisson quotidienne comme un facteur central des risques sanitaires à long terme.

Les mesures effectuées à l’intérieur des maisons américaines sont sans appel : la pollution générée par la cuisson au gaz peut dépasser l’ensemble de la pollution extérieure environnante. Pour documenter ce phénomène, des chercheurs de l’Université de Stanford, incluant le professeur Robert B. Jackson de la Doerr School of Sustainability, ont suivi cette transition à travers tout le pays. Ils ont observé comment l’utilisation routinière des fourneaux pilote directement l’exposition aux polluants entre nos murs.

Ce constat reste valable quel que soit l’environnement, des centres-villes aux banlieues résidentielles, et jusqu’aux zones rurales. Même dans les régions où l’air extérieur est considéré comme relativement propre, la cuisine reste un point critique. Ces résultats soulignent les limites de la ventilation ou de la localisation géographique pour protéger les résidents, désignant la cuisine comme la nouvelle priorité sanitaire.

La mécanique invisible de la contamination

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Pour établir une carte précise de cette exposition réelle, l’analyse a croisé des mesures intérieures avec des estimations de la pollution extérieure à l’échelle nationale. Les chercheurs ont relevé les taux de dioxyde d’azote, un gaz irritant pour les poumons aussi appelé NO2, formé lors de la combustion de carburant. Ces relevés ont été effectués dans plus de 15 villes réparties sur sept régions différentes.

L’équipe scientifique a ensuite fait correspondre ces lectures avec les données de logement de 133 millions d’habitations, modélisant la manière dont l’air intérieur circule d’une pièce à l’autre. Il est important de noter que cette cartographie s’arrête à la porte d’entrée : elle ne prend pas en compte les expositions subies lors des trajets, à l’école ou sur le lieu de travail extérieur.

Lors de la préparation d’un simple repas, le taux de NO2 grimpe en flèche à proximité des brûleurs, mais il ne reste pas confiné à la cuisine. La combustion d’une flamme au gaz ou au propane crée ce polluant, que les courants d’air normaux transportent rapidement vers les pièces adjacentes. Les petites habitations, souvent isolées hermétiquement pour réaliser des économies d’énergie, piègent davantage cette pollution. Les concentrations peuvent y rester élevées pendant des heures après la fin de la cuisson, transformant un court repas en une part significative de l’exposition à long terme.

Des seuils sanitaires largement dépassés

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Lorsque les ménages abandonnent la cuisson au gaz, les chercheurs ont calculé que l’exposition totale au NO2 sur le long terme chute de plus de 25 % en moyenne. Pour les familles qui cuisinent de manière intensive, la cuisinière représentait plus de la moitié de leur apport en NO2 ; pour eux, le changement d’équipement entraîne une réduction encore plus drastique des risques. Cependant, le trafic routier et l’industrie continuent d’alimenter le fond de pollution, empêchant l’exposition de tomber à zéro après l’électrification.

La carte nationale de l’exposition a révélé une donnée préoccupante : la cuisson seule suffit parfois à pousser l’exposition à long terme au-dessus des directives de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), fixées à 10 microgrammes par mètre cube. Dans des zones où l’air extérieur est pur, 22 millions de résidents dépassent tout de même ce seuil uniquement parce que leurs cuisinières à gaz ajoutent trop de NO2 à leur air intérieur. Passer à l’électrique permettrait de ramener ces foyers sous la barre de sécurité.

Les pics à court terme sont également critiques. L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) utilise une référence de 100 parties par milliard sur une heure pour l’extérieur. Le modèle estime que les foyers équipés au gaz franchissent ce niveau entre sept et quinze jours par an, rien qu’en cuisinant. De fait, les cuisinières au gaz et au propane sont responsables de plus de 99 % des dépassements résidentiels de la directive horaire de l’OMS, concentrant des doses élevées lors de la préparation des repas ordinaires en semaine.

Inégalités territoriales et limites de la ventilation

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Les comtés ruraux semblent souvent épargnés sur les cartes de pollution extérieure, mais la cuisson au gaz modifie radicalement la donne à l’intérieur des maisons. Comme davantage de foyers ruraux utilisent du propane ou du gaz, le NO2 intérieur excède parfois les limites sanitaires même quand les niveaux extérieurs restent bas. Cette disparité géographique montre que l’air pur de la campagne ne garantit pas un air sain dans la cuisine.

Les ménages à faibles revenus font face aux obstacles les plus importants. Dans des bâtiments plus anciens dotés d’une ventilation plus faible, chaque utilisation des brûleurs laisse des traces durables, les polluants s’attardant plus longtemps. L’étude, qui fournit des résultats détaillés au niveau du code postal, pourrait aider à diriger les rénovations vers les endroits où l’installation d’une cuisinière électrique constituerait une intervention sanitaire mesurable.

L’utilisation d’une hotte aspirante permet de réduire l’impact à court terme, car elle évacue l’air pollué vers l’extérieur au lieu de le faire recirculer. Toutefois, l’efficacité de la hotte dépend de la puissance du flux d’air et du parcours des conduits : les coudes et les obstructions réduisent le volume d’air déplacé. Ouvrir une fenêtre aide aussi, mais l’étude montre que la cuisson continue d’élever le NO2 au-dessus des niveaux extérieurs typiques dans de nombreux foyers. Parce que les gens oublient d’allumer leur hotte ou ne peuvent pas en installer, les urbanistes considèrent la ventilation comme une solution temporaire, et non comme un remède définitif.

Vers une cuisine sans combustion

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Les cuisinières électriques éliminent la flamme, et par conséquent, n’ajoutent aucun nouveau NO2 à l’air intérieur pendant les repas. Chaque fois qu’un appareil à gaz est remplacé par un modèle électrique, le bénéfice est tangible : moins de combustion dans la maison, moins de pollution locale. L’induction moderne, un système de chauffage électrique utilisant le magnétisme pour chauffer les casseroles, fonctionne rapidement et offre aux cuisiniers un contrôle précis.

Pour encourager cette transition, des incitations financières existent. Dans de nombreux États américains, des rabais fédéraux peuvent couvrir jusqu’à 840 dollars, ce qui réduit le coût initial du changement d’équipement. En intégrant les sources intérieures aux cartes de pollution extérieure, l’équipe de Stanford a transformé un appareil électroménager banal en un indicateur de santé publique mesurable.

Les travaux futurs devront se concentrer sur une meilleure surveillance intérieure et sur des carburants plus propres, car les familles restent confrontées à d’autres polluants issus du chauffage, du trafic et de la fumée. Cette étude majeure, qui redéfinit notre compréhension de l’air domestique, est publiée dans la revue scientifique PNAS Nexus.

Selon la source : earth.com

Créé par des humains, assisté par IA.

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