Quels chiens restent calmes sous pression ? Des tests salivaires pourraient apporter la réponse
Auteur: Mathieu Gagnon
Au-delà des apparences : la biologie du calme

Comment distinguer un chien réellement imperturbable d’un animal qui masque son anxiété ? La réponse pourrait bien se trouver à l’échelle microscopique. Des recherches récentes suggèrent que les chiens obtenant les meilleurs scores lors des tests de tempérament standardisés présentent également une signature biologique distincte : des niveaux plus faibles de cortisol et des taux plus élevés de sérotonine dans leur salive.
Ce schéma biologique vient renforcer le lien, parfois ténu, entre le comportement observable à l’extérieur et la régulation interne du stress. Cette découverte propose une nouvelle grille de lecture pour évaluer la stabilité émotionnelle et le calme chez les canidés, dépassant la simple observation visuelle.
Une étude menée par Minjung Yoon, de l’Université nationale de Kyungpook, a documenté une corrélation étroite entre les scores de tempérament et les niveaux hormonaux mesurés sur les mêmes sujets. Les animaux évalués comme étant les plus confiants et détendus entamaient les épreuves avec des marqueurs de stress plus bas et maintenaient des réponses biologiques plus stables face aux défis.
Le test de Wesen : mettre le tempérament à l’épreuve

Pour établir ces corrélations, les chercheurs ont soumis les chiens au test de Wesen, un système de notation structuré du tempérament. Sous la conduite de leurs maîtres, les animaux ont été exposés à diverses situations stimulantes : interaction avec des inconnus, bruits soudains et brèves périodes de séparation. L’objectif était de provoquer des réactions sociales et émotionnelles dans un cadre contrôlé.
Durant cette évaluation, chaque comportement a été noté sur une échelle de cinq points, ciblant des traits spécifiques comme la confiance en soi et la capacité de relaxation, notamment lors d’une courte phase d’isolement. Ces notations reposant inévitablement sur le jugement humain, l’équipe a fait appel à un juge expérimenté et a enregistré l’intégralité des sessions pour permettre une révision ultérieure.
Toutefois, même avec des règles strictes, deux juges peuvent interpréter différemment la réaction d’un même chien. C’est ici que la biologie intervient : elle offre une mesure objective susceptible de stabiliser le score et de réduire la part de subjectivité inhérente à l’observation humaine.
Pourquoi la salive est un indicateur privilégié

L’utilisation de la salive présente un avantage logistique et éthique majeur : elle évite l’usage d’aiguilles. Cette méthode permet aux équipes scientifiques de mesurer la chimie corporelle sans ajouter de stress supplémentaire lors d’un test déjà tendu pour l’animal. Le passage de l’écouvillon est rarement perçu comme une procédure médicale effrayante.
La fiabilité de cette méthode est étayée par un essai vétérinaire antérieur, qui a démontré que le cortisol — une hormone libérée lors des moments d’exigence physique ou mentale — présent dans la salive suivait de très près les niveaux détectés dans le sang. Cette correspondance fait de la salive un échantillon pratique et fiable pour lire l’état de stress interne.
Les chercheurs traitent ces relevés comme des biomarqueurs : des signaux corporels mesurables directement liés à un trait de caractère. Cependant, le timing de la collecte reste crucial pour obtenir des données exploitables et représentatives de la réaction immédiate de l’animal.
Cortisol et sérotonine : le ballet chimique des émotions

L’analyse des prélèvements a révélé des contrastes saisissants. Bien que le niveau de stress ait augmenté chez la plupart des chiens durant le test, l’ampleur de cette hausse variait considérablement selon le comportement. Les chiens ayant obtenu les scores comportementaux les plus bas ont manifesté des pics de stress bien plus importants que les chiens plus calmes, dont les niveaux sont restés relativement stables.
Parallèlement, l’étude s’est penchée sur la sérotonine, un neurotransmetteur cérébral lié à l’humeur et à la retenue. Seuls 16 chiens ont produit suffisamment de salive pour que cette substance soit mesurée avant le test. Les résultats ont montré que les chiens aux meilleurs scores de tempérament affichaient une sérotonine pré-test plus élevée, un écart dépassant le seuil du hasard défini par l’équipe.
Ces observations rejoignent des travaux antérieurs liant une sérotonine basse et un cortisol élevé dans le sang à des comportements agressifs. Toutefois, comme les chercheurs n’ont mesuré la sérotonine qu’une seule fois, l’étude n’a pas pu déterminer comment ce taux évolue précisément pendant les moments de stress intense.
Vers une meilleure sélection des chiens de travail

L’amélioration des processus de sélection est cruciale, en particulier lorsque des organisations forment des chiens pour des missions exigeantes ou les placent dans des familles après de courtes rencontres. « Notre étude montre que les concentrations physiologiques d’hormones et de neurotransmetteurs peuvent servir de biomarqueurs du tempérament canin », a déclaré Minjung Yoon.
Une revue d’études publiée en 2021 décrivait déjà comment les programmes de chiens de travail combinent tests comportementaux et bilans de santé pour réduire les échecs, souvent coûteux. L’ajout d’un dépistage salivaire pourrait permettre de repérer plus efficacement les chiens capables de rester calmes sous la pression.
Néanmoins, cette méthode ne remplace pas le travail de terrain. Même avec un bon profil biologique, un chien nécessitera toujours un entraînement rigoureux et un suivi adapté. L’outil biologique vient compléter l’expertise humaine, non s’y substituer.
Limites de l’étude et précautions d’interprétation

Il est essentiel de nuancer ces résultats. L’échantillon étant restreint, ces données ne peuvent prouver à elles seules que les niveaux hormonaux sont la cause directe d’un meilleur comportement. Une méta-analyse a d’ailleurs montré que le cortisol salivaire varie selon le sexe, les conditions d’hébergement et les manipulations subies avant même le début des tests.
L’équipe ayant effectué les prélèvements avant et après la session, elle n’a pas pu capturer le moment précis où le cortisol a atteint son pic, ni la vitesse à laquelle il est redescendu à la normale. Sans mesures répétées, un chien pourrait sembler stable sur le papier tout en portant un stress caché qui ne se manifestera que plus tard.
De plus, le stress physiologique ne reflète pas toujours le caractère. Une journée bruyante en clinique peut faire grimper les taux hormonaux via les glandes surrénales sans que cela ne change la personnalité profonde de l’animal. Utilisée sans discernement, cette méthode pourrait injustement pénaliser des chiens simplement perturbés par un changement d’environnement.
Conclusion : Un outil prometteur pour l’avenir

Cette étude, publiée dans la revue PLOS ONE, a réussi à connecter le comportement observé à la chimie salivaire, démontrant que les réactions de stress peuvent effectivement refléter les scores de tempérament. Pour transformer ce lien en outil pratique, des essais à plus grande échelle seront nécessaires.
Les recherches futures devront déterminer si ces marqueurs salivaires peuvent prédire le comportement plusieurs semaines plus tard, et non seulement lors d’une visite unique. La multiplication des points de prélèvement et le croisement des données hormonales avec le rythme cardiaque pourraient renforcer la précision du diagnostic.
Si ces éléments s’alignent, les refuges pourraient à terme faire correspondre les chiens aux foyers avec moins de surprises, et les dresseurs pourraient investir leurs ressources plus tôt. L’objectif reste de combiner ces données objectives avec l’observation humaine pour garantir une manipulation éthique et des décisions justes.
Selon la source : earth.com
Créé par des humains, assisté par IA.